Ahmed, 8 ans, entendu par la police pour "apologie du terrorisme"

Son crime : l'enfant a refusé d'observer une minute de silence et de participer à une ronde de solidarité dans son école, organisée au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo qui a fait 12 morts le 7 janvier, a indiqué un responsable de la police, Marcel Authier.

Dénoncé par son école

Selon son professeur, il a aussi tenu des propos de "solidarité" avec les deux frères djihadistes qui ont attaqué le journal satirique français. "Dans le contexte actuel, le directeur de l'école a décidé de signaler ce qui s'est passé à la police", a précisé le commissaire Authier, en notant qu'il ne s'agit aucunement d'une plainte.

"On a convoqué l'enfant et son père pour essayer de comprendre comment un garçon de huit ans peut être amené à tenir des propos aussi radicaux", a expliqué le commissaire. L'enfant a été entendu pendant 30 minutes, avant l'audition de son père, civilement responsable.

L'enfant ne connait pas la portée de ses mots

Lorsqu'il a été interrogé par un officier de la police judiciaire, l'enfant n'a pas pu définir ce qu'il entendait exactement par le mot "terrorisme". "Visiblement, l'enfant ne comprend pas ce qu'il a dit. On ne sait pas où il est allé chercher ses propos", déclare le commissaire à l'issue de l'audition. Un détail important que Sefen Guez Guez, l'avocat du "mini-terroriste" s'évertue de mettre en lumière depuis le début de cette affaire. Il donne plus de détails sur son compte Twitter @IbnSalah.

À huit ans, quelles sont les limites ?

En France, une "apologie d'acte de terrorisme" est punie par la loi et la peine encourue peut aller jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende. Dans le cas d'Ahmed, un mineur de moins de 10 ans, il n'est évidemment pas question de sanctions aussi lourdes. Il ne peut pas subir de peine ni être placé en garde à vue. Toutefois, il peut être entendu par la police, accompagné de ses parents, et être jugé si besoin devant un tribunal adéquat, uniquement s'il est "capable de discernement".

En Belgique, l'irresponsabilité pénale des mineurs, un des principes fondamentaux du système pénal belge, est aussi de mise. Cette philosophie repose sur "la présomption qu'ils n’ont pas le discernement suffisant pour se rendre compte que leurs comportements sont mauvais", peut-on lire ici, sur le site de la Coordination des ONG pour les droits de l'enfant. Dès lors, ils ne peuvent, sauf exceptions, faire l’objet de peines ou de sanctions à caractère pénal ordinaire, mais uniquement de mesures spéciales ayant un but éducatif.

Après les attentats, "l'hystérie collective"

Les procédures judiciaires pleuvent chez nos voisins français. Quelque 200 incidents liés à la minute de silence du 8 janvier pour les victimes des attentats de Paris ont été rapportés dans les établissements scolaires en France, dont une quarantaine signalés à la police et la justice.

Quant à la Belgique, elle est également baignée dans un climat anxiogène lié à ces attentats, et plus largement, au terrorisme. En vertu d'une prévention, des mesures sévères sont prises pour des actes parfois innocents, comme cette histoire d'un Syrien arrêté pendant 24 heures après avoir pris une photo d'une église à Laarne (en Flandre orientale). Ou encore l'annulation de l'exposition Charlie Hebdo au Musée Hergé pour des mesures de sécurité.

De concert avec l'avocat de la famille, le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France) a dénoncé la façon dont l'affaire de l'écolier a été menée. "Le père et son fils sont profondément choqués d'un tel traitement qui illustre l'hystérie collective dans laquelle la France est plongée depuis début janvier", a commenté ce collectif dans un communiqué.

Le cas d'Ahmed suscite aussi de nombreuses réactions d'incompréhensions sur Twitter. Le sentiment général est celui de l'injustice sur le hashtag #Ahmed8ans.

Y. Salami

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