Aider les seniors fragilisés à rester à domicile coûte moins cher à l'INAMI

Pierre, 81 ans
Pierre, 81 ans - © RTBF

Tout est parti d’une question: comment améliorer la vie des personnes âgées fragilisées ? L’une des réponses est de les laisser vieillir le plus longtemps possible à leur domicile, tout en garantissant leur autonomie. L’INAMI a financé une recherche inter-universitaire (coordonnée par l’UCL en collaboration avec la KU Leuven et l’Université d’Anvers) pour tenter de comprendre comment permettre aux personnes âgées de rester chez elles dans de bonnes conditions.

Pendant 7 ans, les chercheurs des trois universités ont évalué 62 études pilotes menées auprès de 13 844 personnes fragiles. Ils ont mesuré leur qualité de vie, celle des aidants proches, ainsi que les coûts et la manière dont ces personnes ont utilisé les services de soins de santé.

Une fonction clé : le "case manager"

Les chercheurs concluent que l’ergothérapie, un service existant, est très efficace pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées. Dans les pistes plus innovantes, ils pointent la fonction de " case manager " (aussi appelé " gestionnaire de cas "). " Il intervient dans les situations de crise, explique Jean Macq, chercheur à l’Institut de recherche santé et société à l’UCL. Prenez par exemple une personne âgée qui est passée par les urgences. Elle est hospitalisée. Suite à l’hospitalisation, elle souffre de problèmes cognitifs. Elle est renvoyée chez elle et une fois à la maison, rien n’est organisé pour elle ". Le rôle du gestionnaire de cas consistera à reconstruire un réseau de prestataires autour de la personne âgée. Il devra aussi mettre au point un plan de soins et définir les services dont la personne âgée aura besoin. Le gestionnaire de cas dispose d’un outil efficace-le BelRAI- qui permet de partager des informations sur le patient entre les différents soignants.

Selon les chercheurs, les projets d’accompagnement de la personne âgée qui fonctionnent bien disposent de cette fonction de case management. Les résultats positifs sont mesurables. "Il y a un effet tout à fait positif sur la santé mentale de la personne âgée. On a utilisé des échelles de qualité de vie.  Le sentiment de fardeau des aidants proches est également moins fort. "

Une utilisation plus appropriée des services de soin

L’intervention du case manager entraîne une diminution de l’appel aux urgences et aux services du médecin généraliste pendant la nuit. Il y a également une meilleure utilisation des soins infirmiers à domicile. Et, cerise sur le gâteau, les chercheurs ont pu montrer que ce système d’accompagnement des personnes âgées à domicile permet de faire des économies. " En fait cet investissement dans la gestion de cas a un retour qui permet de réduire le coût global pour l’INAMI. Jusqu’à 400 euros d’économie sur un mois par personne ".

La personne âgée au centre 

Pierre a 81 ans. Nœud papillon, chemise, sourire charmant, il nous ouvre la porte de son appartement. S’il a bon espoir d’y rester encore quelques temps, c’est grâce à l’accompagnement que lui offre depuis 4 ans l’équipe du projet Dionysos. Pierre souffre de quelques problèmes d’équilibre mais c’est une très grande tristesse qui l’a amené, il y a quelques années, à accepter un accompagnement extérieur. Le projet Dionysos qui soutient le réseau de soins aux personnes âgées lui a permis de retrouver de l'entrain. " Je suis séparé de ma femme depuis 11 ans. Je vis seul ici. Je ne vivais pas facilement mon isolement et ma solitude. Sur le plan moral, les aides ménagères et familiales me rendent plus positif et dynamique. Si je n’avais pas cette aide, cela m’amènerait à quitter plus rapidement l’appartement que j’occupe ici car cela deviendrait trop lourd ".

Des réunions régulières rassemblent autour de Pierre l’aide ménagère, l’aide familiale, le médecin généraliste s’il peut être présent, les membres de la famille qui peuvent se libérer, ainsi que le gestionnaire de cas. Ce rôle est occupé auprès de Pierre par Odile Maskens, du projet Dionysos. " Le temps de cette réunion, on prend le temps de donner la parole à la personne concernée, d’exprimer ses difficultés, ce qui va mieux aussi, on prend le temps d’ajuster le tir en termes de traitement, d’accompagnement ".

Dionysos est l’un des 62 projets qui ont été analysés par les chercheurs. Il est l’un des projets qui a obtenu de très bons résultats en termes de bien-être de la personne âgée.

Le but du gestionnaire de cas n’est pas de garder la personne âgée à domicile à tout prix. Parfois, il convient de préparer la personne à entrer en maison de repos. Ce changement se fait alors beaucoup moins brutalement que lorsqu’il est imposé sans crier gare.

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