Affaire des adoptions au Guatemala: « Pour ma mère biologique, je suis morte un 7 novembre »

Nous sommes à la fin des années 70’. Plusieurs belges et français se lient d’amitié avec des personnes influentes au Guatemala. Débute alors une vague d’adoptions d’enfants guatémaltèques, notamment, par des citoyens de notre pays.

En pleine guerre civile, les autorités du Guatemala sont peu regardantes en matière d’adoption. Le gouvernement laisse la responsabilité des procédures aux notaires et aux avocats. Très vite, un business de l’adoption, lucratif et illégal, se développe. Les enfants capturés par l’armée dans les zones de conflit en sont les premières victimes.

De véritables mafias vont alors se créer et tout le monde va vouloir profiter des gains de cette économie parallèle. Sont mêlés, des directeurs d’orphelinat, des travailleurs sociaux, des médecins, des infirmières mais aussi des fonctionnaires de l’immigration, des juges et des agences d’adoption internationales. Des parents, qui viennent du monde entier et qui veulent adopter, font alors des demandes d’adoption.

Pour obtenir des enfants, certains réseaux ont recours à une pratique peu scrupuleuse : organiser une disparition forcée. En d’autres termes, faire croire aux parents que leur fils ou fille a été tué mais en réalité, l’enfant a été envoyé quelque part dans le monde.

Les enfants rapportent gros, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cela représente financièrement des années de travail au Guatemala. Au cœur de la guerre, certains comprennent qu’il faut volontairement garder les enfants en vie dans l’intention de les vendre.

La Belgique directement concernée

C’est dans ce contexte que l’ASBL de Tournai, Hacer Puente, va organiser des adoptions d’enfants pour des familles belges. A la fin des années 70, elle a organisé plus d'une centaine d'adoptions d'enfants guatémaltèques. Aujourd’hui devenus adultes, Sophie et Coline, deux de ces enfants adoptés, via ce canal, expliquent avoir été arrachées à leurs parents.

« Moi officiellement, sur papier, pour la Belgique, je suis née le 4 novembre. Pour le Guatemala, je suis née le 5 novembre. Et pour toute la procédure d’adoption, tous les papiers qui ont été remplis, toutes les attestations que l’association a donné à mes parents, je suis née le 7 novembre à la capitale. Ce qui est très interpellant, c’est que pour ma mère biologique, je suis morte le 7 novembre dans une autre ville. Des dizaines d’années plus tard, j’ai retrouvé ma mère, au mois de janvier de l’année dernière », explique Coline.

A l’époque, la Belgique acceptait les demandes d’adoption sans aucune réelle vérification, juste une enquête sociale. Tout se faisait par l’intermédiaire d’Hacer Puente. La personne qui recevait l'argent des adoptions au Guatemala était la belle-sœur du dictateur de l'époque. Elle aurait d’ailleurs été arrêtée à trois reprises dans le cadre de trafic d’enfants. Cette proche du président aurait même été à la tête d’un orphelinat publique avec accès direct et mainmise sur les enfants.

A la tête de la trésorerie d’Hacer Puente, un certain Bernard Sintobin, le directeur ad intérim d’Unicef Belgique qui vient d’être écarté. Avait-il conscience de business douteux dans lequel son ASBL était ? Son association était-elle complice de ce trafic ? Une enquête est en cours au parquet fédéral depuis plusieurs mois pour y voir plus clair.

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