Africa Museum: le musée de l'Afrique décolonisée rouvre le 9 décembre

Fermé en 2013 pour la première grande rénovation de son histoire, le Musée Royal de l’Afrique Centrale rouvre ses portes. Il s’appelle désormais Africa Museum. Un nouveau nom pour un nouveau musée, un nouveau concept "décolonisé". C’était plus que nécessaire. L’exposition permanente datait des années ’50.

"Ce nouveau musée, c’est un nouveau cadre physique mais aussi mental", explique Guido Gryseels, son directeur. Aujourd’hui nous avons un regard critique sur le passé colonial. C’était un système basé sur l’oppression militaire, un gouvernement raciste, une entreprise capitaliste fondée sur l’exploitation des ressources naturelles et humaines".

Une vision critique sur la colonisation

Guido Gryseels n’y va pas par quatre chemins : "Le musée prend ses responsabilités pour avoir diffusé un message colonial pendant de nombreuses années, l’idée que la culture occidentale était supérieure aux cultures de l’Afrique".

C’est que le musée a été conçu comme outil de propagande. En 1897, à l’occasion de l’Exposition Universelle, Léopold II fait construire dans le domaine royal de Tervuren le Palais des Colonies, tristement célèbre pour son zoo humain. Une des "curiosités" offertes aux visiteurs. Deux cents Congolais y étaient logés dans des villages africains reconstitués. Sept d’entre eux y sont morts de maladie ou de froid.

Le succès de l’exposition fut tel que Léopold II décide de rendre le Palais des Colonies permanent. Il fait construire le bâtiment actuel, qui sera inauguré en 1910. En 1960, quand le Congo devient indépendant, le "Musée du Congo belge" devient le Musée Royal de l’Afrique Centrale. Jusqu’en 1960, les collections sont nourries par les objets ramenés de la colonie. Des milliers de pièces envoyées par les missionnaires, les administrateurs territoriaux et les scientifiques. Des statues rituelles, des spécimens animaux, des minéraux, des cartes, des objets ethnographiques, et des archives inestimables.

Aujourd’hui la collection de l’Africa Museum est l’une des plus importantes au monde. 120.000 pièces ethnographiques, 3 kilomètres d’archives historiques, 10 millions de spécimens zoologiques, sans compter les photos, les films, les cartes, les minéraux…. 1% seulement de cette immense collection est montrée.

Une remise en contexte

La nouvelle exposition permanente recadre ces objets. Avec par exemple, la Galerie des Rituels et Cérémonies. De la naissance à la mort, les traditions ancestrales sont expliquées et remises en contexte par des témoignages d’aujourd’hui, diffusés sur écran.

"On est passé d’une exposition d’objets morts présentés comme venant d’une Afrique sans histoire à des objets vivants, reliés à notre époque contemporaine, avec des personnes d’origine africaine", dit Bambi Ceuppens, Conservatrice en chef du département des Sciences humaines. "Ce n’est plus un regard sur l’ancienne Afrique belge du Congo, du Rwanda et du Burundi, mais un regard plus critique sur une longue histoire qui précède de très loin la période coloniale".

Autre exemple, le nouveau Dépôt de Sculptures. De 1908 à 1960, le ministère des Colonies, qui finançait le musée, commandait des statues qui représentaient le Congolais tel que perçu à l’époque. Des hommes et des femmes perçus comme issus de "sociétés primitives". Dans l’ancien musée, ces statues faisaient partie de l’exposition permanente. Aujourd’hui, elles sont rassemblées, au sous-sol, dans une salle dédiée. La salle des crocodiles en revanche a été laissée telle quelle. C’est un musée dans le musée. On peut y voir comment dans les années ’20 la nature congolaise était exposée.

La voix de l'Afrique

Le processus de décolonisation est en cours, et le musée évoluera encore. Pour Billy Kalonji, du COMRAF, Comité de concertation entre la diaspora africaine de Belgique et le musée, on est loin du compte. "Dans la communauté africaine, certains voulaient la destruction pure et simple de ce musée, qui ne pourra jamais être totalement décolonisé. Moi je pense que nous devons faire entrer dans ce musée nos connaissances, celles qui viennent d’Afrique pour faire enfin de ce lieu une institution mixte."

Guido Gryseels, directeur du musée : "C’est vrai que ce n’est pas facile de faire évoluer les choses dans ce bâtiment où il y a 45 fois le monogramme de Léopold II, où figurent encore des pièces à la mémoire de 'l’œuvre civilisatrice' de la Belgique. Mais nous avançons, pas à pas, avec des chercheurs africains et avec les représentants de la diaspora congolaise".

Reste la question de la restitution des œuvres à la République démocratique du Congo. Le débat est ouvert. Guido Gryseels : "Il n’est pas normal que 80% des œuvres africaines se trouvent hors du continent. Nous sommes prêts à partager nos archives, à faire un inventaire précis sur les modes d’acquisition de ces biens, de voir s’ils sont arrivés légalement ou pas. Il y aura bientôt un nouveau musée à Kinshasa".

L’Africa Museum sera ouvert au public dès le dimanche 9 décembre. Le Roi devait l’inaugurer la veille. Mais la cérémonie a été annulée. Officiellement parce que tous les travaux ne sont pas encore terminés. Peut-être que le débat sur la décolonisation et sur le rôle de Léopold II au Congo occupe un peu trop le devant de la scène en ce moment. Le Palais a fait savoir que Philippe visiterait l’Africa Museum plus tard.

 

 

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