Affaire Mawda: un an près, de nombreuses zones d’ombre subsistent

C’était il y a un an jour pour jour. La petite Mawda décédait des suites d’un tir policier lors d’une course-poursuite. Aujourd’hui, l’enquête est toujours en cours. Elles portent notamment sur des problèmes de communications entre les différentes forces de police en présence. Mais d’autres zones d’ombre persistent.

C’était il y a un an déjà. Le 17 mai 2018 à 2 heures du matin sur l’E42 en direction de la France. Une camionnette chargée de migrants est poursuivie par 4 voitures de la police des autoroutes de Namur. Quant à un moment, une cinquième voiture venue de Mons, celle-là, rejoint la course-poursuite. Deux minutes après, à 2h02, un coup de feu est tiré par un des policiers en direction des pneus mais touche la petite Mawda. Le tir sera fatal.

Le policier savait-il qu’il y avait des migrants à bord ?

C’est l’une des questions essentielles de ce dossier. Il y a un an déjà, nous vous révélions l’existence d’un problème technique dans les communications radio entre les policiers namurois qui ont donc démarré la poursuite et leurs collègues du Hainaut qui l’on prise en cours. Un problème technique confirmé dans un rapport du Comité P. C’est ce problème technique qui expliquerait que le policier hennuyer qui a tiré n’était pas au courant – par exemple - qu’un enfant était à bord. C’est en tout cas la thèse défendue par l’avocat du policier en question, Laurent Kennes : « Il n’avait pas d’informations précises étant donné qu’il n’y avait pas de communication avec les personnes qui avaient entamé la poursuite au départ. Lui a toujours dit qu’il n’avait pas la certitude qu’il s’agissait de migrants. Il n’imagine pas à ce moment qu’il y a un enfant dans la camionnette ».

Cependant, pour remédier aux problèmes de communication radio, un policier du dispatching du Hainaut a pris la charge de transmettre toutes les informations diffusées par les namurois à la voiture montois. A-t-il communiqué aux policiers montois la présence de migrants à bord ? Difficile de le vérifier aujourd’hui puisqu’il n’existe aucun enregistrement des conversations entre le dispatching du Hainaut et la voiture des policiers montois. Et ce en raison d’un problème technique qui durait depuis une dizaine de jours déjà.

Une version aujourd’hui contredite par une enquête, réalisée par le journaliste Michel Bouffioux compilée dans un livre et publiée dans Paris Match et par l’avocate de la famille de Mawda, Selma Benkhelifa. Il fait référence aux déclarations du chauffeur montois, à savoir le coéquipier du policier qui a tiré : « Le chauffeur de la voiture de police, lui, savait qu’il y avait des migrants à bord. Or s’il l’a su, c’est certainement parce qu’on leur a dit à la radio. Donc si ça a été dit à la radio, on ne peut pas imaginer que le policier qui était dans la même voiture n’ait pas entendu la même information ».

De plus, dans sa contre-enquête, Paris-Match révèle qu’un officier de garde de la police des autoroutes de Mons (WPR Mons) interrogé par le Comité P, la police des polices, le 25 septembre 2018 affirme que le coéquipier du policier tireur avait intimé l’ordre à son collègue de « ne pas tirer ».

 

Archive du JT du 02/08/18

Y a-t-il eu tentative pour dissimuler la vérité ?

Là aussi, les enquêteurs devront tenter de répondre à cette question. Certains éléments sont troublants comme le fait que le parquet n’ait été prévenu que 40 minutes après que la camionnette ait été immobilisée. Ou encore qu’aucun juge d’instruction ne soit pas descendu sur les lieux.

Autre fait interpellant révélé par l’enquête de Paris Match. Un coup de fil aurait été passé entre le policier responsable du dispatching Hainaut et le policier responsable du coup de feu. Le policier se serait alors épanché sur les circonstances du tir et son collègue lui aurait répondu : « On est enregistrés… Moins on en sait, mieux c’est ».

A cela vient s’ajouter le procès-verbal rédigé à la fin de la nuit. Il conclut à ce qu’on a appelé la théorie de l’enfant bélier. Théorie selon laquelle ce seraient les migrants eux-mêmes qui auraient tué la fillette en utilisant sa tête comme bélier pour casser une vitre. Une version d’ailleurs répercutée toute la journée du lendemain par le parquet de Mons mais qui, on le sait aujourd’hui, ne correspond pas à la réalité des faits.

De son côté, le parquet, s’il reconnaît des erreurs, ne croit pas à une manipulation du dossier tout comme l'avocat du policier. Le parquet qui rappelle qu’il compte bien faire toute la lumière sur cette affaire.

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