Alerte aux perfluorés, des substances chimiques toxiques dans des emballages alimentaires

Emballages alimentaires jetables, vaisselles en papier, en carton ou en fibres végétales moulées comme la restauration rapide nous en propose pour emporter nos hamburgers ou nos pizzas, nous pouvons trouver des perfluorés dans de nombreux objets quotidiens. Les perfluoroalkylées, les PFAS comme on les appelle, sont une famille chimique toxique qui regroupe près de 4500 composés distincts.

Très pratiques, très utiles à l’industrie pour leurs propriétés antiadhésives (comme dans nos poêles au téflon), imperméables (comme dans nos vêtements contre la pluie en Gore-tex) ou antitaches (pour les textiles de nos nappes antitaches), les PFAS sont dits éternels car ils sont malheureusement très persistants dans l’environnement, difficiles à éliminer surtout quand ils sont utilisés en grande quantité dans des emballages à usage unique, par exemple dans les fast-foods. Ils peuvent alors s’accumuler dans toute la chaîne alimentaire.

Des échantillons d’emballages en contact avec des aliments dans six pays d’Europe

Neuf ONG européennes, dont HEAL (Health and Environment Alliance) une association environnementale basée à Bruxelles, ont voulu savoir s’ils étaient très utilisés, elles ont mené l’enquête dans 6 pays d’Europe (en Allemagne, en Tchèquie, en France, au Danemark, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni) pour savoir si leur utilisation était répandue dans les emballages alimentaires et la vaisselle jetable.

Natacha Cingotti, responsable du programme substances chimiques chez HEAL nous détaille l’enquête : "Nous avons collecté des échantillons d’emballage à travers six pays et nous les avons envoyés au même laboratoire. Les tests ont été faits en deux étapes. On a d’abord mesuré le contenu fluoré organique total, c’est le test indicatif utilisé pour connaître le contenu global en substances fluorées."

3 sur 4 contiennent des substances perfluorées

Et de poursuivre : "Sur 42 échantillons, on en a trouvé 32 pour lesquels le contenu fluoré indiquait qu’il y avait eu un traitement intentionnel de PFAS. Tous avaient des traces mais tous n’ont pas été traités volontairement, une contamination a sans doute eu lieu à un moment dans la chaîne de production. En tout cas, on a trouvé des traces partout."

Les PFAS sont donc une famille très large de substances, mais seules deux d’entre elles, sont interdites au niveau international (les PFOA et les PFOS), mais il y en a beaucoup d’autres qui pourraient, elles aussi, être nocives. Il faut dire qu’à l’heure actuelle, on ne peut toujours pas détecter individuellement les 4500 composés répertoriés. Les méthodes d’analyse ne sont au point que pour certains d’entre eux. Notre experte environnementale nous explique : "Dans notre enquête sur les emballages alimentaires, nous avons recherché individuellement 55 de ces perfluorés les plus utilisés par les industriels. Nous n’avons pas retrouvé les deux PFAS interdits. Ce qui est surtout intéressant, c’est que nous avons pu voir leur présence globale lors du premier test mais que nous n’avons pu en détecter individuellement que 1% (55 composés seulement sur les 4500)."

Les moyens de détecter individuellement les 4500 PFAS manquent

Autrement dit, on ne sait pas exactement quelle est la substance exacte présente dans l’emballage. Dans le même temps, les études scientifiques se multiplient. Elles montreraient que les concentrations de ces perfluorés dans l’environnement ou chez l’humain n’arrêtent pas d’augmenter. Ces composés très persistants sont difficiles à éliminer et apparemment, les moyens analytiques pour les détecter ou les mesurer manquent. Nous ne sommes pas équipés pour savoir à quel composé exact nous avons à faire, déplore Natacha Cingotti.

4 de ces PFAS retrouvé dans tous les échantillons de sang en 2015 à Liège

Catherine Pirard est chimiste au laboratoire de toxicologie du CHU de Liège, elle confirme qu’il existe toute une série de produits alternatifs fluorés aux deux interdits (les PFOS et les PFOA), pour lesquels, nous avons beaucoup moins d’indications sur la toxicité mais qui restent autorisés : "En 2015, nous avons mené une étude en province de Liège. 242 adultes ont été recrutés. Nous avons fait des prélèvements d’urine pour d’autres substances et de sang pour doser certains composés perfluorés. On a retrouvé quatre de ces substances chez tout le monde dont les deux plus dangereuses, aujourd’hui, interdites."

Et d’ajouter : "Nous en avons probablement tous dans notre organisme. Cela ne veut pas dire qu’il y aura des effets sur notre santé. Mais pour les deux substances interdites, des experts ont établi des concentrations au-dessus desquelles il peut y avoir un effet néfaste sur la santé. La moitié des échantillons contenaient ces taux supérieurs à la référence. C’est très interpellant."

Il pourrait y avoir des problèmes de fertilité, des naissances de bébés à faible poids, des désordres du métabolisme des graisses et même des problèmes d’immunité après vaccination.

Ce sont pourtant des composés que nous ne sommes plus censés rencontrer puisqu’ils sont interdits mais ils restent très présents dans l’environnement, et probablement nous continuons à nous contaminer. Et comme ils sont persistants, ils s’accumulent, nous les accumulons toute notre vie même si nous n’y sommes plus exposés. "Il pourrait y avoir des problèmes de fertilité, des naissances de bébés à faible poids, des désordres du métabolisme des graisses et même des problèmes d’immunité après vaccination", conclut notre chimiste.

L’industrie substitue les deux perfluorés interdits par d’autres de la même grande famille. Natacha Cingotti pense que c’est un vrai problème : "Il y a des produits dont on a beaucoup parlé, par exemple le bisphénol A dans les biberons. Il a été interdit, et l’industrie s’est adaptée, elle l’a remplacé par du Bisphénol S. Or, on vient de se rendre compte qu’il était encore plus toxique que le bisphénol A. Voilà pourquoi l’Europe planche aujourd’hui sur une réglementation et une restriction pour tout le groupe des PFAS à des usages strictement essentiels plutôt que de les interdire une par une."

Le Danemark a banni tous les PFAS dans les emballages alimentaires. Dans l’enquête, des emballages similaires ont été collectés en Tchéquie, au Royaume-Uni et au Danemark dans la chaîne de restauration rapide, McDonald. Seuls les emballages danois ne contenaient aucune trace de PFAS. Peut-être pourrait-on s’en passer ?

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