Les pays qui autorisent les touristes chinois mais pas les Belges ont-ils raison de le faire?

"Accueillir les Chinois mais pas les Belges?" Les pays qui n'autorisent pas nos touristes ont-ils raison de le faire?
"Accueillir les Chinois mais pas les Belges?" Les pays qui n'autorisent pas nos touristes ont-ils raison de le faire? - © Tous droits réservés

C’est un peu la douche froide. Alors qu’on entrevoyait une petite porte d’embarquement avec l’annonce de plusieurs pays de la réouverture de leurs frontières aux touristes étrangers, voilà que la liste des pays autorisés sonne comme le décollage de nos illusions : la Belgique fait plutôt partie des "hôtes indésirables"…

De quoi susciter l’incompréhension de nos candidats voyageurs, comme Christophe qui avait déjà réservé tout son voyage vers l’île de Paros, en Grèce : "Quand on regarde la liste, on voit des pays comme l’Australie ou même la Chine. Alors on ne comprend pas très bien. Est-ce une décision politique ou est-ce vraiment basé sur des chiffres ?"

Idem pour la Croatie, qui a ouvert jeudi sa frontière pour les ressortissants de dix pays de l’Union européenne… Mais pas la Belgique. Alors décision scientifique, mathématique ou politique ?

Réponse en 4 temps

1. Des pays dépendants du tourisme

Après un déconfinement graduel entamé le 4 mai, la Grèce a annoncé l’ouverture de ses hôtels à l’année le 1er juin, avant les hôtels saisonniers, le 15 juin. Il faut dire que l’industrie du tourisme compte pour environ 20% du produit intérieur brut (PIB) de l’économie de ce pays. Et donc accueillir les touristes, c’est important.

Mais le pays n’a pas non plus envie de rouvrir grand les portes au coronavirus, lui qui a été plus qu’épargné par l’épidémie : avec une population comparable à la Belgique (10,7 millions d’habitants), la Grèce déplore jusqu’ici seulement 3000 cas de contamination (20 fois moins qu’en Belgique), et surtout moins de 200 morts (50 fois moins !)

C’est pourquoi la Grèce s’en est remise aux recommandations de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) afin de déterminer quels aéroports de l’UE sont encore à haut risque en matière de pandémie. Agence qui annonce de son côté avoir élaboré la liste "rouge" des aéroports sur la base des informations de l’OMS, de l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) et des instituts de santé publique.

2. Un virus potentiellement très contagieux

On l’a vu en Chine, on le constate en Europe, ce nouveau coronavirus SARS-COV2, et la maladie qui en découle, le Covid-19, ne sont pas impossibles à contenir. Mais cette mise sous cloche s’est faite dans de nombreux pays au prix de nombreux morts et de mesures drastiques.

C’est qu’à l’état "naturel", c’est-à-dire sans mesures sanitaires strictes, le Covid-19 est très contagieux. Son "taux de reproduction" de base ou R0 est estimé à 4, ce qui signifie qu’une personne contaminée va en contaminer 4 à son tour. Ce qui peut paraître peu, sauf que dans un pays aux contacts sociaux développés, on va passer en quatre jours d’un à quarante contaminés…

C’est ce qui s’est passé en Italie, en France, en Belgique, en Espagne : quelques personnes ayant importé le virus de l’étranger l’ont répandu à toute vitesse, faute de savoir qu’elles étaient contaminées. Ces pays ont rapidement atteint des pics importants, avant que le virus ne soit contenu via des mesures sanitaires, de confinement, de traçage, et ne régresse peu à peu.

Or, la Grèce et la Croatie n’ont jamais connu de tels pics… Et restent potentiellement vulnérables à une importation importante du virus. Il est donc assez logique que ces pays se montrent prudents.

Le graphique ci-dessous, qui représente la moyenne "lissée" de morts du coronavirus par million d’habitants par pays est parlant à cet égard…

3. Des chiffres en notre défaveur, peu importe la façon de compter

Outre certaines régions de l’Union européenne, les touristes en provenance de Suisse, de Norvège, des pays balkaniques voisins de la Grèce comme l’Albanie, la Serbie et la Macédoine du Nord, sont également autorisés à arriver aux aéroports d’Athènes et de Thessalonique. Sur cette liste "blanche", on trouve aussi l’Australie, le Japon, Israël, le Liban, la Chine, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud.

Bizarre ? Pas tellement si on consulte la carte du monde des décès quotidiens par million d’habitants :

Sur cette carte, on constate en effet que les pays "autorisés" par la Grèce ou la Croatie enregistrent en effet sur la semaine écoulée moins d’un décès par million d’habitants.

Et même si le virus est parti de là et que les images de malades et de morts ont marqué nos esprits, c’est aussi le cas en Chine. Le 23 mai, on n’avait recensé aucun nouveau cas de contamination au coronavirus, et depuis, on oscille auprès de cette valeur zéro.

La France et l’Italie tendent peu à peu vers cette disparition du virus, mais n’y sont pas encore.

Quant à la Belgique, comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, nous en sommes encore loin : bien qu’en baisse, notre taux de cas, comme de morts par million d’habitants, reste dans le top mondial. Il est 20 fois supérieur à celui de la Croatie, 50 fois celui de la Grèce. Une vingtaine de décès par jour, ça nous semble peu parce qu’on en a annoncé 500 quotidiens au plus fort de la crise, mais ça reste un énorme drame humain pour notre petit pays.

4. De l’espoir pour la suite

Si on regarde objectivement ce qu’on sait du virus, et les chiffres actuels, la décision de ces pays semble donc justifiée. La bonne nouvelle, c’est que contrairement à l’Amérique du Sud où ça explose, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou à la Suède qui plafonnent, la tendance à la baisse des indicateurs se confirme chaque jour chez nous. Les mesures drastiques prises par la Belgique semblent continuer à porter leurs fruits.

Comme on est monté très haut dans les contaminations, il nous faut un peu plus de temps pour redescendre par rapport à certains, mais la courbe ne s’infléchit pas, même après les premières mesures de déconfinement.

Tout laisse donc penser que d’ici quelques semaines, le nombre de nouveaux cas sera proche de zéro, et que la surmortalité sera bien moindre que lors de certains épisodes de grippe saisonnière.

On pourra alors espérer que les Belges seront à nouveau bienvenus partout…

Cliquez sur les avions pour voir les aéroports des régions considérées comme à risque

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