Affaire Trullemans: pour Edouard Delruelle, "on a le droit à l'émotion"

Edouard Delruelle: "On a le droit à l'émotion"
Edouard Delruelle: "On a le droit à l'émotion" - © Nicolas Lambert/Belga

Le malaise autour des propos racistes tenus récemment sur Facebook par Luc Trullemans, le monsieur météo de la chaîne privée RTL-TVi, persiste. Les réactions sont encore nombreuses ce lundi. De son côté, Edouard Delruelle, directeur de l'aile francophone du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme tempère.

Pour lui, il faut "distinguer les cas isolés de gens qui déversent leurs émotions de peur, de colère, de haine sur internet". "Là, je pense qu'il faut à la fois l'accepter et puis faire tout pour le réguler; et puis d'autre part, lorsqu'on a affaire à des groupes et à des nébuleuses qui profitent des réseaux sociaux pour déverser leurs discours de haine, à ce moment-là, d'avoir une réponse qui soit beaucoup plus forte et beaucoup plus ciblée".

Il ajoute qu'il faudrait un débat de fond sur la liberté d'expression, "un véritable débat de société", selon lui. "En particulier sur les médias sociaux, qui est quelque chose de tout à fait neuf, que nous n'avons pas encore digérés, que nous n'avons pas encore régulés, que nous n'avons pas encore canalisés et où il faut, sur ces médias sociaux, à la fois la plus grande liberté d'expression possible, y compris des propos qui peuvent être subversifs qui peuvent déranger, qui peuvent blesser, choquer ou inquiéter comme le dit la Cour européenne des droits de l'homme, et en même temps, des règles de civilités et de respect de l'autre. Je pense que là, nous n'avons pas encore bien maîtrisé l'outil".

En d'autres termes, il faut pouvoir, selon lui, "continuer à parler le plus librement possible et puis en même temps, que les mots ne servent pas d'armes de haine comme c'est le cas, hélas".

Dire tout haut ce que la majorité pense ?

A ceux qui pourraient excuser les propos racistes de certains en disant qu'ils disent tout haut ce que la plupart pense, Edouard Delruelle explique:"Heureusement que dans la vie nous ne disons pas toujours, tout le temps, tout haut, ce que nous pensons tout bas, sinon la vie serait relativement invivable".

Pour ce professeur de philosophie morale et politique, pas spécialement adepte du politiquement correcte, "La question est la publicité des propos et leurs significations". "On a le droit à l'émotion, à tenir des propos blessants et choquants", dit-il, mais "il faut des règles de civilités" et que "les lois soient respectées".

Un manque d'éducation

Edouard Delruelle constate également que dans ces propos racistes, il y a souvent "beaucoup d'ignorance". "L'absence d'éducation favorise stéréotypes et clichés qui ne sont pas bons pour construire une citoyenneté commune".

Dire, par exemple, que les musulmans ont fui la dictature de leur pays est faux, explique-t-il, "la plupart sont arrivés à l'invitation de la Belgique en 1964".

Pour lui, il y a un travail énorme à effectuer avec les enfants sur l'usage des médias sociaux mais aussi sur la réalité de la migration et de l'intégration.

"Le climat social du vivre ensemble se dégrade"

En attendant, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme reçoit "beaucoup plus de signalements de propos islamophobes ou antisémites ou homophobes, et notamment concernant internet et les médias sociaux".

Quant à savoir si c'est à cause des réseaux sociaux et la multiplication des médias ou simplement à cause du climat ambiant, il répond: "Les deux à la fois".

"Le climat social du vivre ensemble se dégrade actuellement, sans doute du fait de la crise ou parce que des solutions de fond n'ont pas été trouvées à certains problèmes d'intégration et autres", explique Edouard Delruelle, "il y a aussi davantage d'associations, d'acteurs et de médias sociaux qui décuplent tous ces phénomènes".

Mais il tient à le préciser: "la liberté d'expression est extrêmement large dans notre pays. La Cour européenne des droits de l'homme a bien répété que l'on peut en démocratie tenir des propos qui blessent, qui choquent et qui inquiètent. Toutes les opinions peuvent être émises". Après, conclut-il, "il faut faire la grande distinction entre des propos excessifs, parfois consternants, d'individus isolés comme le cas que nous parlons actuellement, et les groupes davantage organisés qui sont dans la haine et la stratégie politique".

C. Biourge

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK