Affaire Luperto: "épée de Damoclès" pour les relations homosexuelles?

"Affaire Luperto": "épée de Damoclès" pour les relations homosexuelles?
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"Affaire Luperto": "épée de Damoclès" pour les relations homosexuelles? - © Tous droits réservés

Cela a fait l'effet d'une petite bombe dans le monde politique wallon. La mise en cause du député-bourgmestre et président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Charles Luperto, dans un dossier de mœurs, a entraîné une série de réactions, dans le monde politique et journalistique. Mais pas seulement. L'évènement a secoué beaucoup de monde au sein des associations de défense des homosexuels. Au centre du débat, la prévention utilisée pour mettre en cause le député bourgmestre de Sambreville: "outrage aux mœurs publiques".

Ainsi, dans un article publié sur le net, le président de l'association Arc-en-Ciel Wallonie fustige une disposition qui met en danger bon nombre de personnes homosexuelles. "Ce qui, en quelques jours d'une gestion chaotique du parquet de Namur et d'un traitement médiatique parfois outrancier, est déjà devenu l'affaire Luperto, constitue un signal d'alarme inquiétant pour les associations de défense des homosexuels", écrit ainsi Thierry Delaval.

Outrage aux mœurs n'est pas atteinte au mœurs

Le président de l'association wallonne ne mâche pas ses mots, mettant tout d'abord les points sur les i: du point de vue pénal, outrage aux mœurs n'est pas attentat à la pudeur. "Ce dernier a un caractère intentionnel, présente une certaine gravité et porte atteinte à l’intégrité sexuelle d’une personne. L’outrage quant à lui n’a pas de caractère intentionnel ni ne vise à agresser quiconque". "Il y a une ambiguïté qui n’a jamais été levée par le Parquet", nous explique-t-il à ce propos. Pour lui, il s'agit de la première maladresse dans le cadre de ce dossier.

Et c'est dans ce contexte que, pour Thierry Delaval, le danger de stigmatisation se fait jour. Car des personnes homosexuelles, celles qui se rendent dans les lieux de drague en plein air, peuvent tomber sous le coup de cet article de loi. Ces personnes "peuvent être donc être poursuivies pour des faits qui relèvent de la morale", estime Thierry Delaval. "C'est une question d'appréciation: il y a des agents qui ne vont pas verbaliser, d'autres oui. A Liège, par exemple, la police des mœurs est parfois sur les lieux, non pas pour réprimer, mais pour protéger les gens présents".

Retour en arrière moral

Et lorsqu'il apprend aujourd'hui que des poursuites ont été initiées, il tire la sonnette d'alarme: "Le patron de la station service (lieu où les présumés délits se seraient produits - ndlr) en a eu probablement marre de voir défiler des 'pédés'… En mettant à l'instruction, le parquet, lui, prend le risque de créer un précédent. Il y a la crainte de voir surgir le phénomène de bouc-émissaire. Et le message devient en fait: restez dans votre coin".

Thierry Delaval craint donc, par la criminalisation de ces personnes, une sorte de retour en arrière, "une redéfinition de la norme", dit-il. Cette marche arrière morale risquerait, selon lui, de mettre au ban des personnes qui, parfois, sont plutôt en demande de protection. "Les gens qui vont là sont souvent des homos clandestins, ils ne vont pas aller se plaindre de s'être faits agresser, par exemple". Et de plaider pour une certaine liberté sexuelle: la marge d'appréciation que permet cette loi, "c’est une épée de Damoclès, un danger d’un rappel à l’ordre par rapport à un comportement de liberté sexuelle qui n’est pas vraiment accepté".

Préciser la loi

Un constat et un point de vue partiellement partagés par Michael François. Le conseiller communal ECOLO à la Ville de Bruxelles, défenseur des droits des personnes homosexuelles, estime aussi que l'article pénal utilisé dans ce dossier est sujet à caution. "C’est un intitulé du 18ème siècle: le danger vient du fait que cela va dépendre d’un magistrat ou d’un agent à un autre… On peut donc englober dans cela tout ce qu’on veut, l'outil est très flou".

Mais attention, dit-il: revendiquer de manière absolue la liberté sexuelle peut être contreproductif. "Nous ne sommes plus à Woodstock dans les années '70, et ces mots pourraient ouvrir la porte à un retour en arrière en matière de mœurs, car ils pourraient faire peur". Pour lui, il s'agit plutôt d'avoir "une réflexion plus large, et travailler sur ce qu'on doit autoriser ou pas". Autrement dit, préciser la loi.

"Arrêter l'hypocrisie"

Et de rejoindre Thierry Delaval sur un constat: "C'est une demande de protection à laquelle sont confrontées les associations". Mais, regrette-t-il, on nie que cela existe.

Ces pratiques viennent "d’un héritage de stigmatisation. Et il faut dire que cela existe et existera toujours". Ces endroits sont fréquentés par des homosexuels, mais sont aussi, parfois, des lieux de prostitution, dans lesquels les agressions ne sont pas rares. "Lorsque nous voulions placer un camion de distribution de préservatifs près du parc Royal, lieu connu de rencontres gay, nous n'avons pas obtenu d'autorisation, et on nous répondait que cela n'existait pas". Or, insiste Michael François, "il s’agit parfois d'un public fragilisé et le tissu associatif se doit de les accompagner. Il faut arrêter ce genre d'hypocrisie".

W. Fayoumi (@wafayoumi)

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