Achats de Noël: les commerçants vont "essayer de récupérer les semaines difficiles, notamment avec les gilets jaunes"

Achats de Noël: les commerçants vont "essayer de récupérer les semaines difficiles, notamment avec les gilets jaunes"
Achats de Noël: les commerçants vont "essayer de récupérer les semaines difficiles, notamment avec les gilets jaunes" - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Ce week-end sera l'ultime occasion de faire ses derniers achats de cadeaux de Noël. Comment les commerçants s'organisent? Quel impact les gilets jaunes ont-ils eu?  Dominique Michel, patron de Comeos (la fédération belge du commerce et des services) est au micro de la Première.

Est-ce vraiment le plus gros week-end de l'année? 

Dominique Michel: "C’est certainement un des deux grands week-ends. Le week-end prochain sera aussi très chargé. C’est véritablement " tout le monde sur le pont aujourd’hui ". Et vous ne les voyez pas tous non plus, parce qu’il y a aussi énormément de gens qui travaillent dans les entrepôts, derrière les zones qu’on ne connaît pas, mais qui font tout le travail. Il y a donc énormément de choses qui se passent aujourd’hui.

C’est un calendrier favorable cette année pour les commerçants, avec un 24 décembre qui tombe un lundi ?

"C’est vrai que ce n’est pas mal. On en profite et on va aussi essayer de récupérer un peu les difficiles semaines qu’on a eues, notamment avec les gilets jaunes. Mais maintenant, on essaie donc de mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu."

Les gilets jaunes ont bloqué à plusieurs reprises des centres de distribution, des magasins et des camions qui approvisionnent ces magasins. Ces opérations ont-elles eu un impact? Y aura-t-il certains produits vont être en pénurie dans les magasins ?

"Je ne crois pas qu’il y aura de la pénurie parce qu’il y a eu énormément de choses qui ont été faites pour essayer de compenser cela. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui encore il y a des entrepôts qui se font bloquer de façon intermittente. Ca entraîne évidemment une complexité dans le travail: des camionneurs qui doivent attendre, qui doivent redémarrer, qui perdent énormément de temps."

"Ce sont des gens comme vous et moi qui veulent travailler et qu’on empêche de travailler. Il y a quand même un point important: ces gilets jaunes - en tout cas maintenant - deviennent des tout petits groupes . Il y a des carrefours qui bloqués avec six personnes. On est donc très loin des grandes masses populaires qui expriment un grand mécontentement. Non, on est plutôt dans des tout petits groupes non contrôlés qui défendent surtout leurs propres petites idées personnelles."

La crise politique peut-elle aussi avoir un impact sur le secteur du commerce ?

"Bien sûr. Il y a d’abord des dossiers très importants qui doivent encore être mis en œuvre et qui ne le sont pas. Par exemple, un système pour alléger les charges sur le travail de nuit, qui avait été décidé par le gouvernement encore actuel, mais qui n’est toujours pas mis en œuvre. C’est fondamental parce qu’on a un gros retard de compétitivité par rapport aux pays voisins."

"Aujourd’hui, un paquet sur deux que vous commandez vous l’obtenez de l’extérieur, de l’étranger, au lieu de l’acheter en Belgique. C’est donc un dossier fondamental. Il y a d’autres dossiers, tels que l’adaptation de notre système de fiscalité aux nouvelles technologies. Aujourd’hui, l’épicier du coin ou le supermarché du coin est beaucoup plus taxé que les géants du Net. Donc là, il y a véritablement une possibilité pour le gouvernement de mettre en œuvre des mesures, comme l’a fait la France pour arriver plus ou moins à un équilibre. Il n’y a rien qui va se passer puisque le gouvernement est plutôt moribond. C’est donc clair que pour nous, il y a des dossiers fondamentaux qui vont être mis au frigo pendant quelques semaines, voire quelques mois avant que, j’espère, on puisse prendre les bonnes décisions. Mais évidemment, tous ces mois perdus sont encore des emplois perdus."

La meilleure arme pour lutter contre cette concurrence des grandes plateformes de commerce en ligne, c’est l’arme fiscale ? 

"Ce n’est pas de taxer plus, c’est de taxer de la même façon. Et on parle beaucoup d’environnement, vous savez qu’aujourd’hui ce qui est acheté sur ces grandes plateformes échappe aux règles environnementales? Si demain vous commandez un frigo, vous ne pouvez pas rendre votre ancien frigo à la personne d’Amazon qui vient vous livrer. Par contre, si vous le commandez en ligne dans une chaîne belge, vous pourrez rendre votre frigo. Donc, il y a toutes les obligations environnementales qui échappent aujourd’hui à la réglementation. C’est un problème puisque le commerce en ligne augmente, et c’est très bien qu’il augmente, mais il faut que tout le monde participe, notamment aux charges pour la société".

Il y aura de nombreux magasins, on imagine, qui seront ouverts ce dimanche. C’est important de pouvoir continuer à ouvrir les magasins le dimanche ?

"En tout cas, je crois que ça fait véritablement partie de ce que les clients attendent. Si vous allez vous balader dans les pays voisins, vous voyez que le fait que les magasins soient ouverts certains dimanches donne une vie dans la ville. Par contre, ici, on voit très souvent des villes qui sont à moitié mortes parce qu’il n’y a rien qui s’y passe. Notre vision a toujours été qu’il faut une bonne collaboration entre le monde du commerce, mais aussi le monde culturel et le monde économique pour faire en sorte que le dimanche — et les autres jours de la semaine aussi — il y ait de la vie dans nos villes. C’est fondamental, sinon on va tous se retrouver chez nous à faire notre petite commande sans avoir les contacts humains qui, je crois, sont tellement importants pour tout le monde."

De manière générale, comment se porte le commerce belge aujourd’hui ?

"Le secteur est tellement grand que je dirais qu’il y a certains aspects qui sont bons. Ce qui fonctionne bien, c’est notamment le secteur de l’Horeca. Le secteur de l’alimentaire est un peu en ralentissement. On consomme moins d’alimentation qu’il y a quelques années, peut-être parce qu’on gaspille moins. Ce n’est peut-être pas plus mal. Par contre, il y a aussi une perte vers l’étranger et il y a des secteurs qui ont des difficultés. Par exemple le secteur de la mode ou le secteur de l’électronique sont terriblement concurrencés par l’extérieur."

Comment va-t-on nous adapter aux nouvelles technologies?

"De nouveau, on n’a pas de problème avec les concurrences extérieures, mais notre souci est de pouvoir nous battre avec les mêmes armes. Grosso modo, le secteur est un peu en ralentissement et on est face à un défi fondamental: comment va-t-on nous adapter aux nouvelles technologies ? Ce n’est pas simplement l’e-commerce, c’est dans nos magasins, comment peut-on travailler d’une nouvelle façon ? Comment peut-on inventer de nouveaux boulots avec les personnes que nous avons ? Ça, c’est tout notre défi d’adaptation. Ce n’est pas évident et il faut qu’on nous aide."

Archives : Journal télévisé 15/12/2018

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