Allocations de chômage en retard de 5 mois ? C'est loin d’être un cas unique

Le Coronavirus ne s’attaque pas qu’à la santé des gens, il les prive aussi de revenus, même quand ils y ont droit. Donovan était balayeur de rue dans une commune bruxelloise mais son contrat de deux ans s’est terminé au mois de mai. La commune n’ayant pas de contrat à durée indéterminée à lui proposer, le jeune trentenaire s’est retrouvé au chômage. Sauf qu’au mois de mai, on était en plein confinement et que les démarches administratives n’étaient pas simples du tout, les syndicats étant débordés par l’afflux de dossiers à tel point que depuis lors Donovan n’a pas encore touché le moindre centime. Apparemment, il est loin d’être le seul dans ce cas. Les victimes indirectes de l’épidémie sont plus nombreuses qu’on ne croit.

"Remplir son dossier sans parler à personne, c’est vraiment la galère !"

Donovan est un gars volontaire mais qui n’a pas eu un parcours scolaire très régulier. Après de multiples petits boulots, il décroche un CDD, un contrat à durée déterminée de deux ans à la commune de Schaerbeek. Il est agent de propreté et il balaie les rues, ce qui est loin d’être une tâche facile. Mais à la fin de son contrat au mois de mai 2020, celui-ci n’est pas renouvelé, Donovan se retrouve donc au chômage, enfin sur le papier car dans la pratique, il n’a toujours rien reçu comme indemnité. "Comme je suis syndiqué, j’ai voulu aller au bureau de la CSC près de la gare de Schaerbeek mais il était fermé à cause du Covid. J’ai donc dû m’inscrire à distance mais c’était la croix et la bannière. Quand je téléphonais, un répondeur me renvoyait automatiquement vers la centrale de Bruxelles-Hal-Vilvorde et le plus souvent la communication tournait en boucle avec des menus qui se répétaient sans fin et cela finissait par se couper. J’ai quand même fini par envoyer mon C4 et tous les documents par mail mais il manquait toujours quelque chose, un papier ou une signature. Aujourd’hui, tout est complet mais j’attends toujours la carte bleue et ça fait 3 semaines…"

A la CSC, on admet l’engorgement des services et l’accumulation des dossiers

Pour avoir une réaction de la CSC, il faut d’abord se montrer patient et persévérant car entrer en contact avec un service relève du parcours du combattant. Même le médiateur censé traiter les plaintes des affiliés est sur répondeur : "La personne que vous essayez de joindre est indisponible, veuillez réessayer plus tard…".

Finalement, grâce au répertoire d’un collègue, nous arrivons à joindre le porte-parole du syndicat et il avoue d’emblée : "Nous sommes conscients du problème, il y a un engorgement des services chargés de traiter les dossiers et les retards se sont accumulés ; mais nous essayons des les résorber au plus vite. Pour cela, nous venons de recruter 50 personnes supplémentaires qui iront renforcer la téléphonie et le traitement des dossiers. Mais il faut savoir que nous sommes noyés sous l’afflux de nouvelles demandes surtout avec l’explosion du chômage temporaire et des faillites. Rien qu’en avril, il y a eu un million de nouveaux dossiers qu’il a fallu répartir entre les 3 syndicats et la CAPAC, la caisse neutre d’allocations de chômage. Tout ça avec du personnel sous pression et sans financement supplémentaire de la part de l’Etat. Nous lançons d’ailleurs un appel au politique pour augmenter l’enveloppe accordée aux syndicats pour leur travail administratif. En attendant, nous nous excusons auprès de nos affiliés qui ont du mal à nous joindre. Nos bureaux sont fermés par mesure sanitaire pour éviter les files et les salles d’attente bondées, tout se passe par téléphone et par mail mais nous l’admettons, il faut de la patience pour nous joindre. Mais je vous l’assure, les autres syndicats ne sont pas mieux lotis, c’est compliqué pour tout le monde."

"En attendant, comment on fait pour remplir le frigo ?"

Les aveux et les excuses de leur syndicat sont accueillis avec une grimace par Donovan. "Heureusement ma compagne travaille ou sinon, je ferais comment ? Je n’ai plus reçu un euro depuis le mois de mai et je n’avais pas vraiment d’économie." Sarah, sa compagne renchérit : "Il était content d’avoir trouvé du boulot après des années de débrouille et de CPAS mais là, avec un seul petit salaire pour deux, ça devient dur, on se prive, on fait attention à tout, vivement que quelqu’un traite son dossier, on ne demande pas l’aumône, c’est juste notre droit."

Ils sont sans doute nombreux à vivre une telle situation. Impossible d’évaluer leur nombre, les syndicats n’ont pas le temps de faire des comptes et, de toute façon, comment repérer tous ceux et celles qui sont en rade derrière leur ordinateur muet ou qui sont pendus à leur téléphone à écouter les mêmes messages qui tournent en boucle : "Merci de votre patience et de votre compréhension… Merci de votre patience et de votre compréhension… Merci…"

Retard pour le versement des allocations de chômage: sujet JT 02/07/2020

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