A Votre Avis : "Le Pacte va diminuer les savoirs", estime Laurent Henquet

Le Pacte d'excellence fait toujours débat. L'opposition, représentée par le député MR et ancien directeur d'école Laurent Henquet, conteste les mesures prises et qualifie l'idée du tronc commun jusque 15 ans comme une erreur fondamentale, comme l'avait fait Willy Borsus dans Matin Prem1ère. Du côté des profs, on signale des points positifs mais l'opinion est plutôt contraire, et on estime ne pas avoir été assez consultés, selon une enseignante présente dans le public.

Le constat ne date pas d'hier : le niveau des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles est bas, trop bas. À chaque fois, on prend en exemple les pays scandinaves et nos voisins flamands. Pourtant, note Dominique Lafontaine, docteure en sciences de l'éducation à l'Ulg, l'écart entre l'enseignement flamand et l'enseignement francophone a diminué de moitié depuis 2000. Malheureusement, c'est dû à une baisse du niveau au nord du pays, pas à une hausse côté francophone.

Les entreprises elles-mêmes constatent une baisse de niveau chez leurs jeunes

Et c'est ce que constatent aussi les entreprises, en la personne d'Olivier De Wasseige, administrateur délégué de l'Union Wallonne des entreprises. Selon lui, les entreprises disent régulièrement que le niveau des jeunes qui arrivent chez eux a baissé : "Nous avons besoin, dans les notions de base, en français, en math, en langues... de têtes bien faites, et on constate qu'on n'a régulièrement pas ce qu'on veut. Certains ne comprennent pas un manuel d'utilisation, d'autres ne savent plus faire une règle de trois, donc ce sont des constats qui nous alarment fréquemment. Notre message est de dire qu'on doit garder un focus important sur ces matières de base, parce que quand on a une tête bien faite, après on peut lui donner beaucoup plus facilement une formation qualifiante.

Pour Karim Djaroud, enseignant en sciences et secrétaire de l'association 1Pact, qui s'oppose au Pacte d'excellence, on est trop laxiste et on laisse passer en deuxième secondaire des gens qui n'ont réussi dans aucune matière. Il déplore le manque d'accompagnement des enfants chez certains parents, qui ne contrôlent pas si leurs enfants ont fait leurs devoirs et les laissent jouer à la console tout le weekend. Pour lui aussi, le niveau a baissé en général, même si certains gardent un très bon niveau.

Malgré ces "accusations" de laxisme, Dominique Lafontaine tient à rappeler que nous avons, en Belgique francophone, les taux de redoublement les plus élevés: 50% des élèves ont doublé une fois avant d'avoir atteint l'âge de 16 ans. L'Espagne vient juste après, avec seulement 30%. La différence est énorme, et elle précise donc qu'on ne peut pas dans tous les cas taxer de laxisme.

"Le Pacte va diminuer les savoirs de base"

L'accusation est lancée par Laurent Henquet, député MR. Pour lui, si le nombre d'heures données en primaire reste le même alors que le Pacte veut ajouter "trois heures de manipulation", il y a un problème et la Ministre va devoir supprimer quelque chose. "Je conteste donc l'avis de la ministre qui dit qu'elle va renforcer les savoirs de base. Pour moi, elle va les diminuer", assène Laurent Henquet. Il ajoute également qu'il est très bien, en théorie, de remettre les langues dès la troisième primaire mais, vu la pénurie chez les professeurs de langue, il sera selon lui difficile de mettre cela en place. Enfin, alors qu'Olivier De Wasseige insiste aussi, dans les savoirs de base, sur le savoir-être (travailler en équipe, respecter les autres, avoir une notion de responsabilité...), Laurent Henquet craint une augmentation des inégalités: "Une étude flamande montre que si on veut diminuer les inégalités, il faut que tous les enfants maîtrisent les savoirs de base au sortir du primaire (compter, lire, écrire), au risque d'être préjudicié pour la suite du parcours scolaire voire professionnel", avance le député MR

Marie-Martine Schyns n'est évidemment pas d'accord avec ces jugements. Face à l'intervention d'une spectatrice, selon laquelle un tronc commun élargi ne tiendrait pas compte des spécificités de chaque enfant, la Ministre de l'Enseignement obligatoire réagit: "Le tronc commun plus ouvert, c'est à partir des primaires, avec des langues un peu plus tôt parce qu'on sait que c'est très important. Il renforce les savoirs de base au début, et qui s'ouvre progressivement, parce que les intelligences des enfants sont plurielles. On peut arriver à mixer ces intelligences pour faire en sorte que les enfants qui sont 'différents' puissent trouver dans le tronc commun ce qu'il n'y a pas aujourd'hui."

La taille des classes est également jugé comme un obstacle à la bonne qualité de notre enseignement. Laurent Henquet affirme avoir entendu parler d'une classe accueillant 47 élèves. Le nombre ne plait pas non plus à Marie-Martine Schyns, qui ouvre le débat avec son opposant et précise que le décret qui règule la taille des classes n'est pas tabou et peut-être revu. Car des aberrations, il y en a, pointe Laurent Henquet: "En primaire, on peut monter jusqu'à 25,26, 27 élèves dans une classe, alors qu'on retombe à 24 en première secondaire". Pourtant, nous ne serions pas là les pires élèves de l'OCDE : la moyenne est de 25 élèves par classe, contre 22 chez nous, selon les chiffres donnés par Dominique Lafontaine. Malgré tout, Laurent Henquet veut aller plus loin et limiter plus drastiquement le nombre d'élèves par salle de classe. Il faudrait par exemple réduire à quinze le nombre d'enfants par classe de maternelle. 

Enfin, du côté des professeurs, on a surtout l'impression de ne pas avoir été assez écoutés, malgré les affirmations contraires de Marie-Martine Schyns: "On ne sent pas respectés dans notre métier, car nous ne sommes pas écoutés au niveau ministériel. Nous sommes 100 000 enseignants, on consulte ce samedi seulement 100 personnes. Pourquoi ne pas faire comme dans les pays nordiques où ils avaient interrogé l'ensemble des enseignants lorsqu'ils ont entrepris leurs nouvelles réformes?", s'indigne une spectatrice présente en studio. La Ministre rétorque qu'il y a eu des possibilités d'expressions, à différents endroits, dans des rencontres grands publics et bien en amont, quand tout le monde n'était peut-être pas encore conscient de l'importance de ce qui était en train de se passer. "Il y a eu énormément de moments participatifs où, c'est vrai, il n'y a pas eu toujours énormément de participants, donc on en a pris note, et c'est pour ça que la participation va continuer, c'est aussi pour ça que vous êtes tous ici aujourd'hui, et qu'on a l'occasion de se rencontrer dans d'autres lieux", indique Marie-Martine Schyns, qui aura donc l'occasion de rediscuter de tout cela ce samedi 20 janvier, date à laquelle est programmée une journée de consultation citoyenne, baptisée "journée de consensus".

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