Amiante: vers un pic des cancers?

Les trams de la STIB ont été désamiantés jusqu'en 2011
Les trams de la STIB ont été désamiantés jusqu'en 2011 - © RTBF

Le Fonds Amiante a annoncé que l'an dernier, il y avait 212 victimes de plus. De l'amiante, on en trouve dans beaucoup de bâtiments construits dans les années '60 et '70 ou dans les trams de la société des transports en commun bruxellois. La Belgique l'a bannie en 1998 mais il a fallu désamianter et les risques d'une augmentation des cancers liés aux contaminations à l'amiante divise

Des trams remplis d'amiante pendant des années ? On sait que ce produit anti-feu magique s'est retrouvé à une certaine époque un peu partout dans notre quotidien et parfois aussi dans nos tramways. Un ancien travailleur des transports en commun bruxellois, aujourd'hui à la retraite, en sait quelque chose.

"L’essentiel de l'amiante se trouvait sous les voitures donc dans les coffres, principalement dans les accélérateurs, les cheminées de soufflage, les contacteurs, etc." Mais l’amiante était également présente au niveau de la cabine du conducteur, "essentiellement dans le dégivreur qui était entouré d’amiante. Le fait qu’il y avait une soufflerie et que l’amiante soit friable, le conducteur inhalait cette poussière contenant de l’amiante" explique Daniel Vanden Bosch.

Mais les systèmes de ventilation contenaient également des particules d’amiante. Dans certains modèles de trams, un système pour chauffer le tram, propulsait l’air chaud produit, à l’intérieur des compartiments voyageurs.

La fibre mortelle est interdite chez nous depuis 1998, aujourd'hui ces trams sont donc officiellement désamiantés mais ce fut apparemment un travail de longue haleine.

"Les premiers cahiers de charge ont été établis en 2002, puis postposés en 2006 et c’est en 2007 que la STIB a libéré 180 000 euros pour procéder au désamiantage, prévu sur une durée de quatre ans et les dernières voitures désamiantées l’ont été en 2011", raconte encore l’ancien employé

Affaire classée à la STIB mais de nombreux professionnels sont exposés

Selon la STIB, seul un travailleur est officiellement décédé d'un mésothélium, le cancer de l'amiante. 1016 personnes y auraient été exposés et 675 sont aujourd'hui suivies médicalement. Autrement dit, c'est un problème du passé et tout est sous contrôle pour la société bruxelloise des transports. Mais ces chiffres sont largement sous-estimés selon certains employés.

Cela dit, la STIB n'est pas un cas unique. Combien de professionnels ou de simples citoyens ont ainsi été contaminés? Pour le savoir, la question a été posée aux spécialistes ces cancers liés à l'amiante à l’Institut Jules Bordet à Bruxelles.

"Toutes les professions qui utilisent l’amiante pour se protéger contre le feu sont à risques", selon le professeur Jean-Paul Sculier : "les ouvriers du bâtiment, les pompiers, les plombiers mais aussi des professions plus surprenantes comme boucher, car l’amiante est aussi utilisée dans les frigos".

Alors doit-on craindre une épidémie de ces cancers dans les années à venir ? "Je pense que ces cancers pourraient augmenter de 10 à 20% dans les années à venir et puis cela va diminuer progressivement", estime le professeur d’oncologie thoracique. Et à ceux qui parlent de catastrophe sanitaire à venir, la réponse est sans détour : "Je pense que c’est tout à fait exagéré en ce qui concerne notre pays".

L’amiante fait 100 000 victimes par an dans le monde

Exagéré mais il n'empêche, la Belgique est la championne toute catégorie en matière de consommation d'amiante, pire, nous sommes un des derniers pays industrialisés à l'avoir bannie. Le bilan humain pourrait donc être, selon l'association des victimes de l'amiante, beaucoup plus lourd qu'annoncé.

"Des études à l’étranger montrent que dans les pays limitrophes, l’amiante tue autant que leurs routes", explique Eric Jonckheere le président de l’ABEVA. "Si on applique cette règle de trois chez nous, on devrait avoir un chiffre qui avoisine les 900 victimes. Les chiffres en Belgique souffrent d’une certaine opacité mais en France ils prévoient 100 000 morts d’ici 2020, chez nous ce serait des milliers".

Selon l’Organisation internationale du travail, l’amiante tue chaque année plus de 100 000 travailleurs dans le monde. "Si vous additionnez à cela les victimes environnementales, nous arrivons à plus de 200 000 morts par an, l’équivalent d’un tsunami comme celui de 2004, qui se répèterait d’année en année", insiste le président de l’association des victimes de l’amiante.

La question reste délicate et la question divise autorités, hôpitaux et association de défense des victimes. Difficile donc de se faire une idée de l'ampleur de la crise à venir. La maladie, toujours incurable, peut survenir de 30 à 50 ans après l'exposition. Seule certitude, le pic de l'épidémie est prévu pour les années 2020.

Pascale Bollekens avec Grégoire Ryckmans

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