Algorithmes: "C'est très difficile de réguler la technologie chez nous"

Algorithmes: "Nous ne pouvons pas réguler la technologie chez nous"
Algorithmes: "Nous ne pouvons pas réguler la technologie chez nous" - © JUSTIN SULLIVAN - AFP

Ce matin, c'est Philippe Vion-Dury, journaliste et essayiste spécialisé dans les nouveaux modèles économiques et technologiques, qui était l'invité de Matin Première. Il était question au micro de Robin Cornet des algorithmes, sujet qu'il aborde dans son livre "La nouvelle servitude volontaire. Enquête sur le projet politique de la Silicon Valley". 

Ces procédés informatiques qui sont "surtout des modèles prédictifs et comportementaux", explique Philippe Vion-Dury, ont pris une place capitale au sein de nos sociétés. Ils sont en effet capables, comme le rappelle l'invité de Matin Première, de prédire si vous êtes susceptible de "tomber malade, de rencontrer telle personne, ou même de réaliser un crime. Dans la pratique, le but est de coller à vos goûts, de sorte à vous recommander des choses qui vous plairont. Pratique, sur le principe, mais il y a également beaucoup de problèmes".

Tout ce que vous voyez sur Facebook [...] c'est ce que l'on choisit de vous montrer.

Philippe Vion-Dury attire l'attention sur trois points en particulier : tout d'abord, de plus en plus de pouvoir est donné aux nouvelles technologies. Ensuite, l'humain et les politiques sont peu à peu rejetés au profit des algorithmes. Enfin, si les algorithmes sont souvent présentés comme neutres, aucun d'entre eux ne l'est. 

Le journaliste et essayiste rappelle également le principe de la "bulle de filtres". "Tout ce que vous voyez sur Facebook n'est pas la globalité. Ce n'est pas représentatif du monde, c'est ce que l'on choisit de vous montrer. Si vous êtes de gauche, on va vous montrer des contenus de gauche, si vous êtes de droite, plutôt des contenus de droite, par exemple. Cela vous enferme donc dans un monde erroné", développe-t-il.

Interrogé sur le fait que lire un journal orienté politiquement puisse également construire une représentation biaisée du monde, l'invité nuance. "Dans l'achat d'un journal, il y a un rapport actif. On va piocher là ou l'on veut et on peut choisir si l'on veut changer. Ici c'est beaucoup plus compliqué, puisque on n'a pas forcément conscience de cela et changer est donc extrêmement difficile", argumente Philippe Vion-Dury.

Peu de solutions

Dès lors, la question principale est de savoir comment éviter de tomber dans les écueils liés aux algorithmes. "Il faut s'intéresser à ces problématiques au niveau individuel, mais il faut également une prise de conscience collective. Essayer de ne pas s'informer que via Facebook par exemple, essayer d'éviter d'utiliser des playlists qui défilent et garder un rapport actif à la culture, en cherchant par soi-même. Il faut avoir un rapport critique vis-à-vis des algorithmes", conseille -t-il. 

Cependant, les outils pour lutter semblent encore dérisoires face à la force de frappe des grandes multinationales comme Google, ou Facebook. "Le droit américain est plutôt favorable à ces grandes plateformes, mais c'est très difficile de réguler la technologie chez nous. Les grands acteurs de la Silicon Valley font tout pour que nous ne puissions pas le faire. Ils font en sorte que la technologie aille trop vite pour les régulateurs, et quand on commence à réguler il est déjà trop tard. Ce n'est vraiment pas gagné d'avance", conclut Philippe Vion-Dury.

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