Aide à la jeunesse et accueil de l'enfance : "Cette prime, on la mérite comme les autres. Nous la refuser, c’est dégueulasse !"

"Nous sommes sur le pont depuis le début de la crise. Etant considérés comme un service essentiel, nous avons travaillé sans relâche et aujourd’hui on nous refuse la prime d’encouragement qui est accordée à d’autres, c’est dégueulasse !" Sa colère, Sylvie est venue l’exprimer avec une centaine de collègues de l’Aide à la jeunesse et de l’Accueil de l’enfance ce jeudi midi devant le siège du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le gouvernement réplique qu’il n’a pas les moyens d’accorder cette prime, mais l’argument est d’autant plus difficile à accepter par les travailleurs que d’autres niveaux de pouvoir ont trouvé l’argent. Le Fédéral, Bruxelles et la Wallonie ont ainsi décidé d’octroyer une prime unique d’encouragement de 985€ au personnel du secteur non-marchand.

L’Aide à la jeunesse et l’Accueil de l’enfance privés de prime : les caisses de la Fédération sont vides.

"Je suis assistante sociale dans un service d’accompagnement de Namur". Sylvie est venue manifester avec plusieurs collègues, pas trop nombreux pour ne pas prendre de risque sanitaire et aussi parce qu’il fallait que certains restent dans l’établissement pour encadrer les jeunes. "Franchement, on travaille d’arrache-pied depuis le mois de mars. Pas question de télétravail puisqu’on s’occupe d’enfants, c’est compliqué pour eux mais aussi pour nous. On ne peut rien lâcher. Et voilà qu’on nous refuse la prime d’encouragement accordée à d’autres par les Régions et le Fédéral. On ne travaille pas assez bien, c’est ça ? Honnêtement, c’est normal que le personnel hospitalier la reçoive mais on la mérite aussi ! C’est dégueulasse, il n’y a pas d’autres mots."

On dirait qu’on se moque de nous

Une déception et une colère partagées par sa collègue Delphine : "Je suis intervenante sociale, je vais dans les familles précarisées, je fais un travail de l’ombre mais c’est une ombre essentielle. Le refus de cette prime, c’est un manque de reconnaissance qui fait mal, mais cela ne date pas d’hier, nos barèmes n’ont plus été revus depuis 2000. On dirait qu’on se moque de nous, peut-être parce qu’ils savent qu’on a du mal à faire grève à cause des familles qu’on ne veut pas laisser tomber."

Scène inhabituelle : les employeurs manifestent aux côtés du personnel

Parmi la centaine de manifestants présents place Surlet de Chokier, un représentant des employeurs, Denis Xhrouet, président de l’Interfédération de l’Aide à la jeunesse. "Je suis là pour soutenir des travailleurs courageux. Les services d’hébergement étant soumis à l’obligation de continuité, ils ont dû s’adapter et j’estime qu’ils méritent leur prime d’encouragement au même titre que leurs collègues qui dépendent des Régions ou du Fédéral. La Fédération Wallonie-Bruxelles affirme qu’elle n’a pas de budget, d’accord mais quand on veut trouver des solutions, on arrive toujours à en trouver. La prime pourrait prendre une autre forme qu’un chèque. Ce serait une forme de reconnaissance dont ces gens ont grandement besoin."

Ils ont de l’argent pour ce qu’ils veulent bien.

Des propos appuyés par Sarah qui travaille dans une crèche dépendant d’une grande ville wallonne. "Notre secteur a été au front depuis le début, nous avons accepté de travailler dans des conditions difficiles, en remplissant sans cesse des missions supplémentaires, notamment en termes de désinfection et aussi d’information des parents, je ne vois pas pourquoi nous ne méritons pas cette prime. On est venus en espérant faire changer les ministres d’avis. S’il faut, on reviendra et on ira plus loin. Ils ont de l’argent pour ce qu’ils veulent bien."

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