Affaire Michelle Martin: à quoi sert une médiation?

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Illustration - © NICOLAS MAETERLINCK - Belga

Jean-Denis Lejeune a accepté de rencontrer l'ex-femme de Marc Dutroux. Une démarche qu'il explique vouloir faire dans le but d'essayer de connaître la vérité. L'occasion de se pencher sur ce type de médiation avec l'asbl Mediante, le seul service officiel en Belgique qui organise ce genre de rencontre. Pour Catherine Jacqmain, une de ses médiatrices invitée de notre chat de midi, "tant l'auteur que la victime peuvent retirer beaucoup" de la médiation.

"La médiation en matières pénales est un processus qui permet aux parties impliquées dans une procédure pénale de recourir à un tiers neutre en vue de gérer de manière concertée les difficultés relationnelles et matérielles résultant de l’infraction. Il s’agit d’un espace de communication offert à tous les stades de la procédure", peut-on lire sur le site internet de Mediante.

Comment se passe une médiation ?

"La loi consacre le droit, tant pour l'auteur que pour la victime d'une infraction (quelle qu'en soit la gravité), de faire appel à un service de médiation. Après avoir reçu cette première demande, le rôle du service est de prendre contact avec l'autre partie pour l'informer de cette possibilité, recueillir son avis/ses attentes/ses besoins, et de voir en quoi la médiation pourrait éventuellement y répondre. Si les deux parties y voient un intérêt, on détermine avec elles le contenu, ce qu'elles veulent en faire. C'est alors que la médiation commence. Elle peut avoir lieu de manière directe (les parties se rencontrent physiquement, toujours en présence du médiateur), ou indirectement (le médiateur transmet les messages de l'un à l'autre). On organise des rencontres dans 20% de nos médiations, et c'est toujours avec l'accord des deux parties (ce n'est jamais une obligation)", explique Catherine Jacqmain.

"L'offre de médiation faite par une partie est évaluée par l'autre partie, le service de médiation ne filtre pas. On a pris le parti de ne pas décider à la place d'autrui, on estime que chacun est à même d'évaluer s'il pourrait en retirer quelque chose", ajoute-t-elle.

L'intérêt d'une médiation

A la question de savoir si une médiation peut être constructive, elle répond : "Tant l'auteur que la victime peuvent en retirer beaucoup. Pour la victime, elle peut demander des réponses à des questions qu'elle se pose depuis des années, exprimer sa colère ou sa souffrance, évoquer la mémoire du défunt... Pour l'auteur, qui se sent parfois très impuissant vu le caractère irréparable des faits, c'est une façon de se rendre utile, de faire son possible...".

Quant à savoir si cela a un impact éventuel sur la récidive : "Je ne connais pas d'études concernant l'impact éventuel de la médiation sur la récidive. Ce n'est pas l'objectif, même si bien sûr on espère que l'auteur en retirera quelque chose pour l'avenir, aura pris conscience de l'impact de ses actes sur d'autres personnes. Certains auteurs disent se sentir changés après avoir rencontré la victime. Ce n'est pas une démarche facile pour les auteurs non plus, en général ils ne se sentent 'pas fiers' en entrant dans la pièce où ils vont rencontrer la victime".

Près de 900 médiations par an

L'association organise près de 900 médiation par an, précise-t-elle. "Depuis 1998 nous n'avons eu aucun incident. Les personnes qui participent à une médiation, même si elles sont très en colère contre la personne qui leur a fait du mal, entrent dans une logique positive de dialogue et cherchent 'une autre voie'". L'idée étant "d'apporter un apaisement, un soulagement aux parties".

Un travail préparatoire

"La médiation se passe toujours en présence du médiateur, qui a balisé tous les détails pratiques de la rencontre avec les parties : qui entre en premier, qui commence à parler,...".

"Pour préparer une rencontre, on établit avec les deux parties les sujets qu'elles souhaitent aborder et ceux qu'elles ne veulent pas du tout aborder. Donc oui, les questions sont préparées avec le médiateur (mais pas les réponses sinon cela n'aurait plus d'intérêt bien sûr)".

Quant à savoir ce qu'une victime pourra réellement retirer de cette rencontre : "Bien sûr que c'est difficile de faire confiance à quelqu'un qui vous a fait du tort... le travail préparatoire est de déterminer dans quelle mesure la personne pourra trouver les réponses à ses questions : l'auteur est-il en mesure de le faire ? On n'organise pas de rencontre sans vérifier qu'elle va bien apporter des réponses. Et la victime des faits est la mieux placée pour évaluer la sincérité de l'auteur".

Une seule rencontre

"En général on prévoit une rencontre. Il peut arriver que cette rencontre ne soit pas suffisante pour épuiser tous les sujets prévus, alors on peut en planifier une autre, mais c'est exceptionnel. Le but n'est pas de créer un lien, une relation entre les personnes", explique Catherine Jacqmain lorsqu'on lui demande si la médiation se résume en une rencontre unique.

 

C. Biourge

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