Albert Corhay, recteur de l'ULg: "Le secondaire laisse supposer à l'étudiant qu'il peut faire n'importe quoi à l'université"

Albert Corhay, recteur de l’ULg: "Le secondaire laisse supposer à l’étudiant qu’il peut faire n’importe quoi à l’université"
Albert Corhay, recteur de l’ULg: "Le secondaire laisse supposer à l’étudiant qu’il peut faire n’importe quoi à l’université" - © Tous droits réservés

Recteur de l’Université de Liège et président du FNRS, le Fonds national de la recherche scientifique, Albert Corhay est ce samedi 3 juin l’invité du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première et sur la 3. Avec les recteurs de l’ULB et de l’UMons, il dénonce le projet de fusion entre l’UCL et l’Université Saint-Louis à Bruxelles.

Fondée en 1817, l’ULg célèbre cette année son bicentenaire. Pour Albert Corhay, aujourd’hui les trois missions de l’Université sont la recherche, l’enseignement et… la citoyenneté. Il s’en explique : " Ce n’est pas vraiment une nouveauté. Mais la façon dont on l’exprime à Liège est nouvelle. Nous sommes bien conscients que nous devons, nous universitaires, jouer un rôle social dans une région qui a été sinistrée en termes d’emploi. L’Université est devenue un acteur économique. L’interaction avec la société est en croissance constante. Nous essayons de développer des plateformes qui mettent en contact l’Université et le monde extérieur ", précise le recteur liégeois.

Les universitaires doivent prendre position, sensibiliser les étudiants et la société par rapport aux questionnements actuels comme le climat

Une fusion controversée

Les recteurs de l’ULB, de l’UMons et de l’ULg ont signé une carte blanche commune dans Le Soir affirmant leur inquiétude quant au projet de fusion entre l’UCL et l’Université Saint-Louis à Bruxelles. Pourquoi ? Albert Corhay reconnait que ce projet a des relents de guerre des piliers confessionnels, mais c’est d’abord, dit-il, " une inquiétude par rapport au décret paysage qui organise l’enseignement supérieur en cinq pôles géographiques. Nous sommes tous financés par la même main, la Fédération Wallonie-Bruxelles ", explique-t-il. " La présence de l’UCL sur Bruxelles est un atout important, c’est attractif. Mais s’il y a des pôles, c’est pour qu’il n’y ait pas de concurrence entre établissements. Le Ministre Jean-Claude Marcourt devra trancher ", affirme Albert Corhay.

Il est inadmissible que nous soyons mis en situation de concurrence entre universités

L’UNamur n’a pas signé la carte blanche mais nous n’en étions pas loin

Le côté liégeois du ministre Marcourt n’a rien à voir ici dans la fusion entre l’UCL et Saint-Louis à Bruxelles

Et si à travers la dénonciation de cette fusion, l’ULg redoutait un précédent : à savoir que l’UCL s’associe demain avec une haute école liégeoise pour former les futurs maîtres ? " Je le redoute ", concède Albert Corhay, " mais je ne le souhaite pas car ce serait contreproductif ".

L’accès aux études

En septembre prochain, un examen d’entrée sera organisé en médecine et en dentisterie. Qu’en pense Albert Corhay ? " Cela va améliorer la qualité de l’enseignement car cela a un effet sur le taux d’encadrement ", explique le recteur pour qui cet examen est d’abord lié à la question de la délivrance des numéros INAMI.

Il faut gérer la quantité car former un médecin, ça coûte excessivement cher

Faut-il s’inquiéter du fait qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur soit en dessous de la moyenne européenne ?  " Le rôle de l’université est de former des étudiants d’un niveau extrêmement élevé et des étudiants qui seront des citoyens qui vont jouer un rôle dans la société ", dit Albert Corhay. 

Et le taux d’échec très élevé en première année ? " S’il est si important, c’est la faute au secondaire. Les étudiants ne sont pas bien préparés ", explique le recteur. " D’où la formation initiale qui est repensée. L’enseignement secondaire laisse supposer à un étudiant que lorsqu’il entre à l’université, quelque soit son parcours, il peut faire n’importe quoi ".

Je suis désolé, ce n’est plus l‘ascenseur social, c’est l’échafaud

" On n’est pas assez contraignant dans les attentes auprès des jeunes ", poursuit le recteur qui espère que le pacte d’excellence va améliorer les choses.

Les étudiants (francophones) belges, ils ne sont pas mauvais, ils sont mal préparés

La liberté d’expression

La démocratie, c’est aussi la liberté d’expression. Professeur à l’Université de Liège, François Gemenne avait déclaré que, pour lui,  " Nethys et Publifin sont un système de nature mafieuse ". A-t-il été recadré par l’Université ?

Non, je n’ai pas recadré François Gemenne pour ses propos relatifs à Nethys et Publifin

"Je l’ai eu au téléphone et il m’a demandé si j’étais prêt à l’aider juridiquement. Je lui ai dit qu’en tant que chercheur qualifié du FNRS, il n’était pas habilité à parler au nom de l’université et que s’il le faisait, c’est en son nom propre. Il a voulu créer le buzz, il a été très nominatif mais il n’est pas le porte-voix de l’université", précise encore une fois le recteur.

Le prix Francqui 2017

Enfin, cette année le prix Francqui a été remis à un professeur de l’ULg, Steven Laureys, neurologue. Ceci récompense-t-il un talent individuel ou une politique plus globale ? " Les deux ", répond Albert Corhay.

Mais n’est-ce pas aussi  l’arbre qui cache la forêt ? Pour bon nombre de chercheurs, la recherche s’apparente en effet à un parcours de combattants. " Ceux qui sont financés par le FNRS n’ont pas le problème de trouver leur salaire, même s’ils doivent chercher des moyens pour financer leurs activités de recherche. La question n’est pas la même pour les autres types de chercheurs au sein de l’université. Ceux-là doivent se débrouiller pour trouver des contrats et, en effet, c’est un très gros problème ", conclut Albert Corhay.

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