Abattre la forêt de Bialowieza à cause d'insectes ravageurs?

La forêt de Bialowieza contient une incroyable biodiversité
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La forêt de Bialowieza contient une incroyable biodiversité - © JANEK SKARZYNSKI - AFP

Bialowieza ? Ce nom ne vous dira sans doute rien et pourtant c’est le nom de la plus vieille forêt primaire d’Europe datant de l’époque glaciaire. Elle se trouve sur la frontière entre la Pologne et la Biélorussie et s’étend sur environ 1600 km carrés.

Bialowieza est aujourd'hui au centre des débats entre exploitants forestiers et défenseurs de la nature. En cause, une espèce d'insectes ravageurs qui seraient en train de décimer la forêt et nécessiterait d'abattre des milliers d'arbres

La caractéristique principale de cette forêt? Son incroyable biodiversité. Elle n’accueille pas moins de 5500 espèces de plantes et environ 11 564 espèces d’animaux.

Parmi ces espèces se trouvent la plus large communauté de bisons d’Europe en liberté, qui sont le symbole de la forêt. Les loups et les lynxs font également partie des animaux que les promeneurs peuvent observer sur le site.

Plusieurs réserves naturelles

Bialowieza contient plusieurs réserves naturelles. La protection de la forêt remonte au 14ème siècle. Voici un peu d’histoire.

La forêt est maintenant protégée par plusieurs systèmes polonais et européens. Depuis 1979, la partie biélorusse de la forêt est protégée par l’ " Unesco world Heritage ", cette protection s’est étendue à la partie polonaise de Bialowieza en 2014. Depuis 2004, l’entièreté de la forêt est également un site Natura 2000. C'est un réseau écologique pour la conservation des animaux sauvages et de la flore ainsi que des habitats naturels dans l’UE.

Le Parc National Bialowieza a été créé en 1921 et fait 105 km², il s’étend sur la partie polonaise de la forêt. En dehors du parc, ce sont environ 121,8km² qui ont été déclarés Réserve naturelle. Le parc est également sur la liste des Réserves mondiales de la Biosphère.

Bialowieza menacée

Malgré toutes les mesures de protection prises pour tenter de conserver la biodiversité de la forêt, elle est tout de même menacée par l’abattage excessif des arbres.

Récapitulatif : la forêt est constituée de trois districts. En 2012, le ministre de l’environnement approuve le " Forest Management Plans " pour ces trois districts. Ce plan limite les déracinements d’arbres à 48 500 m³ par an, en moyenne, pour les dix prochaines années, tout en protégeant les arbres de plus de 100 ans, en respectant le site de Natura 2000 et en assurant les besoins locaux en bois.

Seulement, depuis l’approbation du plan, les districts ne l’ont pas complètement adopté et respecté. Ainsi, 4 ans après, un des districts a déjà atteint sa limite d'abattage et les deux autres le rejoindront bientôt. La raison exprimée par le Ministère de l’environnement ? La recrudescence d’insectes ravageurs, des scolytes pour être plus précis, qui attirés par les bois morts ou âgés pour s’y reproduire et s’en nourrir, mettraient le site en péril ce qui nécessiterait un abattage massif. Or ces insectes existent depuis toujours et contribuent même à l’écosystème. En effet, les bois morts ou âgés permettent de diversifier la forêt par l’apparition de champignons qui accélèrent leur décomposition. Des insectes inévitables et indispensables donc.

Alors pourquoi vouloir se débarrasser de ces insectes ? Car un arbre en décomposition ne vaut plus rien. Donc l’arbre est coupé avant de mourir ou peu de temps après pour éviter qu’il ne pourrisse.

En janvier dernier, des centaines d'écologistes ont manifesté en Pologne contre l’abattage potentiel de milliers d’arbres. Selon eux, la recrudescence des parasites serait un prétexte pour récupérer du terrain constructible. Une pétition en ligne a même été lancée pour tenter de sensibiliser la population à la problématique.

Exploitation forestière multipliée par 8

Pourtant, l’augmentation de l’abattage a conduit à une proposition de modification du " Forest Management Plan 2012-2021 ". Elle inclut une exploration forestière multipliée par huit par rapport à celle du plan original de 2012 et ne garantit pas la protection des arbres de plus de 100 ans.

Les autorités forestières se justifient en affirmant que l’abattage est nécessaire pour protéger la forêt d’une présence plus importante des scolytes et des risques de feux de forêt.

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