Algorithme: la nouvelle machine à voyager dans le futur

 L’algorithme pourrait devenir un modèle prédictif efficace.
L’algorithme pourrait devenir un modèle prédictif efficace. - © MANAN VATSYAYANA - AFP

Mais à quoi sert un algorithme, ce concept informatique étrange que l’on connaît, qui fait partie de notre vie quotidienne et qui porte un si drôle de nom ? Cet algorithme est pourtant au cœur de notre vie quotidienne. Il pourrait même, rapidement en devenir le moteur. Pour le meilleur et pour le pire.

Ce mot étrange a pour origine le nom du mathématicien perce Al-Khawarizmi qui, en se latinisant, a donné algorithme.

Pour faire simple, l’algorithme est une suite d'instructions qui permettent d’obtenir un résultat. Le plus souvent, c’est une formule mathématique plus ou moins complexe. Mais la plus parlante des analogies de l’algorithme est la recette de cuisine. Une recette renferme des ingrédients, leur quantité, le temps de cuisson requis, le matériel utilisé (spatules, rouleau à tarte)... Tout cela permet de déboucher sur un résultat prévisible. La recette, est un peu l’algorithme du plat préparé.

L’algorithme arrive à son heure

Connu depuis des centaines d’années, ce concept se trouve aujourd’hui à un tournant de notre histoire numérique. L’algorithme permet d’aller plus loin que le système binaire informatique, cet univers binaire peuplé de 1 et de 0 (vrai ou faux, ouvert ou fermé, allumé ou éteint…) Avec l’algorithme intervient la logique floue : le probable, le prévisible. Il ne concerne plus les seules mathématiques, mais s’étend à la sociologie humaine.

C’est aussi le bon moment parce que l’efficacité des algorithmes est "boostée" par le Big Data, ou l’art d’amasser des millions de données pour en tirer de l’information. Le Big data, enfin gérable par la technologie, devient le terreau dont se nourrissent les algorithmes.

Laurent Alexandre, cet énarque généticien, également à la tête du site en ligne Optissimo, explique que la masse des données est désormais trop élevée pour être traitée par le cerveau humain. Sur un plateau de télévision, il a pris l’exemple de la société de partage de véhicules Blabla Car. Pour lui, si la société vaut aujourd’hui un milliard de dollars c’est tout simplement parce qu’elle dispose d’un bon algorithme.

Une formule mathématique pour prédire l’avenir

Jusqu’alors chargé de d’obtenir un résultat, l’algorithme se targue de prévoir l’avenir (ou de s’en approcher) sur base de données du passé. Sur le principe selon lequel les êtres humains présentent des aspects mécaniques, prédéterminés, entraînant des comportements régularisés, l’algorithme pourrait devenir un modèle prédictif efficace.

Il permet à des caméras de nous reconnaître, à des armes de cibler la bonne personne (ou la mauvaise, c’est selon) ou encore de nous confronter aux publicités les plus susceptibles de nous intéresser. Pire encore, les services de renseignements américains ont créé des algorithmes qui déterminent le degré de dangerosité de chacun de nous. Nous ne sommes pas encore dans l’univers anticipé par le film "Minority Report", mais le chemin n’en est sans doute plus très éloigné.

Les algorithmes prédictifs sont-ils toujours efficaces ?

L’algorithme est un savoir "réductionniste". Il réduit quelque chose ou quelqu’un à certaines de ses caractéristiques. Il peut donc se tromper. C’est la différence qu’il y a entre la corrélation et la causalité. Mais la frontière entre l’un et l’autre s’atténue sous l'influence du Big data qui renforcer toujours davantage l'efficacité de la prédiction.

Un monde tellement prévisible

Avec l’algorithme moderne, c’est tout un pan mystérieux du futur qui risque de disparaître. Tout devient prévisible.

On évoque, par exemple, les algorithmes anti-mensonge. Certains développent la théorie qu’il est possible, dans un discours ou un texte, de distinguer le vrai du faux. Tout cela grâce à la collecte des données… et au bon algorithme.

Dans le même sens, un chercheur de la Norteastern University a mis au point un algorithme capable de prédire quel discours politique permettra de convaincre une audience. A l’avenir, des articles lus sur notre site RTBF.BE/info pourraient s’actualiser automatiquement de paragraphes, liens, tableaux ou vidéos.

Les dangers de l’algorithme

Certains craignent que, faute d’un réel contrôle des algorithmes par des autorités publiques, les petits pays seront rapidement vassalisés par les grandes puissances.

Des chercheurs y travaillent et, parmi eux, Google qui finance des recherches sur une application capable de détecter les opinions (cachées ou non) des courants politiques.

Chez Facebook, une équipe planche sur un algorithme qui automatisera l’écriture sur la base d’informations disponibles. Et nul ne sait aujourd’hui si le but de cette recherche est de mieux informer, ou de mieux vendre des produits.

Une autre danger est l’absence de mainmise du droit sur les algorithmes. Les lois de protection de la vie privée portent généralement sur des fichiers que l’on peut -ou pas- partager et télécharger. Avec l’algorithme, cette protection pourrait tomber à l’eau. Car dans ce paradigme, ce ne sont plus les fichiers qui importent, mais des informations créées instantanément qui sont obtenue puis disparaissent.

Heureusement, l’algorithme joue aussi un rôle positif dans la lutte contre le cancer et Alzheimer. Comme la langue d’Esope, l’algorithme est la meilleure et la pire des choses. Et puis, il nous reste la cryptanalyse. Cette technique qui permet de déchiffrer un algorithme secret et ainsi de le briser. Et c’est peut-être la bonne nouvelle.

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