A Votre Avis : "Le gouvernement s'engage à sortir 380 000 personnes de la pauvreté"

Alors que l'opération Viva For Life commence ce weekend, l'émission A Votre Avis avait choisi elle aussi le thème de la pauvreté pour son désormais traditionnel débat du mercredi soir. Un débat riche avec des témoignages poignants et une promesse de David Clarinval, qui représentait le MR sur le plateau : le gouvernement veut sortir 380 000 personnes de la pauvreté. 

Le chef de groupe MR à la Chambre a avancé cette annonce très tôt dans l'émission: dès les premières minutes, il explique que sortir ces 380 000 personnes de leur situation précaire fait partie de l'accord de gouvernement. Il précise même deux mesures qui vont aider à atteindre cet objectif : créer de l'emploi bien sûr, mais également augmenter toute une série d'allocations, notamment les plus basses, et augmenter les plus faibles revenus via les diminutions d'impôts et des cotisations sociales pour ces revenus-là. Il en profite d'ailleurs pour rappeler que le tax-shift instauré par le gouvernement avait cet objectif : "Les chiffres le montrent, le tax-shift bénéficie en premier lieu aux plus bas salaires. Cela leur amène 100 euros en plus par mois". Le gouvernement de centre-droite tente donc, à travers David Clarinval, de montrer qu'il ne s'intéresse pas uniquement aux rentier, indépendants et grosses multinationales.

J'ai 43 ans et je suis à charge de mon fils

Il faut dire que les témoignages des deux femmes qui sont intervenues en tout début d'émission ont de quoi donner envie d'agir. Le sous-titre peut paraître racoleur, et pourtant, c'est la vérité. Murielle, ancienne militaire qui souffre aujourd'hui de problèmes de dos et n'arrive pas à trouver un emploi, n'a plus droit au revenu d'intégration sociale et ne touche donc plus rien. 0 euros, 0 centimes. "Je n'ai plus de dignité. Psychologiquement, je suis anéantie, n'ayons pas peur des mots forts. J'ai toujours eu l'habitude d'être indépendante dans ma vie et je me retrouve, à 43 ans, à vivre chez mes parents, et à dépendre financièrement de mon fils. Me retrouver avec 0 euros, c'est pas une vie. Après toutes les démarches que j'ai déjà entreprises, je ne sais plus quoi faire, je n'ai plus aucun espoir à l'heure actuelle", explique Murielle, la voix tremblotante. Aujourd'hui, Murielle ne rentre dans aucune case, le CPAS ne peut même plus l'aider. Elle n'en veut à personne mais elle constate tout de même que certaines personnes sont beaucoup moins impliquées que d'autres pour aider les personnes en difficulté. "Je suis allée au CPAS il y a deux semaines, l'assistante sociale m'a dit qu'elle n'avait plus ouvert mon dossier depuis février", déplore-t-elle. 

Eric Massin, député PS, veut justement prendre le taureau par les cornes et trouver un moyen d'aider ces personnes qui se trouvent dans des zones d'ombres et ne peuvent pas être aider. Il faudrait, selon lui, trouver une solution pour que, dans ces cas-là, on puisse les aider même s'ils ne rentrent pas dans les conditions requises. On rentrerait alors dans l'individualisation des droits, et c'est une piste que l'on pourrait creuser, estime le député socialiste. 

Le revenu moyen augmente, mais la pauvreté aussi

C'est parce qu'on utilise le mauvais indicateur selon Etienne de Callataÿ, économiste et professeur à l'Université de Namur : "Si vous avez la tête dans un frigo et les pieds dans un four, en moyenne la température sera agréable. Pourtant, on ne souhaite à personne de vivre cette situation. Pour les salaires, c'est la même chose : parler de la moyenne du salaire ou du pouvoir d'achat pour aborder la pauvreté, ça n'indique pas grand chose". Par ailleurs, l'économiste estime aussi que les changements au sein de notre monde globalisé ont un impact sur la pauvreté chez nous : l'extrême pauvreté dans des pays comme la Chine, l'Inde ou d'autres pays émergents a diminué, et nous devons nous en réjouir puisque ce sont des citoyens comme nous, mais cette réduction s'est accompagnée dans le même temps d'un accroissement des inégalités et de la pauvreté au sein des pays qui avaient, auparavant, la chance d'être riches. 

Les jeunes, premiers touchés?

Les chiffres apportés par Philippe Noël, le président du CPAS de Namur, sont plutôt alarmants en ce qui concerne la situation financière des jeunes de notre pays: "Aujourd'hui, selon les statistiques pour l'année 2016, 36% des gens qui bénéficient du revenu d'intégration sociale sont des jeunes de moins de 25 ans. C'est un signe très très clair qu'on est dans un basculement complet, la précarité arrive dès le plus jeune âge", affirme Philippe Noël. Le président du CPAS namurois explique notamment que ce sont des jeunes qui sortent parfois très vite des études pour tenter d'être très vite sur le marché de l'emploi, mais n'arrivent pas souvent à stabiliser leur emploi. Ils se dirigent alors vers les CPAS pour suivre des formations, obtenir des diplômes, qui vont leur permettre de stabiliser leur emploi. 

Le prix du logement, l'une des causes

C'était l'un des points les plus plébiscités dans les sondages réalisés par A Votre Avis avec l'application Ekho : le logement coûte cher. Pour une famille mono-parentale avec de faibles revenus, payer le loyer signifie déjà perdre la majeure partie de ces revenus et donc devoir joindre les deux bouts avec le peu qu'il reste. Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, explique que ces gens vivent à flux tendus. Le moindre imprévu peut causer de sérieux problèmes. Et le logement est pour elle la cause la plus importante des difficultés financières de beaucoup de personnes: c'est, selon elle, ce qui est mentionné en premier par toutes les personnes qui viennent la voir. 

Pour remédier à cela, Étienne de Callataÿ a une solution: il faut instaurer des politiques qui augmentent l'offre de logements, pour éviter la pression sur les prix. Par ailleurs, il faudrait prendre en compte le poids réel du logement sur les revenus d'un ménage au moment de calculer l'indexation automatique des allocations sociales et des salaires. "Aujourd'hui, il représente 6% dans l'indexation automatique. Or, on sait que pour beaucoup de familles, ces 6% sont dérisoires."

Retrouvez les meilleurs moments ainsi que l'intégrale du débat sur la page Auvio de l'émission

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