Alain Grignard, islamologue et policier: "Le climat d'excitation actuel pousse des individus à passer à l'acte"

Six mois après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, Alain Grignard est ce samedi 24 septembre l’invité du grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première. Il est aussi commissaire à la police judiciaire fédérale, avec une expérience de 30 ans dans la lutte contre le terrorisme.

Chargé de cours à l’Université de Liège, c’est seulement à ce titre qu’Alain Grignard s’exprime au Grand Oral.

Un climat qui pousse au passage à l’acte

Pour lui, la menace d’une action terroriste structurée existe toujours. " Concomitamment avec l’envoi de commandos en Europe qui ont effectué les actions du Bataclan ou de Bruxelles, il y avait aussi des gens qui ont agi seul, comme sur le Thalys ", explique Alain Grignard. " Les deux options existaient déjà, mais le climat actuel fait qu’un tas de personnes qui ne seraient peut-être jamais passées à l’acte sont plus tentées de le faire aujourd’hui, des fous ou des suicidaires. Al-Qaïda, l’Etat islamique et tous ces groupes ont créé un climat tel que nous sommes dans l’émotionnel, il y a une excitation chez ces individus ".

Comment parler du terrorisme ?

C’est une question qui revient régulièrement : à médiatiser chaque attentat, les médias ne font-ils pas le jeu des terroristes ? " Je ne vais pas donner des leçons de déontologie à la presse ", réagit Alain Grignard " mais c’est clair que de parler de terrorisme, c’est exactement ce qu’ils veulent, que leurs idées soient diffusées. Ils ont réussi leur but, ils nous ont précipité dans l’émotionnel puisque maintenant les gens ont une crainte disproportionnée par rapport au terrorisme ".

Et faut-il citer les noms des terroristes ? " Ça ne change pas grand-chose ", répond Alain Grignard. " Il y a des choses qui me choquent plus : un gros plan d’une chaîne de télévision sur une maison perquisitionnée ce qui condamne les gens avant qu’ils soient jugés, des informations aussi qui mettent les enquêteurs ou les enquêtes en danger, etc. "

Un centre d’étude à l’ULg

Enfin, Alain Grignard a présenté brièvement le centre d’étude sur le terrorisme et le radicalisme de l’Université de Liège. " La démarche, c’est de ramener le débat sur le terrain scientifique et académique et de sortir de l’émotionnel. Le but n’est certainement pas la mercantilisation du terrorisme. On ne veut pas que le problème soit confisqué par une seule discipline. Il faut une approche sociologique, anthropologique, criminologique, islamologique, psychologique… C’est une combinaison inédite qui ramène le débat sur le rationnel. "

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