Airbnb souffle sa dixième bougie: quel bilan tirer de la plateforme d'hébergement?

Ce mois d'août marque le dixième anniversaire de la plateforme.
Ce mois d'août marque le dixième anniversaire de la plateforme. - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

C'est l'histoire d'un matelas gonflable devenu un matelas très rentable. Ce mois d'août marque le dixième anniversaire d'Airbnb. La plateforme en ligne d'hébergements aux 150 millions d'utilisateurs et aux 93 millions d'euros de bénéfices n'est plus la petite initiative d'étudiants fauchés qu'elle était à l'origine. Bilan.

En août 2008, dans un appartement de San Francisco, trois colocataires réfléchissent à comment ils pourraient boucler les fins de mois difficiles facilement et payer le loyer à temps. Quelques réflexions plus tard, ils décident de louer l'une de leur chambre avec trois matelas gonflables à l'intérieur (air bed) et propose, en prime, un petit déjeuner (breakfast). Airbed and breakfast est né et se transformera progressivement en Airbnb, bien connu aujourd'hui.

Depuis, le site recense quelque cinq millions de logements en tous genre (chambres, appartements, villas de luxe, etc.) situés dans 191 pays, 81.000 villes.

L'économie collaborative fourre-tout

Comme plusieurs autres plateformes qui proposent des services du genre, Airbnb profite de l'absence de cadre légal pour s'implanter sans trop de craintes économiques et… sans payer d'impôts. Souvent, le concept "d'économie collaborative" est jeté sur le tapis pour définir ce genre de business lucratif. Pour le journaliste du magazine Trends, Christophe Charlot, les termes sont à nuancer. "Le principe d'économie collaborative est un peu un terme fourre-tout qui englobe plein d'initiatives différentes. Pour certains il s'agit de troc alors que pour d'autres il faudrait davantage parler 'd'économie de plateforme' étant donné que ces sites deviennent des créateurs de jobs."

Invité de Week-end Première, l'auteur de "UberizeMe", connait bien le secteur. Pour le bien de son ouvrage, Christophe Charlot s'est plongé pendant un mois au cœur de ce type d'économie avec comme exemple le site Airbnb. Selon lui, les bénéfices engendrés par Airbnb sont à remettre en perspective. En effet, la plateforme cumule à 2,5 milliards de chiffre d'affaires et 93 millions de bénéfices. Un résultat pas "si hallucinant" si ce n'est que rien n'est reversé aux impôts ou aux villes qui n'ont pas eu le choix de faire de la place à Airbnb et qui ne récupère pratiquement rien. En France par exemple, la plateforme a reversé 100.000 euros à l'État.

De géant de l'hébergement à géant du tourisme

Pourtant, la concurrence engendrée par Airbnb pour le reste de l'hôtellerie est assez connue et a, à maintes reprises, fait débat au sein ce secteur qui n'a d'autre choix que de s'adapter. Aussi, Airbnb voit toujours plus grand et entend bien se diversifier et ne restera plus longtemps cantonné au statut de "géant du logement" puisqu'il entend bien devenir un "géant du tourisme" à la place. Dans 10 ans, le site vise le milliard d'utilisateurs et une introduction en bourse. Rien que ça.

Toute histoire a plusieurs versions et les propriétaires qui mettent leur appartement en location ne voient pas les choses comme le secteur hôtellier. Pour eux, Airbnb est une rente d'argent non négligeable étant donné que 97% de la somme leur est reversée.

Ce qui est certain, c'est qu'Airbnb manque de cadre et même son patron le concède. Pour lui, il ne serait pas plus mal de réguler son business et d'imposer certaines conditions à la plateforme qui en manque parce qu'on ne "se pose même plus la question de ce qu'on fait ni de l'existence du site". Entre précarisation supposée des "travailleurs", économie collaborative et job pour arrondir les fins de mois, Airbnb reste un hybride et un point d'interrogation.

Pour réentendre l'entièreté de l'interview de Christophe Charlot:

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