Adélaïde Charlier sur les catastrophes naturelles actuelles: "L'urgence pour le dérèglement climatique, c'est déjà pour aujourd'hui"

Le climatologue Jean-Pascal van Yperselel'affirmait encore il y a quelques jours sur La Première: "Sans les changements climatiques causés par les activités humaines, on n'aurait pas une vague de chaleur aussi grave que celle qui est en train de se produire maintenant dans l'ouest des États-Unis et du Canada".

Pour Adélaïde Charlier, cofondatrice du mouvement Youth for Climate, ce n'est plus une surprise: "Et c'est la même chose quand on verra les feux de forêt dans la forêt amazonienne qui arrivent chaque été, c'est quelque chose qui revient. Et je pense que c'est important de se souvenir, à ces moments-ci, que les dérèglements climatiques, ce n'est pas une question de demain, une question de notre génération, des futures générations qui devront faire face aux conséquences encore plus intenses, évidemment, mais c'est déjà une question pour des milliers, voire des millions, de personnes aujourd'hui. Je pense que c'est très important de réaliser que les décisions qui sont prises dans nos gouvernements et dans nos parlements aujourd'hui vont encore avoir un impact, non seulement sur notre génération plus tard, mais déjà sur des effets naturels qui se passent et qui se déroulent aujourd'hui".

Elle partage ainsi le diagnostic de Greta Thunberg: "Nous sommes dans une urgence climatique qui n'a jamais été considérée comme une urgence":

"Oui, le dérèglement climatique a été entendu et inclus dans les discours politiques et certaines mesures ont été prises. Mais ce qu'on voit, c'est encore un énorme écart entre la réalité de l'urgence et l'action qui doit suivre. Aujourd'hui, n'oublions pas que 2021 va presque être la deuxième année avec une augmentation de CO2 qui n'a jamais été aussi élevée. On atteint encore un record, c'est-à-dire que les émissions de CO2 ne diminuent pas, c'est-à-dire qu'au final, on ne fait pas le boulot de réduire et de changer complètement la manière dont on vit".

Que faudrait-il faire alors? "On a vu ces derniers temps ce qu'était prendre une urgence en tant que crise, et donc réaliser qu'on va devoir prendre des mesures qui vont faire changer la manière dont on va vivre.  Ce sont évidemment deux choses complètement différentes, mais on va devoir changer la manière dont on vit pour pouvoir réduire les émissions de CO2, et on doit pouvoir le commencer aujourd'hui et on doit avoir des actions fortes. Par exemple, la première chose à faire serait de couper totalement les énergies fossiles dès aujourd'hui. Et ça, c'est quelque chose qui n'a pas encore été fait. On voit encore aujourd'hui, par exemple, qu'on n'inclut pas dans les émissions de réduction les marchandises importées, l'aviation, les transports maritimes internationaux. On ne prend pas en compte, par exemple, les points de basculement, les points de non-retour. Tout ça montre qu'on ne prend pas aujourd'hui le dérèglement climatique en tant qu'urgence et qu'on ne prend que des petits pas pour essayer de changer cet énorme dérèglement climatique, alors qu'aujourd'hui nous faisons face à une urgence. Encore une fois, les émissions de CO2 continuent à augmenter".

Chez nous, il y a heureusement eu une évolution dans les discours politiques: "On parle par exemple de dérèglement climatique dans les parlements, dans les gouvernements. C'est une première étape. Il y a deux ans, c'était très difficile de pouvoir amener le sujet. On voit qu'il y a des mesures qui sont mises en place. Quand la Belgique a suivi ce que l'Union européenne a imposé, c'est-à-dire un minimum de 35% de notre budget du post-Covid qui ira dans ce qui pourra aider à des mesures face au dérèglement climatique, là, on voit qu'il y a du changement. Mais par contre, je ne vois pas encore le changement autour de moi. La Belgique ne réduit toujours pas ses émissions de CO2, à part grâce à l'exportation de différentes actions, par exemple. Donc, aujourd'hui, nous n'y sommes pas encore et on doit avoir des changements qui sont beaucoup plus intenses et qui nous permettraient évidemment de changer encore plus. Donc, la Belgique ne fait pas encore partie de la solution, mais en tout cas essaye, et on doit surtout ne pas arrêter".

Le collectif va donc mettre sur pied de nouvelles actions pour sensibiliser, pour lutter face au changement climatique: "On doit continuer à conscientiser les citoyens qui acceptent le jeu d'acteur des politiciens, donc on doit pouvoir continuer à mettre pression envers le politique et conscientiser un maximum les citoyens. Youth for Climate sera par exemple dans les rues le 24 septembre, ainsi que le 10 octobre. C'est vraiment une date clé à noter dans vos agendas pour nous rejoindre pour manifester. Suivez-nous parce que c'est très important aujourd'hui de continuer à mettre pression, surtout après les nombreux désastres qui vont sûrement continuer cet été, comme ce qu'il s'est passé au Canada. C'est un moment à ne pas lâcher, on peut encore faire changer la donne, c'est à partir de maintenant ! Et le citoyen doit faire partie de la solution, le citoyen doit s'engager si on veut vraiment y arriver".

S'engager, oui, mais quid des vacances et des voyages en avion? "Le citoyen doit s'engager, doit continuer à s'informer et, si possible, déjà commencer à faire une transition vers une société neutre en carbone. N'oublions que pour certains citoyens, voire la plupart, c'est presque impossible aujourd'hui de faire cette transition parce que dans le monde dans lequel on vit, dans la société dans laquelle on vit, c'est presque impossible de voyager ou de bouger sans émettre de CO2. Aujourd'hui, un billet d'avion coûte dix fois moins cher qu'un billet de train, c'est-à-dire que tous mes amis autour de moi qui aimeraient pouvoir prendre le train pour voyager en Europe n'y arrivent même pas parce qu'ils n'ont pas le budget. Et donc, là, je pense encore une fois que c'est important que le politique rentre en jeu et puisse offrir aux citoyens cette alternative, parce que pour le moment, ce n'est pas une vraie alternative, il n'y a pas vraiment un choix que le citoyen peut faire. La plupart du temps, il est coincé. S'il veut partir en vacances, il doit prendre un billet d'avion".

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