Amiante: il y aura un "avant" et un "après" procès de Turin

Eric Jonckheere, président de l'ABEVA dans le studio de Matin Première
Eric Jonckheere, président de l'ABEVA dans le studio de Matin Première - © RTBF

C'est un procès historique qui vient d'être tenu à Turin. Les actionnaires de la société Eternit ont été lourdement condamnés. Eric Jonckheere, président de l'Association Belge des Victimes de l'Amiante était l'invité de Matin Première.

Le procès de Turin peut vraiment être qualifié d'"historique" lorsqu'on parle d'amiante. Les chiffres en montrent bien l'ampleur: 16 ans de prison pour deux responsables d'Eternit dont un Belge, presque 100 millions d'euros d'indemnités, plus de 6000 parties civiles, 2300 décès pointés dans le verdict, 500 malades en sursis.

Pour Eric Jonckheere, le président de l'Association Belge des Victimes de l'Amiante (ABEVA), il y aura très certainement un "avant" et un "après" procès de Turin au vu de l'ampleur du procès, des sommes engagées et du nombre de malades. "C'est probablement le plus grand procès jamais eu sur la sécurité au travail dans le monde", estime-t-il en voyant la possibilité pour d'autres d'éventuellement tenter des actions.

Des victimes environnementales aussi indemnisées

Des riverains d'usines Eternit, des représentants de communes étaient également présents au procès. Ces victimes environnementales de l'amiante ont aussi obtenu des dédommagements.

Stephan Schmidheiny, le Suisse condamné avait fait une "offre de 18 millions d'euros à la commune de Casale", souligne l'invité de Bertrand Henne. Une offre finalement refusée: "Hier, on leur a attribué 25 millions d'euros". Bien plus que ce qui avait été proposé par les dirigeants d'Eternit, donc.

L'indemnisation joue en faveur de l'opacité

Le nombre de décès est interpellant: les estimations vont de 2000 à 3000 victimes. On a aussi des usines Eternit chez nous, ces chiffres italiens peuvent-ils aussi s'appliquer ici ? "On a des soucis à obtenir des chiffres précis".

"On en parle peu en Belgique, il y a une certaine opacité autour du monde de l'amiante", glisse Eric Jonckheere en dénonçant encore une fois une certaine "omerta". "Il y a certainement un système d'indemnisation qui joue en faveur de cette opacité", affirme le président d'ABEVA. Un système qui a duré jusqu'en 2007. Accepter cette indemnisation impliquait obligatoirement d'oublier l'idée de se retourner contre Eternit, condamne l'invité de Matin Première. Mais il espère que cela change. 

"On a privilégié l'emploi à la santé"

Pourquoi n'a-t-on pas tiré la sonnette d'alarme plus tôt ? Eric Jonckheere n'exclut pas la présence d'influences dans les années '60 et '70 où "on a complètement privilégié l'emploi à la santé".

Pour lui, c'est dans ces années-là qu'il aurait fallu prendre d'autres décisions: "Pourquoi n'a-t-on pas poussé à utiliser davantage les produits de substitution à l'amiante alors que d'autres pays les utilisaient ? Pourquoi la Belgique a-t-elle été dans les derniers pays à bannir l'amiante ?" se demande l'invité de Bertrand Henne.

"C'est à Eternit de payer !"

La famille Emsens, descendance d'Alphonse Emsens, le fondateur d'Eternit, est aujourd'hui la quatrième fortune de Belgique. Cette puissance financière explique clairement le fait que la Belgique ait tardé à agir contre les dangers de l'amiante, affirme sans hésiter Eric Jonckheere.

Le président d'ABEVA ne comprend pas pourquoi ce n'est pas Eternit qui paye la décontamination mais bien l'OVAM à travers le contribuable. Eternit "est solvable, ils ont de l'argent, faisons-les payer !", estime-t-il.

Eric Jonckheere évoquera notamment le fonds amiante ce mardi au Sénat. "Il est temps de le voir amélioré", d'élargir la liste des maladies et les délais de prescription. Et surtout, d'empêcher de donner toute immunité à Eternit lorsqu'il est question de bénéficier de ce fonds. Les victimes doivent garder leur droit d'aller en justice.

AdC
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