Alexis Deswaef (Ligue des Droits de l'Homme) dénonce la politique "injuste et inhumaine" de Theo Francken

Alexis Deswaef, le président de la Ligue des Droits de l'Homme Belgique, a réagi ce mardi matin aux propos de Theo Francken dans Matin Première.
Alexis Deswaef, le président de la Ligue des Droits de l'Homme Belgique, a réagi ce mardi matin aux propos de Theo Francken dans Matin Première. - © RTBF

La ville de Bruxelles va mettre un bâtiment à disposition des migrants, ils pourront s'y abriter dans quelques jours. La décision a été confirmée ce lundi soir par le conseil communal, le bâtiment financé par les autorités pourra compléter l'hébergement mis en place par des citoyens. Une solution qui, selon le secrétaire d'Etat à l'asile et à la migration Theo Francken, va créer un appel d'air. Alexis Deswaef, le président de la Ligue des Droits de l'Homme en Belgique, déplore l'inaction des politiques par rapport à cette problématique.

Ce qu'il se passe au parc Maximilien, c'est le thermomètre des manquements de l'état

"Ce qui me frappe, ce qui me touche, c'est que c'est la solidarité des citoyens qui vient pallier aux manquements de l'état, déplore Alexis Deswaef. Les citoyens de la plate-forme du parc Maximilien, pour l'accueil, l'hébergement, pour éviter que les migrants se fassent arrêter lors des rafles de la police, mais aussi des citoyens qui font respecter des décisions de justice, dans la plate-forme Stop Déportation, qui vont à l'aéroport pour empêcher des expulsions alors qu'il y a des décisions de justice que Monsieur Francken ne respecte pas. Ce sont donc les citoyens qui disent "c'est fini, not in my name, on ne veut plus de cette politique-là qui est injuste et inhumaine. Finalement, ce qu'il se passe au parc Maximilien, c'est le thermomètre des manquements de l'état, et aujourd'hui on peut évidemment se réjouir avec l'ouverture de ce bâtiment. C'était la seule décision possible, ce n'est pas parfait, mais ça aurait dû venir à la fin de l'été, il y a eu un mois et demi d'hésitations".

Des personnes qui voyagent entre la Syrie, le Soudan ou l’Érythrée vont-ils se dire "moi je vais aller à Bruxelles parce qu'il paraît qu'ils ont ouvert un local"? Soyons raisonnables

Selon Theo Francken, quand on demande l'asile en Belgique, on a un toit, on a un bain, on a du pain, on a un lit, mais tous ceux qui passent par Bruxelles, qui se trouvent au parc Maximilien ou dans la gare du Nord, ne demandent pas l'asile en Belgique. Il veulent simplement rejoindre l'Angleterre dont ils connaissent la langue. "Il y a d'abord son traditionnel couplet sur l'humanité, on est très humain, on est ferme mais humain", rétorque le président de le Ligue des Droits de l'Homme en Belgique. "Sur le terrain, on ne voit que la fermeté, jamais l'humanité, mais il prononce ce mot "humain" pour rassurer l'auditeur qui l'écoute, et rassurer le citoyen. Alors l'appel d'air, il le dit chaque fois, en disant 'quoiqu'on fasse, il y a un risque d'appel d'air', c'est le chiffon rouge qu'il agite pour faire peur aux personnes qui sont déjà inquiètes face à ce phénomène migratoire. L'appel d'air, tout le monde en parle, mais on ne l'a jamais vu".

"Est-ce qu'on peut raisonnablement penser que l'ouverture de locaux dans des conditions très rudimentaires, sur une route migratoire, va attirer vraiment des milliers de personnes qui entre la Syrie ou le Soudan où l’Érythrée vont se dire "moi je vais aller à Bruxelles parce qu'il paraît qu'ils ont ouvert un local". Soyons raisonnables, je pense que ce bâtiment, qui est ouvert, c'est juste un geste d'humanité, parce qu'il y a des personnes qui ne peuvent pas dormir dehors".

"Son dernier argument, est de dire "il suffit qu'ils demandent l'asile", et il joue beaucoup sur cet argument-là et il faut décoder ça", prévient Alexis Deswaef. "Parce qu'on se dit 'bah oui, pourquoi ils ne demandent pas l'asile, c'est vrai, ils veulent juste rejoindre l'Angleterre, ils ne veulent pas demander l'asile', mais parce que si ces personnes, par exemple les Soudanais dont on a beaucoup parlé, demandent l'asile ici en Belgique, plutôt que de rejoindre cette terre promise qu'est à leurs yeux l'Angleterre, que va-t-il se passer? Comme ils sont arrivés par l'Italie, où ils ont dû donner leurs empreintes, Theo Francken se frotte les mains parce que sur base du règlement de Dublin, le premier pays d'entrée est le pays qui est compétent pour traiter la demande d'asile. Et il va les renvoyer en Italie".

"Or Theo Francken l'a dit lui-même dans un passage un peu plus loin de son interview, que l'Italie croule sous les demandes et les migrants. Plus de 600.000, rien que pour l'Italie, rien que cette année, a-t-il dit," avance Alexis Deswaef. "Ce sont ses chiffres. En Belgique, l'année passée, après un pic il y a deux ans, de 45.000 demandes, l'année passée peut-être 25.000, comparez ces chiffres. Et qu'est-ce que Theo Francken va faire plutôt que pousser la Belgique à prendre fidèlement sa part et traiter les demandes? Il saute à pieds joints sur le règlement de Dublin pour essayer de se débarrasser des migrants vers l'Italie. Mais ça, il ne le dit pas dans son explication, et c'est ça qui est malhonnête. Si le gouvernement s'engageait à ne pas appliquer de manière stricte le règlement de Dublin qui n'est que facultatif, et disait "Je vais examiner les demandes des personnes qui sont chez nous', ces personnes demanderaient l'asile, surtout si elles peuvent avoir accès à un avocat, ce qui n'est pas le cas quand elles ont été prises dans une rafle du parc et qu'elles sont en centre fermé. Il faut aussi donner la bonne information".

Theo Francken a masqué le problème

Theo Francken dit pourtant qu'aujourd'hui, il n'y a plus de problème au parc Maximilien. "Il a masqué le problème, il a chassé les migrants, il les a fait arrêter pour envoyer un signal, rétorque le président de la Ligue des Droits de l'Homme Belgique. Ce qu'il a fait, c'est une politique symbole. C'est venir faire des rafles, organiser des rafles au parc, pour donner un signal en disant "Ne venez plus ici, ces personnes sont ailleurs dans la nature", il préfère masquer le problème, et puis il dit "la situation est sous contrôle. Je ne veux pas d'un Calais à Bruxelles". Mais personne ne veut d'un Calais. On ne voulait pas d'un Calais à Calais, et on ne veut pas non plus un Calais à Bruxelles, et c'est pour ça que ce bâtiment doit être là. Mais c'est la politique du gouvernement, et au niveau européen, parce qu'il y a aussi un manque de solidarité au niveau européen, qui créé des Calais sur les routes migratoires".

Il y aurait donc une double politique, une politique paradoxale, menée aujourd'hui à Bruxelles? D'un côté, on envoie la police pour "nettoyer" le parc Maximilien et les locaux de la gare du Nord (ce sont les mots du secrétaire d'Etat), et d'un autre, on ouvre un bâtiment.  "et avec les mêmes partis dans la coalition, répond Alexis Deswaef. Par exemple le MR à Bruxelles et le MR au gouvernement fait le grand écart; le citoyen ne comprend plus très bien".

Les ministres nationalistes de la N-VA, bafouent le principe sacré en démocratie

"Mais aujourd'hui, à la Ligue des Droits de l'Homme, nous voulons dénoncer cette dérive du gouvernement, où certains ministres, en particulier les ministres nationalistes de la N-VA, bafouent le principe sacré en démocratie qui est la séparation des pouvoirs. On a un secrétaire d'Etat à l'asile et à la migration qui s'assied sur des décisions de justice, on obtient des interdictions d'expulser vers le Soudan, de manière générale pour les migrants, les Soudanais à Vottem, de manière particulière à Bruxelles. Et malgré ça, après des petits tours de passe-passe et des couverts de soi-disant faux retours volontaires, il contourne une décision de justice qui pourtant s'impose à lui, et c'est la séparation des pouvoirs qui est atteinte. D'un autre côté, on a des ministres qui mentent au Parlement, aux députés qui les interrogent. Que ce soit Monsieur Jambon sur les opérations policières du parc Maximilien, que ce soit Monsieur Francken qui vient dire ici à votre antenne, en disant qu'il va répondre au parlement demain pour dire que le cas que nous dénonçons de l'expulsion vendredi dernier vers le Soudan, c'était un retour volontaire, qu'il y avait un interprète qui a expliqué que c'était sur base volontaire à cette personne, et on sait que c'est faux, qu'il plaide contre les éléments du dossier. S'il répond ça demain au Parlement, eh bien ce sont des ministres qui mentent aux députés. Et ça, en démocratie, c'est au-delà de la ligne rouge, c'est intolérable, ça ne va pas".

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