A Votre Avis: "Certaines personnes ne connaissent pas la signification du mot non"

Pour son désormais traditionnel débat du mercredi soir, A Votre Avis se penchait cette fois sur le harcèlement. Un débat riche grâce aux interventions de personnalités politiques et publiques, mais aussi et surtout grâce au témoignage de plusieurs femmes victimes de harcèlement. 

Un collègue politicien m'a demandé qui j'avais sucé pour avoir ça

Parmi elles, Yasmine, étudiante en communication. Membre de l'association Touche pas à ma pote comme Béatrice Ercolini, elle aussi présente en studio, Yasmine subit souvent des insultes sexistes en rue. Mais, surtout, elle a été victime d'une agression physique il y a un an. "On me traite de salope, de pute... Sans compter les 'Est-ce que je peux avoir ton numéro?' Quand je dis non, ça part en injures. Ça peut être des adolescents de 15 ans tout comme des adultes. C'est bien simple, aujourd'hui, je suis venu avec mes clés en main, prête à donner un coup avec si quelqu'un m'approchait." Car, pour Yasmine, une fois qu'on a été agressée, ça reste à vie : on ne s'en défait pas et même les gens qui ont de bonnes intentions peuvent paraître louches.

Pour Assita Kanko, conseillère communale MR à Ixelles, certaines personnes ne connaissent tout simplement pas la signification du mot "Non". Selon ses dires, elle a déjà subi des remarques sexistes en entreprise, mais aussi au sein du monde politique: "Lorsque j'ai accordé une interview au Standaard et que je me suis retrouvée en première page, un collègue politicien m'a demandé qui j'avais sucé pour avoir ça". Arguant qu'elle avait déjà reçu des excuses entre-temps, Assita Kanko a tout de même précisé que ça ne servait à rien de diffuser son nom sur le plateau.

Cécile Djunga, humoriste et miss météo à la RTBF, a elle aussi subi du harcèlement, le phénomène étant augmenté par sa couleur de peau : en plateau, elle donne quelques exemples de messages qui lui sont parvenus, lui reprochant notamment le fait de ne pas être une présentatrice "purement belge", l'invitant à aller présenter la météo "dans son pays". Elle explique aussi en fin d'émission que certains amis lui ont fait remarquer, non sans une note d'humour, qu'un de ses bulletins météo s'est retrouvé sur des sites pornographiques. "Ça ne m'a pas du tout fait rire, surtout en voyant les messages assez explicites postés sur ces sites. Même si ce sont des amis qui m'ont signalé ça en jouant la carte de l'humour, ce genre d'humour, à un moment donné, c'est juste blessant, humiliant, et il faut le dénoncer", estime Cécile Djunga.

Toutes victimes, (presque) aucune plainte

Les chiffres mentionnés par la ministre des Droits des Femmes Isabelle Simonis sont clairs, nets et précis : 98% des femmes seraient victime de harcèlement, mais seulement 3% portent réellement plainte. Il faut donc essayer de combler le creux entre ces deux chiffres. Béatrice Ercolini, fondatrice de l'association Touche pas à ma pote, note tout de même une augmentation des plaintes : selon ses chiffres, 72 plaintes auraient déjà été enregistrées en juillet pour l'année 2017, alors que le total de l'année 2016 atteignait 96. Assita Kanko tient d'ailleurs à défendre les corps de police, parfois accusés de ne pas accorder assez d'importance à ces plaintes, alors qu'ils font, selon elle, un travail remarquable et essentiel. 

Toujours sur ce point de la justice, Charlotte Fosseur, procureur du Roi de Division à Dinant, rappelle, à propos de la pratique du sexting (s'échanger des messages et/ou photos à caractère sexuel, ndlr) que le fait de diffuser des photos d'une personne sans son accord est une infraction, même si la prise des photos a eu lieu avec son accord.   

Imposer l'éducation sexuelle 

Face à ces problèmes de harcèlement et de sexisme, on explique souvent qu'il y a un manque d'éducation. C'est justement l'une des solutions avancées par Isabelle Simonis: "Il y a une priorité sur laquelle je travaille depuis plusieurs mois, si ce n'est années, c'est d'imposer une éducation à la vie sexuelle, affective et relationnelle dans tous les établissements, avec une garantie de contenu et de qualité. Je veux vraiment que chaque étudiant, ado, puisse recevoir ce cours", espère la ministre. 

Va-t-on enfin avancer dans le débat de la lutte contre le sexisme? Si aucun "porc" n'a été nommément "balancé" ce mercredi soir dans A Votre Avis, l'émission a donné la parole à plusieurs femmes, qui ont pu partager leur #metoo, leur expérience du harcèlement, propre à chacune mais vécue par quasiment toutes les femmes aujourd'hui. 

Retrouvez dès à présent tous les meilleurs moments de l'émission sur la page Auvio d'A Votre Avis. 

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