Allocations familiales: chaque région a opté pour son modèle, comment cela va se passer?

Delphine Chabbert, la secrétaire politique et directrice des études à la Ligue des familles, était l'invité des Curieux du Matin ce mardi sur La Première. L'occasion de revenir sur les changements annoncés en matière d'allocations familiales. 

"Vous savez peut-être qu’en 2020 il y aura quatre modèles d’allocations familiales en Belgique : les enfants wallons, bruxellois, flamands et germanophones auront chacun des allocations différentes", rappelle-t-elle. "La nouveauté est qu’aujourd’hui on connaît désormais ces quatre nouveaux modèles. Alors, qu’est-ce qui va se passer ? En résumé, partout dans ces quatre régions il y aura une allocation de base pour chaque enfant, qu’il soit premier, deuxième ou troisième, et des suppléments en fonction des revenus des parents, plus des majorations pour les orphelins et les enfants handicapés. Par contre, attention : ces montants seront différents d’une région à l’autre. Ça veut dire qu’une famille qui habite à Liège, par exemple, n’aura plus les mêmes allocations que celle qui vit à Eupen. Idem pour les familles de Bruxelles et d’une commune à facilités en Flandre, par exemple".

Quand auront lieu ces changements ?

"Les changements auront lieu en 2020 en Wallonie et à Bruxelles, mais attention ça se complique, ces changements ne concerneront pas forcément toutes les familles. Je m’explique. En Wallonie, les nouveaux montants d’allocations familiales ne s’appliqueront qu’aux enfants qui sont nés à partir de 2020. À Bruxelles, ce sont tous les enfants, y compris ceux qui sont déjà nés, qui seront concernés. On voit qu’il y a là deux façons de faire différentes, chacune a sa logique, ses avantages et ses inconvénients, mais vous vous rendez compte de la complexité de tout ça pour les familles ?"

"Une famille pourrait perdre presque 50 euros juste après un déménagement"

Si Delphine Chabbert estime qu'"il fallait changer le système actuel pour qu’il colle mieux aux réalités des familles d’aujourd’hui. C’est fait et ça va dans le bon sens, autant pour les familles recomposées que pour les travailleurs pauvres ou que pour les familles qui ont des revenus modestes. On a pris en compte aussi les familles monoparentales ou nombreuses et c’est bien. Par contre, nous sommes perplexes face à la gestion politique de ce dossier. D’une part, ça a pris beaucoup trop temps et il n’y a pas eu de véritable concertation entre ces régions pour faciliter la vie des familles, comme si c’était secondaire. Et pourtant on le sait, les familles déménagent très souvent d’une région à l’autre, surtout de Bruxelles. Je vais prendre un exemple : une famille bruxelloise qui a déjà un enfant aujourd’hui va toucher 140 euros d’allocations familiales en 2020 au lieu de 94 euros, c’est très bien. Mais si elle déménage en Wallonie, elle retombera à 94. Ça veut dire qu’elle va perdre presque 50 euros en moins juste après un déménagement. On entend aussi qu’une famille qui déménagerait dans une autre région et qui recevrait, involontairement bien sûr, un trop plein d’allocations familiales devrait rembourser. C’est inadmissible ! Les régions doivent absolument s’organiser pour éviter ça".

Un nouveau système trop complexe

Aux responsables politiques, elle demande d'"informer correctement les familles, car c’est tellement complexe qu’elles ne s’y retrouvent plus. Et on leur demande de régler tous ces petits détails qui sont si importants dans le quotidien des familles. Ensuite, faire en sorte que les familles qui déménagent ne doivent effectuer aucune démarche administrative pour continuer à recevoir leurs allocations familiales. Tout ça doit être fait par les caisses. Et pour finir, on lance déjà un appel aux futurs élus, parce qu’entre aujourd’hui, ce qu’on dit maintenant, et 2020, date des vrais changements, il y a les élections régionales. Et là on en appelle vraiment à la responsabilité des prochains ministres, quels qu’ils soient, surtout qu’ils ne cassent pas tout ce travail laborieux juste pour laisser une trace, et plutôt qu’ils se mettent rapidement au travail pour améliorer encore ces réformes — c’est possible — pour les rendre plus justes, et surtout faciliter la vie des familles".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK