Actions dans les hôpitaux : "Il y avait le feu, on rajoute de l’essence aujourd’hui avec cette augmentation d’activité"

Des actions sont prévues aujourd’hui dans les hôpitaux wallons et bruxellois et cela à l’appel des syndicats en front commun (CNE, SETCa et la CGSLB). Les travailleurs vont observer aujourd’hui des arrêts de travail ou mener des actions ponctuelles, et d’autres vont se rassembler, notamment sur la Grand-Place de Mons ce matin à 10 heures.

Des soignants qui vont exprimer une fois de plus leur ras-le-bol. Infirmiers, médecins, personnels d’entretien, administratifs ou de sécurité, tous exigent des mesures concrètes pour refinancer le secteur.

Ce mouvement de grogne fait suite à beaucoup d’autres qui ont déjà été menés ces dernières semaines. Pourtant, un refinancement de 400 millions d’euros a été débloqué après le début de la pandémie avec le fonds Blouses blanches. On avait alors l’impression que les demandes avaient été entendues. N’est-ce pas le cas ?

Il y avait le feu, on rajoute de l’essence aujourd’hui avec cette augmentation d’activité

Laurence Hody, est infirmière, cheffe de service dans un grand hôpital universitaire bruxellois, et aussi déléguée syndicale, nous explique qu’étant donné que les arrêtés d’exécution ne sont toujours pas passés, sur le terrain rien de concret n’est encore visible de cette enveloppe de 400 millions d’euros. Ce qui, selon elle, est déjà un problème.

Mais il y a aussi la pénurie d’infirmières aujourd’hui : "qui fait qu’on pourrait engager du personnel si ces arrêtés d’exécution passaient, mais il faut trouver ces infirmières et le souci principal aujourd’hui, ce sont les conditions de travail", dit-elle. "Et ça, le personnel sur le terrain n’a pas encore vu de modification, que du contraire, puisque post-Covid, il faut rattraper tous les retards de traitement. Les hôpitaux sont dans le rouge parce qu’au niveau financement, effectivement, il y a eu un impact de cette crise Covid".

Pour Laurence Hody, le travail est donc aujourd’hui beaucoup plus intense que d’ordinaire. Or, les équipes sont sur les genoux et "la pénurie n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui, essentiellement d’ailleurs dans les services généraux".

Pour résumer : "Il y avait le feu, on rajoute de l’essence aujourd’hui avec cette augmentation d’activité et on attend la concrétisation de promesses qui ont été faites, y compris une enveloppe qui a été débloquée en 2020 au sujet du bien-être du personnel et où les discussions n’ont même pas encore commencé", observe cette infirmière et cheffe de service.

Revoir les normes d’encadrement "pourquoi cela n’avance pas ?"

Concernant les conditions de travail, Laurence Hody nous détaille la situation dans son service, qui pour elle n’est "pas bonne". A titre d’exemple, elle explique qu’elle travaille depuis 30 ans dans le secteur des soins hospitaliers. S’il y a 20 ans, lorsqu’un patient était opéré pour un pontage coronaire : "celui-ci restait 10 à 15 jours au sein de l’hôpital, parfois deux ou trois jours avant d’être opéré et il restait pour sa convalescence en partie à l’hôpital". Aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas, observe-t-elle.

Toujours dans son exemple, si l’on remonte 20 à 30 ans en arrière, la moyenne d’âge des patients était de 60 ans. "Aujourd’hui, c’est souvent 80". Ce qui demande, explique-t-elle, un encadrement très différent. "La première chose à faire est évidemment de revoir les normes d’encadrement, ce que tout le monde est d’accord de dire, donc pourquoi cela n’avance pas ?"

L’infirmière précise qu’il leur est demandé de travailler aujourd’hui avec des normes d’accréditation pour la qualité des soins. Mais aussi de travailler avec des outils informatiques de plus en plus performants qui répondent à des normes américaines ou canadiennes "avec un encadrement infirmier qui est le double de ce que nous connaissons ici".

Pour Laurence Hody, on demande au personnel l’impossible avec une charge de travail qui a augmenté et des normes d’encadrement qui n’ont pas changé. "Cela fracasse donc le personnel. Le nombre de burn-out est très important. Chez moi, actuellement, j’ai quatre personnes en mi-temps médical pour burn-out, deux autres qui sont en congé maladie pour burn-out et une autre qui va quitter le service alors qu’elle a une licence et un master et que c’était une excellente infirmière". Elle dit : "j’arrête pour ma survie, je ne sais pas ce que je vais faire, mais je ne peux plus"".

Donner envie de rester, mais aussi rendre le travail supportable

On le voit, il y a des difficultés concrètes rencontrées sur le terrain avec des équipes qui sont au bout de leurs ressources. Mais quelles sont les revendications du personnel soignant aujourd’hui ?

Pour Laurence Hody, cela peut se résumer avant tout par "les conditions de travail". Cela veut dire augmenter les normes d’encadrement. Il faut aussi penser à la pénibilité du métier, "et donc certainement à l’attractivité pour les jeunes et leur donner envie de rester". Quant au personnel plus âgé, entre guillemets, explique-t-elle "c’est la supportabilité du travail". Et de rappeler qu’aujourd’hui, une infirmière doit travailler jusqu’à 67 ans avec une charge mentale et physique qui ne fait qu’augmenter, mais aussi "un travail de plus en plus disruptif qui nous expose, jeunes et vieux, à des risques d’erreurs majeures, quand on est dépassés, quand on a 10 patients à la journée, 20 patients et plus la nuit, seuls, avec des patients de plus en plus aigus et de plus en plus instables, parce que dès que le patient se stabilise, il rentre à la maison".

L’infirmière et cheffe de service a également une pensée pour les soins à domicile et les maisons de repos et soins (MR et MRS) "pour lesquels ça doit être très difficile. Cela demande donc de plus en plus d’expertise, de compétences et de qualifications, mais où en est-on par rapport à ça aujourd’hui ? Cela ne fait que se dégrader, ça ne s’améliore pas".

Impact des actions pour les patients

Quel impact pour les patients auront les actions de ce jeudi dans les hôpitaux ? Dans des secteurs, un service minimum est organisé. Certains examens seront supprimés. Idem concernant les opérations.

Par contre, le travail se poursuit dans les unités de soins où les patients sont présents. "On va donc travailler aujourd’hui dans des conditions très difficiles, puisque c’est du personnel réduit. Et du personnel a d’ailleurs dû être réquisitionné, du personnel qui s’était mis en grève et qui a été réquisitionné pour pouvoir assurer la qualité des soins et la continuité des soins", précise Laurence Hody.

Extraits de notre 13h:

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