Aller au ski en voiture électrique? Pas très concluant…

Les stations de ski de l'Espace Diamant sont considérées comme "très orientées familles", mais pas toujours facile d'y arriver pour les familles en voiture électrique
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Les stations de ski de l'Espace Diamant sont considérées comme "très orientées familles", mais pas toujours facile d'y arriver pour les familles en voiture électrique - © B. S. - RTBF

La voiture entièrement électrique reste aujourd’hui un secteur de niche sur les routes belges, à peine 1,6% du marché. Mais elle grandit. En 2019, on a ainsi immatriculé 8.800 voitures neuves 100% électrique. C’est plus du double par rapport aux 3.700 immatriculées l’année précédente.  

Du coup, on peut s’attendre à voir quelques-uns de ces véhicules "kilowattés" être utilisés pour se rendre en vacances au ski dans les jours qui viennent. Mais est-ce une bonne idée de tenter de rejoindre les pentes alpestres avec ce genre d’engin ? Nous avons fait le test. 860 kilomètres de trajet. Direction Saint-Nicolas-la-Chapelle et les pistes françaises de l’Espace Diamant en Savoie, au départ de Bruxelles.

La monture

Et pour nous y rendre, nous prenons un modèle de la marque la plus connue actuellement en matière de véhicule électrique. Celle qui se vante "de vous permettre de voyager où vous le souhaitez, sans limites, grâce à un réseau de superchargeurs en rapide expansion, situés sur des routes très fréquentées"

Cette marque, avec un symbole en T, vous propose d’abord de planifier votre voyage en ligne avant de prendre la route, histoire de pouvoir anticiper les recharges nécessaires. Pour notre itinéraire, nous partons avec une voiture pleinement rechargée (comptez donc déjà plusieurs dizaines de minutes de de charge sur un superchargeur la veille ou le matin du départ, ou alors de longues heures sur une prise "ordinaire" de votre habitation).

Selon la feuille de route, nous devrons donc faire trois arrêts en chemin, pour un total théorique de 2h05 de charge sur le trajet.

ETAPE 1 : Le temps de manger sans perdre de temps de trajet

Nous prenons la route vers 9h du matin. Tout se passe sans encombre jusqu’au premier arrêt recharge prévu juste au-dessus de Metz, en France, après 2h40 de conduite non-stop. Les chargeurs sont très bien situés, sur un grand parking, tout proche de la sortie d’autoroute et juste à côté d’un grand supermarché et de restaurants. Nous en profitons pour manger durant le temps de recharge prévu, soit 35 minutes.

Au final, nous ne voyons pas le temps passer et reprenons la route vers 12h30 avec une batterie qui n’est pas entièrement rechargée, mais qui propose une autonomie théorique largement suffisante pour atteindre les prochains chargeurs indiqués dans l’itinéraire.

ETAPE 2 : le côté glauque

Ces chargeurs justement, nous les atteignons environ 2h plus tard. Et c’est l’un des gros points noirs du trajet. Ils sont en fait installés assez loin de l’autoroute (comptez une dizaine de kilomètres depuis la sortie, il faut aussi traverser la zone de péage de sortie). Mais surtout,  " l’espace Val de Meuse " dénote par… sa tristesse. Une simple surface bétonnée au milieu des champs.

Au bout, un petit préfabriqué contient tout de même deux toilettes, une fontaine à eau et une machine à café payante. Pas des plus glamours, ni de quoi donner un sentiment complet de sécurité à ceux qui voyageraient seuls au volant et devraient recharger le soir lorsqu’il fait noir.

Heureusement pour nous, il est 14h30 lorsqu’on s’y arrête et il fait clair, mais pluvieux. Autre mauvaise nouvelle, c’est ici que nous sommes censés charger le plus longtemps sur le trajet, soit 50 minutes. Vu la configuration des lieux, nous décidons d’écourter un peu la pause et optons pour une recharge un peu plus longue lors du dernier stop prévu.

Les deux passagers d’un autre véhicule, contraints également de charger à cet endroit, partagent visiblement notre point de vue et décident eux aussi d’abréger leur séjour à cet endroit.

Dans notre cas, nous levons l’ancre après 30 minutes de réalimentation électrique. Il est 15h. Et au bout de dix minutes de petites Nationales, nous franchissons à nouveau les barrières des péages pour retrouver l’autoroute.     

ETAPE 3 : Ça devient long

Au bout de 2h de bitume, une grande statue de poulet géant apparait au loin. Le signe que nous arrivons au dernier lieu de rechargement. Ici, les chargeurs se trouvent juste à côté du restaurant de l’aire d’autoroute dite " du poulet de Bresse ". Idéalement situés, puisqu’il ne faut pas quitter l’autoroute (et donc traverser l’entrée et la sortie des péages).

Le hic, c’est que nous devrons donc dépasser les 40 minutes théoriquement prévue de recharge puisque nous avons écourté la séance du chargeur précédent. Nous nous donnons donc une heure d’arrêt. Il 17h30. Un peu tôt pour manger, mais nous décidons tout de même de profiter du stop pour visiter le restauroute. Surprise, nombre de véhicules électriques de la même marque sont en train de recharger en même temps que nous (peut-être une conséquence du caractère peu accueillant des superchargeurs précédent au Val de Meuse). Cette concentration de recharges a en fait des implications : nous constatons que cela diminue quelque peu la vitesse de chargement du véhicule.

Du coup, l’arrêt se prolonge et nous passons finalement  1h20 sur cette aire d’autoroute. Un café plus tard, l’autonomie disponible de la voiture devient suffisante (en théorie) pour rejoindre la station de Saint-Nicolas-la-Chapelle. Reste l’inconnue de la consommation électrique en montée, puisqu’il faudra atteindre le village, situé aux alentours des 1000m d’altitude.   

ETAPE 4 : les routes d’altitude enneigées

Il est 19h. L’écran GPS de la voiture indique encore 2h30 de route à venir jusqu’à la station de ski. Autrement dit, arrivée espérée vers 21h30. Ce qui signifie que nous sommes déjà au-delà de l’itinéraire théorique qui nous était promis par le logiciel planificateur en ligne, à savoir un total de 11h de route. Et pourtant, nous n’avons pas croisé un seul embouteillage.

Sauf que cette dernière prévision s’avèrera encore trop optimiste. Ce soir-là, une fois l’autoroute quittée, la météo décide de nous accueillir avec de jolis flocons et les routes pour monter vers l’Espace Diamant nous offre la beauté, mais aussi la dangerosité d’être recouvertes d’une belle petite couche de neige. Notre véhicule est équipé de pneus hiver, pourtant la conduite se révèle compliquée et hasardeuse. Le poids très important de la voiture, dû notamment aux énormes batteries électriques qu’elle contient, la rend moins facilement contrôlable sur la neige. Malgré l’option 4 roues motrices.

Au cours des vingt derniers kilomètres, nous ne dépassons pas les 20 km/h en vitesse de pointe, ce qui n’empêche pas de connaître quelques sueurs froides lorsque nos légers coups de frein ne parviennent pas à freiner entièrement les plus de deux tonnes d’acier du véhicule, qui glisse parfois dangereusement vers les ravins.

D’autres sueurs froides proviennent aussi des coups d’œil vers le niveau de batterie. Le froid extérieur la décharge plus vite qu’à l’ordinaire. Les derniers kilomètres se feront en coupant le chauffage dans l’habitacle, ainsi que certains équipements électroniques, afin d’économiser au maximum la batterie.

Heureusement, tout se termine bien. Nous arrivons finalement à presque 23h à l’hôtel de Saint-Nicolas-la-Chapelle. Le sourire des tenanciers, qui ont accepté de rester éveillés pour nous attendre malgré le gros retard sur l’horaire prévu, nous revigore un peu à l’arrivée. Première chose à faire, sortir la prise et brancher la voiture à qui il ne restait que cinq petits kilomètres d’autonomie théorique. Un branchement sur une prise ordinaire qui indique qu’il faudra… 36 heures de recharge non-stop pour atteindre un niveau de batterie acceptable. Ce qui s’avèrera impossible, parce que cela signifierait laisser le véhicule à l’arrêt durant presque l’entièreté du séjour et, donc, ne pas s’en servir.

Et oui, il n’y a pratiquement pas de superchargers dans les montagnes ! Ce déficit d’énergie se fera sentir deux jours plus tard sur le trajet du retour. Il faudra faire quatre arrêts recharge (pour trois à l’aller) avant de rentrer à Bruxelles. Durée totale du trajet : douze heures. Cerise sur la gâteau lors du retour, un passage à nouveau obligé par le site " glauque " de recharge du Val de Meuse, mais cette fois lorsqu’il fait pratiquement nuit. De quoi vérifier les sentiments craints lors de l’aller.

Verdict : véhicule électrique ou classique pour le ski ?

Nous avons établi exactement le même trajet sur un célèbre site web de planificateur routier pour un véhicule " ordinaire ", essence ou diesel. Et la différence est claire : 

  • Durée de trajet théorique Bruxelles-Saint-Nicolas-la-Chapelle  8h46 minutes (hors pauses), contre 11h minimum (pauses théorique de recharge incluses) pour l’électrique. C’est 2h15 de différence tout de même, soit ¼ du temps total.
  • Le coût du carburant est effectivement moindre avec l’électrique. Au moins une centaine d’euros selon le site web de planification de la marque électrique. Ce qui donne le sentiment agréable de pouvoir utiliser cet argent pour payer ses repas ou ses cafés lors des arrêts sur la route. 
  • Par contre, il faut subir un stress plus grand avec le véhicule électrique dû au manque de gros chargeurs disponibles en montagne. Le plus proche de Saint-Nicolas-la-Chapelle se trouve par exemple à 25 km (45 minutes de route en montagne) et il vient d’ouvrir il y a quelques mois à peine. Alors que des pompes à essence ordinaires, il y en a.
  • Le poids proportionnellement plus important du véhicule électrique le rend parfois plus compliqué et dangereux à conduire en cas de conditions climatiques difficiles en altitude.

 

Bref, de notre expérience, il faudra encore quelques années et de gros aménagements de recharge à la montagne pour qu’un véhicule soit vraiment adapté à un trajet vers les vacances au ski. A réfléchir, si vous pensez aller profiter du grand air et de paysages spectaculaires comme ceux-ci dans les semaines qui viennent.

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