Affaire Mawda: pourquoi les policiers n'ont pas pu communiquer entre eux

Les policiers namurois qui poursuivaient la camionnette sur la E42 le 17 mai dernier savaient que des enfants étaient à bord du véhicule. Mais leurs collègues de la police fédérale de la route du Hainaut l’ignoraient.

Selon nos informations, les radios des policiers fédéraux du Hainaut avaient subi une mise à jour. C’est que ce que nous affirme une source policière anonyme : "Toutes les fréquences habituelles avec lesquelles nous travaillons ont été modifiées. Mais les collègues de Namur eux étaient encore dans l’ancien système. Cette nuit-là, lors de la course poursuite, aucune communication n’a été possible avec Namur."

Des policiers de la route du Hainaut pas informés

La nuit du 17 mai dernier, les policiers du Hainaut n’ont donc pas pu entendre par radio les mises en garde de leurs collègues namurois, qui prévenaient de la présence d’enfants dans la camionnette. "Cela signifie que les agents de la police fédérale du Hainaut ont dû prendre des initiatives pour arrêter la camionnette, sans avoir toutes les informations à disposition" poursuit notre source policière.

Les conséquences sont graves, on les connait : un policier du Hainaut a tiré en direction de la camionnette, tuant la petite Mawda, assise à l’avant avec ses parents.

Il ne savait pas qu'il y avait des enfants à bord

Les policiers du Hainaut ne semblaient pas non plus au courant de la préparation d’un barrage à Saint-Ghislain pour arrêter le véhicule. Ce que nous confirme Laurent Kennes, l’avocat du policier qui a tiré.

"Mon client n’a eu aucun contact direct avec la police de Namur, nous explique Maître Laurent Kennes. Il a juste reçu, du dispatching, l’immatriculation d’une camionnette à prendre en chasse. Il ne savait pas qu’il y avait des enfants à bord, il ignorait les raisons de la poursuite. Et quand il a demandé au dispatching d’être mis en contact avec les policiers namurois, le dispatching lui a répondu que ce n’était pas possible, sans donner plus d’explications "

Depuis 2016, le réseau Astrid, qui permet aux services de police et d’urgence de communiquer par radio, est mis à jour. Impossible de le faire pour toutes les unités du pays en même temps, cela se fait progressivement. Les radios sont reprogrammées et toutes les fréquences sont modifiées.

Astrid refuse de commenter le dossier Mawda

Du côté de la société Astrid, qui fournit ce système de communication, on refuse de commenter l'affaire Mawda tant que l'enquête est en cours. On confirme cependant les mises à jour. Mais on nie totalement que cela empêche les différents services de police de communiquer. Le problème se situerait au niveau du Fleet Mapping ou le "plan de groupes de communication". Chaque service de secours crée ses propres groupes de communication dans ses radios. On sait ainsi qui parle à qui et à quel moment. Frederik Langhendries, responsable communication chez Astrid :

"Le Fleet Mapping concerne la programmation des radios et cette programmation s’effectue en interne dans chaque service de secours, indépendamment du réseau Astrid," explique Frederik Langhendries, responsable de communication chez Astrid. "Quant aux mises à jour de nos systèmes, les communications se poursuivent tout à fait normalement, que ce soit dans une province ou même entre les provinces. Il n’y a pas d’interruption de service au niveau des communications radio ".

Astrid est à mi-chemin dans la mise à jour de son réseau. Les autres se poursuivent.

Nous avons contacté la police fédérale et le parquet de Mons, en charge de l’enquête. Tous deux refusent de s’exprimer. La communication entre les policiers pendant la course poursuite est au cœur de l’enquête menée en ce moment par le comité P, la police des polices. Aucun commentaire ne sera fait avant d’avoir les résultats de leurs travaux.

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