Aides-soignants : une réforme bâclée ?

Aides-soignants : une réforme bâclée ?
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A partir du 1er septembre, les aides-soignants voient leur champ d’action élargi. Un arrêté royal est entré en vigueur, qui les autorise à poser cinq actes supplémentaires sur les patients : administrer des gouttes ophtalmiques, mesurer des paramètres comme la tension ou le taux de glycémie, enlever les fécalomes ou encore appliquer des bandages /bas, destinés à prévenir ou traiter des affections veineuses.

La réforme a été initiée par la ministre de la santé Maggie de Block dans le but de soulager les infirmières. Il y a un an déjà, au moment de sa conception, les professionnels de la santé, associations des soins infirmiers en tête, avaient leurs réserves. L’arrêté prévoit 150 heures de formation complémentaire. Nettement insuffisant, de l’avis des professionnels.

Maggie de Block a été trop vite

" Nous estimons que certaines mesures de la réforme découlent de bonnes idées, nous dit Delphine Haulotte, présidente de l’Association belge des praticiens de l’art infirmier (ACN), qui représente également les aides-soignants. Mais pour les actes techniques, la formation proposée aux aides-soignants est insuffisante. Ils ou elles pourront faire des glycémies par exemple, mais une fois le taux de glycémie affiché, ils ne seront pas en mesure de faire l’injection d’insuline si nécessaire. C’est l’infirmière qui devra la faire ".

Alors, une réforme pour quel bénéfice ? A ce stade, ce n’est pas mûr et cela ne soulage pas vraiment le personnel infirmier. Deniz Avcioglu, coordinatrice de l’Union Générale des Infirmiers de Belgique (UGIB) : " Nous n’avons pas été entendus par la ministre de la santé. Nous lui avions bien dit que 150 heures, ce n’était pas suffisant. Nous sommes pour l’élargissement des actes infirmiers aux aides-soignants, mais cela doit être fait de la bonne manière. Le Conseil fédéral de l’Art infirmier (CFAI) avait demandé une formation de 1280 heures au total. Cela n’a pas été pris en compte ".

Les représentants du secteur avaient plaidé pour une formation de trois ans, qui aboutirait à la création d’une nouvelle profession, les assistants de soins, qui rendraient les aides-soignants up-gradés et autonomes.

Ce n’est pas le cas, puisque si l’on suit les prescriptions de la nouvelle réforme les actes techniques doivent se faire sous la supervision d’un ou d’un(e) infirmier (ère). Delphine Haulotte : " La plupart des aides-soignants sont formés en un an, au cours d’une 7e professionnelle. C’est trop court et cela ne leur permet pas de faire toutes les heures de stage nécessaires. La ministre a été trop vite. Il y aura des problèmes avec les patients ".

Faire plus pour le même prix.

Les aides-soignants n’étaient pas demandeurs de cette réforme, qui augmente leur charge de travail sans revalorisation de salaire. Est-ce une manière de faire faire des actes infirmiers à bon marché. Certains professionnels de la santé ne sont pas loin de le penser. " Il faut soulager les infirmières, mais pas comme ça, dit Deniz Avcioglu, de l’UGIB. C’est vrai que notre profession évolue. Avec des durées d’hospitalisation plus courtes, la charge de travail augmente. Nous avons plus de patients avec des pathologies aiguës. Mais si nous devons superviser les aides-soignants, nous ne libérons pas de temps ".

Plus que les hôpitaux, ce sont les maisons de repos et de soins qui voulaient cette réforme. Cela pourra avoir des conséquences dramatiques. Delphine Haulotte, ACN : " la nuit, en MRS, les aides-soignants sont seuls. Que va-t-il se passer en cas de problème ? Il n’y aura ni infirmière, ni médecin vers qui se tourner ".

Et dans les hôpitaux, comment cela se passe-t-il. Tous n’appliquent pas encore la réforme. Sur le terrain, tous les aides-soignants n’ont pas encore eu la formation. Il faut travailler au cas par cas.

Amélie Gillard, aide-soignante au service des urgences de l’hôpital Epicura à Mons : " Cela peut être dangereux, parce qu’on n’a pas été formé pour certains actes qu’on est censé faire. Je suis sortie en 2011, et il n’y a pas encore de formation mise en place pour nous. Je ne me sens pas à l’aise".

En Fédération Wallonie-Bruxelles, les 150 heures complémentaires sont imposées. Elles auront lieu dans les hautes écoles et dans les centres de promotion sociale.

Quant à l’Union Générale des Infirmiers de Belgique, elle a déposé un recours en annulation de l’arrêté royal auprès du Conseil d’Etat. L’affaire n’a pas encore été tranchée.

Journal télévisé 13H

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