Amiante: Eternit a fait preuve d'un"cynisme incroyable motivé par l'appât du gain"

Les parents des victimes à l'entrée du tribunal où se tient le procès de l'amiante
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Les parents des victimes à l'entrée du tribunal où se tient le procès de l'amiante - © RTBF / Benjamin Adnet

Dans le procès qui oppose les enfants de Françoise Jonckheere à la SA Eternit, le tribunal de première instance de Bruxelles a jugé que la plainte était fondée et a condamné la société à verser une indemnité de 250 000 euros à la famille.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné lundi la société anonyme Eternit à dédommager la famille d'une victime de l'amiante à hauteur de 250 000 euros.

Françoise Jonckheere, une habitante de Kapelle-op-den-Bos, était décédé en 2000 d'un cancer de la plèvre, le mésothéliome, causé par de l'amiante. Son mari qui avait travaillé chez Eternit pendant des années, était décédé lui aussi de cette même maladie.

Avant de mourir, Françoise Jonckheere avait attaqué l'entreprise en justice et ses fils, dont deux sont depuis également décédés d'un cancer de la plèvre, ont poursuivi l'action.

Le tribunal leur a finalement donné raison lundi en jugeant qu'Eternit avait commis une faute en continuant d'utiliser de l'amiante alors qu'il était déjà connu que le produit est cancérigène.

Le tribunal établit clairement la responsabilité de l'entreprise : il rejette la prescription invoquée par la défense, en disant que la victime a été contaminée jusqu'à son départ de la région en 1991 et pas seulement par de l'amiante ancien. Et il estime que la prescription ne peut courir tant que la victime ignore son mal.

En outre, il stigmatise Eternit Belgique comme partie d'un réseau d'entreprises qui connaissaient le dangereux mésothéliome depuis 1967 et qui a agi pour que cela soit écarté de la connaissance publique: ce lobbying a donc minimisé les dangers et ainsi entravé l'adoption de mesures législatives adéquates de protection de la santé publique. Le jugement parle d'un "cynisme incroyable motivé par l'appât du gain".

La famille plus que satisfaite du jugement

Le jugement a été applaudi par les membres de la famille plaignante et des sympathisants. L'un des fils, Eric Jonckheere, s'est montré soulagé par la décision de justice et a dit espérer que d'autres victimes se tourneront désormais aussi vers les tribunaux.

"C'est un jour historique", a déclaré Eric Jonckheere. "C'est la première fois qu'une simple petite famille gagne un procès de ce type contre une multinationale. Nous n'avons jamais eu peur mais le soulagement est énorme."

Dans son jugement, le tribunal souligne qu'Eternit a minimisé et dissimulé durant des années les dangers de l'amiante pour la santé publique. Cet aspect du jugement constitue un autre élément de satisfaction pour la famille.

"Pendant des années, Eternit a menti à tous et présenté la combinaison du ciment et de l'amiante comme un mariage parfait. La famille qui se dissimule derrière l'entreprise est devenue immensément riche sans avoir un seul moment pensé à la santé de ses travailleurs. Seul son portefeuille comptait. Grâce à la mère de famille qui a refusé l'argent du silence, cette famille est aujourd'hui condamnée. J'espère que les membres de cette famille vont à présent commencer un examen de conscience."

Lorsque Françoise Jonckheere est tombée malade, le CEO d'Eternit lui a proposé 43 000 euros à condition qu'elle renonce à des démarches judiciaires.

Eternit envisage de faire appel

"Par respect pour ce tribunal et pour les victimes, Eternit souhaite étudier plus en détails les fondements exacts de ce jugement avant de s'exprimer sur ce sujet. Toutefois, il est probable qu'Eternit introduise un appel contre la décision du tribunal", a annoncé lundi Eternit à l'issue du jugement.

"Le dédommagement décidé par le tribunal est largement supérieur à celui accordé aux victimes par le Fonds Amiante et à celui normalement octroyé par les tribunaux en Belgique. Par conséquent, cette décision de justice met en péril la réglementation élaborée par le Fonds Amiante dans le cadre d'une concertation entre les organisations patronales, les organisations syndicales, les représentants des victimes de l'amiante et les pouvoirs publics", estime Eternit.

Pour Eternit, le jugement met donc "en péril la réglementation du Fonds Amiante et n'offre aucune solution à la très grande majorité des victimes de l'amiante dont la contamination n'est pas liée aux activités d'Eternit ou à l'industrie de l'amiante-ciment".

La société estime aussi qu'elle a toujours pris les mesures nécessaires à l'époque sur base de réglementations. "Eternit regrette qu'en dépit des mesures prises, ses activités aient entraîné l'apparition de maladies", ajoute la société.

RTBF avec Belga

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