Abus sexuels: les évêques seront poursuivis pour passivité

Le pape François crée un tribunal où seront jugés les évêques qui auraient couvert des abus sexuels commis par des prêtres dans leur diocèse.
Le pape François crée un tribunal où seront jugés les évêques qui auraient couvert des abus sexuels commis par des prêtres dans leur diocèse. - © FILIPPO MONTEFORTE - AFP

Le pape François crée une instance judiciaire qui jugera les évêques ayant couvert des prêtres auteurs d’abus sexuels sur mineurs. En Belgique, l’archevêque André-Joseph Léonard a récemment été condamné par la Cour d’appel de Liège pour sa passivité dans un dossier d’abus sexuels. Sera-t-il poursuivi par ce nouveau tribunal ? Le dossier a en tout cas été envoyé au Vatican.

Le pape autorise la création d’une nouvelle instance judiciaire au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi, un tribunal où seront jugés les évêques qui auraient couvert des abus sexuels commis par des prêtres dans leur diocèse.

Voilà ce qu’on peut lire sur le site du Vatican : "La Congrégation pour la doctrine de la foi s’occupe non seulement de toutes les affaires doctrinales, la théologies, etc., explique l’évêque de Tournai Guy Harpigny, mais il y a aussi l’aspect judiciaire pour les delicta graviora, c’est-à-dire les délits graves ou très graves, parmi lesquels les abus sexuels sur mineurs."

Ce tribunal poursuivra donc les évêques pour violation du droit canon, car les textes ecclésiastiques prévoient bien que les évêques peuvent sanctionner ces prêtres.

Une revendication de longue date des associations de victimes

Les associations d’anciennes victimes de prêtres pédophiles réclamaient depuis longtemps que l’Église reconnaisse comme un délit le fait que des évêques aient couvert les agissements des prêtres abuseurs. Car, si des textes canoniques prévoyaient que les évêques puissent sanctionner les prêtres (du blâme au retour à la vie civile), nombreux sont restés passifs, ou se contentant de transférer le prêtre d’une paroisse à une autre.

Selon les victimes, ils avaient donc une responsabilité à assumer dans ce qu’elles ont subi.

Parmi ces très nombreuses victimes, Joel Devillet, était enfant de chœur dans la province du Luxembourg en 87. Pendant quatre ans, il a été, selon ses propres termes, le jouet sexuel de l'abbé Hubermont. Devenu adulte, il s'était confié à celui qui était à l'époque évêque de Namur, l'actuel archevêque André Joseph Léonard.

Fin avril, Joel Devillet a obtenu la condamnation de l'archevêque devant la Cour d'appel de Liège. "Joel Devillet a envoyé le jugement au Vatican", explique son avocat Marc Kauten qui se montre satisfait de cette décision du pape.

André Joseph Léonard sera-t-il poursuivi par le nouveau tribunal ?

Marc Kauten voit un lien direct avec l'affaire de son client. "Monsieur Devillet va soumettre au tribunal ecclésiastique qui est créé son cas, en expliquant ce qui s’est passé, et voir si le tribunal estimera devra poursuivre ou non Monseigneur Léonard."

L’avocat voit d’ailleurs dans la création de ce tribunal une conséquence des différents jugements civils qui sont intervenus dernièrement en France et en Belgique. "Cela se situe dans le prolongement des dossiers civil et pénal - en France, Monseigneur Pican a été condamné pour non-assistance à personne en danger et, ici, Monseigneur Léonard a été condamné au civil pour avoir couvert des faits de pédophilie - et dans le prolongement du constat de l’ONU, qui en février 2014 a demandé au Vatican de révoquer les prêtres soupçonnés de pédophilie."

Ce tribunal : "Un bon signal à l’attention des évêques"

"Ça me paraît une décision très importante, affirme le prêtre Gabriel Ringlet, qui est bien dans la ligne du pape François. Jamais on n’avait appelé un évêque à se justifier de la manière dont il avait traité un dossier, donc je pense qu’un pas de plus est franchi qui ne peut qu’apporter davantage de clarté sur ces questions douloureuses."

Gabriel Ringlet précise que ce tribunal ne se substituera évidemment en rien à la justice civile. Il s’agira plutôt d’ajouter une sanction, dictée par l’Église cette fois.

L’évêque de Tournai Guy Harpigny se montre également positif. Il a suivi le dossier des abus dans l’Église de près en tant que référendaire commission interdiocésaine pour les abus sexuels au sein de la relation pastorale. "J’ai été à un congrès à Rome en février 2012 sur les abus sexuels dans l’Église, explique Guy Harpigny, et je me rendais compte que certains évêques… je ne sais pas s’ils ne voyaient pas la réalité, mais en tout cas, c’est comme si cela n’existait pas. Il y a des évêques qui ont fait semblant de rien, qui n’ont fait que déplacer les personnes. C’est contraire à tous les textes publiés à Rome depuis 1960."

La création de cette instance judiciaire permettra non seulement de réparer des erreurs du passé, mais aussi d’envoyer un signal fort à l’attention des évêques qui souhaiteraient à l’avenir rester passifs dans ce type de situations : "Ça permettra de regarder si on a bien pris ses responsabilités et ça encourage les gens à prendre leurs responsabilités".

O. Leherte

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