Aluminium dans les vaccins: pourrait-on s'en passer?

Alors, est-il toxique ou non ? Les avis divergent, dans un dossier où s’opposent les intérêts des industries pharmaceutiques et les lobbys anti-vaccins, de plus en plus actifs.
Alors, est-il toxique ou non ? Les avis divergent, dans un dossier où s’opposent les intérêts des industries pharmaceutiques et les lobbys anti-vaccins, de plus en plus actifs. - © FlickR CC/KOMUnews

L’aluminium dans les vaccins est-il toxique ? Un large débat existe sur la question chez nos voisins français depuis des années. Chez nous, rien de tel. Pourtant, la plupart de nos vaccins contiennent aussi de l’aluminium. Alors, est-il toxique ou non ? Les avis divergent, dans un dossier où s’opposent les intérêts des industries pharmaceutiques et les lobbys anti-vaccins, de plus en plus actifs.

En France, le débat est porté par une association de patients atteints de Myofasciite à Macrophages. Ils auraient développé la maladie suite à une mauvaise réaction à l’aluminium présent dans un vaccin. Leurs symptômes sont similaires à ceux de la fibromyalgie: fatigue chronique, douleurs musculaires très fortes, problèmes cognitifs, comme l'impossibilité de se concentrer.

Des dizaines de milliers de personnes pourraient être atteintes

On aurait diagnostiqué quelques centaines de cas en France pour l’instant. Un chiffre qui ne convainc pas l’association de patients E3M. "Il n’existe pas de données sur le nombre de personnes atteintes de Myofasciite à Macrophages, par défaillance du système de pharmacovigilance, argumente Denis Lambert, le président de l’association E3M. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ne répertorie que quelques 450 cas. Mais la réalité est toute autre. L’hôpital Henri Mondor est un centre national de référence sur les maladies neuromusculaires. Près de 30 % des personnes atteintes d’EM-SFC consultant à l’hôpital H. Mondor, lorsqu’elles sont à jour de leur vaccination, seraient atteintes de MFM. Ce chiffre très important ne peut bien sûr être utilisé tel quel pour une projection sur l’ensemble du territoire, dans la mesure où il émane d’un centre spécialisé dans la Myofasciite à Macrophages (biais de renommée). Mais cela donne un ordre de grandeur: des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes souffrant d’épuisement chronique et douleurs arthro-musculaires  pourraient être atteintes de myofasciite à macrophages".

Un problème franco-français ?

C’est en France qu’on compte le plus grand nombre de patients atteints. C’est là aussi que les associations sont les plus actives sur la question. Mais pour Sophie Meulemans, de l’association belge anti-vaccins Initiative citoyenne, "les vaccins ont la même composition chez nous et en Belgique aussi il y a des personnes atteintes de Myofasciite à Macrophages mais il faut savoir que ce sont des symptômes qui peuvent recouper ceux de la fatigue chronique et de la fibromyalgie. Il est évident qu’on ne trouvera que ce qu’on cherche, et on ne cherchera que ce qu’on connaît. Or les médecins ne sont pas formés à diagnostiquer la Myofaciite à Macrophages, comme ils ne sont pas enclins à mettre en cause des vaccins qu’ils ont effectués et qu’ils ont recommandés". C’est également ce que nous a confié un spécialiste des douleurs chroniques et de la fibromyalgie. "Pour diagnostiquer une maladie, il faut y être préalablement sensibilisé".

La question de la toxicité de l’aluminium vaccinal était sur la table d’une commission du Sénat français l’an dernier. On y retrouve les propos d’un immunologue de renom, le professeur Hervé Bazin, aussi professeur émérite à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve. Pour lui, "la myofasciite à macrophages est vraisemblablement sous-diagnostiquée ". Par ailleurs, " nos connaissances sur la vaccination sont insuffisantes. On ne connaît pas parfaitement les mécanismes d'action des adjuvants, c'est pourquoi il importe de procéder à des études épidémiologiques fondées sur des cohortes."

Aluminium vaccinal toxique ou non ? les avis divergent.

Les patients sont diagnostiqués via la biopsie du muscle dans lequel on injecte le vaccin, le deltoïde droit le plus souvent. Quelques publications scientifiques mettent en avant le lien de causalité entre l’aluminium comme adjuvant vaccinal et cette maladie.

Le Conseil d’état français a déjà rendu plusieurs décisions qui estiment "probable", le lien de causalité entre l’aluminium dans les vaccins et le développement de la maladie. "Selon le dernier état des connaissances scientifiques, l’existence d’un lien de causalité entre une vaccination contenant un adjuvant aluminique et la combinaison de symptômes constitués notamment par une fatigue chronique, des douleurs articulaires et musculaires et des troubles cognitifs, n’est pas exclue et revêt une probabilité suffisante pour que ce lien puisse, sous certaines conditions, être regardé comme établi ".

L’aluminium booste la réponse immunitaire mais...

Une importante partie du monde médical rejoint l’avis des producteurs de vaccins : " l’aluminium est ajouté dans les vaccins depuis quasiment le début de la vaccination, insiste le Docteur Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations de 2007 à avril 2016. Il n’y a aucun effet nocif démontré dû à la présence d’aluminium, si ce n’est des effets locaux. Il n’y a pas de maladie grave de type systémique liée à la présence de l’aluminium ". C'est aussi le point de vue du site internet d'information sur les vaccins soutenu par l'Office National de la petite Enfance, qui rappelle la position de l'Organisation Mondiale de la Santé. 

Pas si clair, selon le toxicologue de l’UCL Alfred Bernard. " Bien sûr l’aluminium booste la réponse immunitaire, donc ça facilite la vaccination. C’est démontré depuis près de 80 ans. Ce qui manque, au fond, c’est ce que devient l’aluminium une fois qu’il est administré de manière intramusculaire. Là, on a très peu de données. Car on sait que l’aluminium peut s’accumuler dans le corps, dans certains organes(le poumon, les reins, les os) et dans le système nerveux central mais en cas d’administration par vaccination, on ne sait pas s’il y a un stockage à long terme et les implications possibles sont inconnues".

"Ce qui nous protège", poursuit le spécialiste, "C’est la barrière intestinale. On élimine assez bien l’aluminium quand on l’ingère, chaque jour, dans certains légumes par exemple. Dès lors qu’on court-circuite cette barrière, on doit s’interroger sur les conséquences à long-terme. L’argument qui est souvent invoqué, c’est que les bénéfices du vaccin l’emportent sur les risques. C’est vrai. Mais on pourrait minimiser les risques en choisissant des alternatives ou des vaccins où il y a peu d’aluminium".

Pas d’alternatives 

Si vous souffrez d’un mal de tête, libre à vous d’opter pour un anti-douleur de telle ou telle marque, avec telle ou telle composition. C’est très différent si vous voulez vous faire vacciner.  Le temps où il existait différents types d’adjuvants pour un même vaccin est révolu. L’Institut Pasteur avait pourtant développé dans les années 70 un vaccin où l’hydroxyde d’aluminium était remplacé par du phosphate de calcium. Michel Thibaudon se souvient bien de cette période.

Il était le collègue de l’inventeur de ce vaccin IPAD DTP (Diphtérie- Tetanos- Polio), le professeur Relyveld. "Il a eu cette idée pour une raison simple. C’est que l’aluminium n’est pas un produit naturel de l’organisme et il y a une accumulation de ce corps étranger qu’est l’aluminium. Il a donc déterminé que le phosphate de calcium pouvait remplir la même fonction, avec l’avantage que le phosphate de calcium est un élément naturel de l’organisme avec une élimination complète. Il a été commercialisé entre 10 et 15 ans avec un très grand succès, une excellente tolérance".

Raisons commerciales

Et pourtant le vaccin a été abandonné en 1985. "Il a été abandonné au moment de la création de Pasteur Mérieux et Vaccins. Il a été décidé pour des arguments qui sont loin d’être des arguments scientifiques mais qui sont plutôt des arguments de lobby industriel, de choisir la gamme hydroxyde d’aluminium".

Le Docteur Floret confirme les raisons de ce choix. "Il n’était ni plus mauvais ni meilleur. Il a été abandonné pour des raison commerciales, au profit de l’autre vaccin qui contenait de l’aluminium comme tous les autres vaccins des autres pays du monde ".

Et l’alternative disparut donc pour des raisons économiques. Michel Thibaudon déplore l’influence néfaste que ce type de priorités commerciales a sur l’image générale des vaccins. "C’est le lobby aluminium et cette polémique qui exacerbe le lobby anti-vaccins".

Quel que soit le degré de conviction de nos interlocuteurs quant à la toxicité de l’aluminium, tous nous ont confié que l'existence d'une alternative calmerait de toute évidence les esprits.

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