Accoucher et vivre l'arrivée du nouveau-né ne fut pas un long fleuve tranquille pendant la crise du coronavirus

Accoucher et vivre l'arrivée du nouveau-né ne fut pas un long fleuve tranquille pendant la crise du coronavirus
Accoucher et vivre l'arrivée du nouveau-né ne fut pas un long fleuve tranquille pendant la crise du coronavirus - © DjelicS - Getty Images

Dans le cadre d’une vaste étude internationale sur les soins pré et postnataux pendant le Coronavirus, deux chercheuses de l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers se sont focalisées sur les soins qui entourent la naissance et les premières semaines de la vie pendant la crise du Coronavirus en Wallonie et à Bruxelles. Elles ont interrogé 15 sages-femmes par visioconférence. Un à trois entretiens sur ce qu’elles avaient vécu pendant cette crise sanitaire sans précédent.

L’objectif n’était pas de faire une vaste étude avec un échantillon représentatif mais bien de recueillir des témoignages, de les interroger en profondeur pour laisser libre cours à leur parole, pour qu’elles racontent ce qu’elles avaient sur le cœur et ce qui était en train de se passer pour tous ces soins qui n’étaient pas liés directement au Covid-19.

Des sages-femmes non reconnues comme soignantes de première ligne

Et les constats se rejoignent. L’une des deux chercheuses, Elise Huysmans, anthropologue de la santé raconte : "Toutes ou presque nous ont dit n’avoir pas été reconnues comme personnel soignant de première ligne. Tant à domicile qu’à l’hôpital, elles n’ont pas été prioritaires pour recevoir des équipements de protection (masques, blouses…). Elles sont allées au front elles aussi sans protection. Or leur métier implique une proximité physique très grande avec leurs patientes. Certaines se demandaient comment faire pour rester à un mètre cinquante de la patiente en train d’accoucher. Elles ont dû, comme beaucoup d’autres membres du personnel de santé, faire appel à leur réseau, aux dons privés. Le règne de la débrouille qui a conduit à une grande insécurité pour elles-mêmes mais aussi pour les femmes enceintes."

Des femmes isolées à la naissance de leur enfant

Pendant l’épidémie, les recommandations de prise en charge changeaient tout le temps. "Dans certains hôpitaux, certaines nous ont dit que toutes les heures, on changeait la façon de prendre en charge les femmes, de les isoler en cas de Covid 19. Et comme les tests de dépistages n’étaient pas disponibles, les sages-femmes n’étaient jamais sûres de la contamination ou non d’une de leurs patientes. La confusion était parfois totale sur les manières de se protéger elles et leurs patientes": poursuit la scientifique.

Ce n’est pas tout, les mères se sont retrouvées le plus souvent isolées : "Même pour les échographies, les pères n’étaient pas toujours admis. A l’accouchement, les accompagnants pouvaient entrer mais ne pouvaient plus ressortir de la chambre pendant tout le séjour. Cela a pesé sur toutes les familles qui avaient d’autres enfants, les grands-parents étaient aussi écartés. Les femmes sont restées très seules à devoir gérer leur nouveau-né. L’égalité homme/femme dans la parentalité, ce n’est pas encore ça"

Du personnel soignant victime de violences verbales et matérielles

Les sages-femmes en auraient "gros sur la patate". Elles dénoncent l’hostilité, les violences verbales parfois matérielles auxquelles elles ont dû faire face à cause de leur métier. Elise Huysmans détaille : "Une sage-femme s’est fait injurier alors qu’avec son badge, elle passait devant une file à la caisse d’un magasin. Elle avait pourtant un service à assurer et devait éviter tout temps d’attente. Une autre a subi des vols de matériel dans sa voiture, parce qu’elle avait apposé sur son pare-brise le macaron"sage-femme".

Des scanners en pagaille et des règles différentes presque dans chaque hôpital

Durant la crise, les règles et les recommandations diffèrent d’un hôpital à l’autre. Là encore, certaines dénoncent des pratiques douteuses. La chercheuse nous explique : "Les institutions hospitalières pouvaient, en cette période inédite, établir elles-mêmes leurs règles, leurs protocoles, et prendre des mesures parfois drastiques dans la peur au lieu de privilégier la qualité des soins. Certains hôpitaux, selon nos témoins, ont fait un usage massif de l’imagerie et notamment des scanners pour avoir des résultats Covid plus rapidement. En période de grossesse, cela n’est pas vraiment recommandé. Mais il y aurait aussi eu des accouchements provoqués à 38 semaines, ou des tests de dépistage deux semaines avant l’accouchement et plus au moment de l’entrée à l’hôpital, alors qu’en deux semaines la patiente a pu contracter l’infection. Quels en seront les impacts à plus long terme ? L’avenir nous le dira."

Les femmes enceintes et les enfants de moins de six mois n’étaient pas considérés comme une population à risque. Apparemment, ils ont eux aussi, été les oubliés des recommandations. Selon les auteurs de l’étude, ces sages-femmes avaient besoin de parler de ce qui s’était passé. Aujourd’hui, les langues se délient, les soignantes commencent à en parler entre elles et établir une certaine solidarité au cas où une deuxième vague devait survenir.

Reportage de notre JT du 03 juillet :

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