Amiante à la SNCB : Roger Motquin, 71 ans, se meurt d'un mésothéliome

Amiante à la SNCB : Roger Motquin, 71 ans, se meurt d'un mésothéliome
Amiante à la SNCB : Roger Motquin, 71 ans, se meurt d'un mésothéliome - © Tous droits réservés

Roger Motquin a travaillé pendant 34 ans à la SNCB. Il était bagagiste. Un métier aujourd’hui disparu. Il adorait dit-il, son métier. Il ne savait jamais de quoi allait être faite sa journée. Un soir, il a même porté les bagages du roi Baudouin, de retour de Paris.

Seulement voilà, en mars 2019, il a découvert qu’il était atteint d’un mésothéliome. Un cancer très agressif des voies respiratoires, qu’on appelle cancer de l’amiante. Où et quand a-t-il inhalé des fibres d’amiante ? Pour lui, cela ne fait aucun doute : c’est à la gare du Midi. Dans les années 90, il y travaillait. En 1991, les travaux de démolition pour le futur terminal TGV ont commencé. Et il y a eu désamiantage. La SNCB ne confirme pas, mais pour Roger Motquin c’est une évidence.

" On sait bien qu’il y avait de l’amiante à la gare du Midi. Ils n’ont jamais rien dit. Je ne vois pas où d’autre j’aurais pu attraper ce cancer. Quand ils ont fait les travaux, il y avait de simples bâches en plastique. Les gens travaillent et nous, on passait avec des clients dedans. Mais il n’y avait rien d’indiqué, pas d’avertissement " Attention amiante". On n’avait pas de masque. Juste un tablier et un simple képi, avec marqué pour moi : numéro 25 ".

Roger a fait appel à son syndicat, la CGSP Cheminots. Il a été diagnostiqué en mars 2019. Le 4 octobre, il a enfin été reçu par le médecin du travail de la SNCB. " Le médecin m’a dit que comme j’étais contractuel, une fois pensionné, la SNCB n’avait plus rien à voir avec moi, et que je ne relevais pas de la mutuelle des chemins de fer. Je ne comprends pas. J’ai travaillé 34 ans et demi à la SNCB et pour eux je ne suis plus rien ".

Roger Motquin envisage de poursuivre la SNCB au pénal, s’il en a les moyens. Son dossier est chez Georges-Henri Beauthier : " Monsieur Motquin a travaillé à la gare du Midi, où il y avait beaucoup d’amiante. L’amiante qui se trouvait dans les grandes salles de la gare a été enlevé dans des conditions qui pour nous ne remplissent pas les conditions de sécurité et d’hygiène normale. Il a inhalé des particules d’amiante et cela a déclenché sa maladie ".

Jean-Pierre Fumières, de l’Abeva, l’Association belge des victimes de l’amiante soutient le combat de Roger. " Il faut que la direction te dise : effectivement, pendant cette période, vous avez été en contact avec des poussières d’amiante parce que nous faisions des travaux de désamiantage. Ce n’est pas compliqué pour un employeur, il n’y a pas de honte à cela ".

De son côté, la CGSP Cheminot a demandé à la SNCB un inventaire complet de tous les bâtiments où il y a ou aurait eu de l’amiante par le passé. Elle ne l’a pas reçu.

Le combat des victimes : que la SNCB reconnaisse sa responsabilité

Le cancer de l’amiante peut de déclarer jusqu’à 40 ans après l’inhalation de fibres et il suffit d’une semaine d’exposition pour en être atteint. L’origine de l’infection est cependant difficile à prouver. Le Fonds Amiante de l’Agence fédérale des risques professionnels a estimé que Roger Motquin a bien été contaminé à la gare du Midi et vient de reconnaître son mésothéliome comme maladie professionnelle. Mais l’ancien bagagiste voudrait que la SCNB reconnaisse sa responsabilité. " Je voudrais qu’ils le reconnaissent. Cela me donnerait un peu de courage. Et je pense aux malheureux qui sont dans mon cas ".

Roger Motquin se souvient de deux de ses collègues, aujourd’hui décédés, qui souffraient des mêmes symptômes que lui…

Le combat de la veuve Cambier

Un autre cas a été fort médiatisé. En novembre 2013, Daniel Cambier meurt d’un mésothéliome. Il travaillait comme menuisier à la SNCB. Deux mois avant sa mort, il avait convoqué la presse. Pour que cela n’arrive pas aux autres. Aujourd’hui sa veuve poursuit le combat. Elle a déposé une plainte contre x pour empoisonnement et homicide volontaire. C’est également Georges-Henri Beauthier qui la défend : " Elle ne demande pas d’argent. Elle demande qu’on reconnaisse qu’il a travaillé dans des conditions qui l’ont fait mourir. Et elle demande que cela s’arrête ".

Jolanta Suska : " Il a travaillé à Charleroi. Il mettait des portes coupe-feu un peu partout. Quand vous forez dans une porte coupe-feu, vous respirez des poussières d’amiante. Ensuite il a travaillé au laboratoire de Schaerbeek. Il y était l’homme à tout faire. En face, il y avait un petit bâtiment plein d’amiante. Et ça se désagrégeait dans tous les sens. Lui, il rouspétait mais on ne l’écoutait pas. Daniel s’est plaint plusieurs fois à son chef de secteur mais tout le monde s’en foutait ".

Interdite depuis 1998, l’amiante était utilisé partout. Comme isolant et comme coupe-feu. A partir des années 70, sa dangerosité était largement connue, mais les précautions n’étaient pas toujours prises, lors de travaux ou lorsque les bâtiments étaient endommagés.

Jolanta Suska : " Il avait pris des photos. Il y en avait partout : dans les gouttières, dans les sols, dans la peinture… Un jour, il a dit : il faut que ça cesse. Son ingénieur a commandé un container ordinaire et il lui a demandé de tout ramasser, sans aucune protection. Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais Daniel l’a fait… "

Une semaine avant sa mort, en novembre 2019, la SNCB reconnaît la maladie professionnelle de Daniel, mais il doit renoncer à toute poursuite. Il refuse de signer la convention. Jolanta lui a promis de ne pas abandonner les poursuites judiciaires et elle espère que le procès pourra se tenir avant la prescription de l’affaire, en 2022, pour que l’on sache ce qui est arrivé à Daniel et que d’autres victimes ou proches de victimes de l’amiante puissent sortir de l’ombre.

La SNCB ne communique pas sur le cas de Daniel Cambier, étant donné que l’instruction est en cours. Elle affirme qu’elle prend le cas de Roger Motquin très au sérieux et qu’elle enquête en interne. La société des chemins de fer rappelle qu’elle réalise un programme de suivi préventif sur l’amiante et que les travailleurs qui auraient été exposés à l’amiante par le passé font l’objet d’un suivi médical régulier.

Roger Motquin ne se souvient pas avoir bénéficié d’un tel suivi, pas plus que la veuve de Daniel Cambier.

Reportage de notre JT 13h sur l'amiante dans les chemins de fer:

Reportage de notre JT 13h sur l'amiante dans les chemins de fer:

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