A travers ses chantiers, le Qatar veut restaurer son image internationale

A travers ses chantiers, le Qatar veut restaurer son image internationale
5 images
A travers ses chantiers, le Qatar veut restaurer son image internationale - © Tous droits réservés

Le puissant état du Golfe persique est un des pays les plus riches du monde, mais le sort des ouvriers n’y est pas vraiment enviable. Les règles sur les chantiers semblent néanmoins évoluer sensiblement. Reportage en marge de la mission économique belge actuellement sur place.

La princesse Astrid est en mission économique jusqu’au 27 mars dans la péninsule arabique, en compagnie de près de 250 entreprises et fédérations professionnelles belges. Avant de s’envoler ce lundi pour les Emirats arabes unis, la délégation belge aura passé deux jours au Qatar.

Ce pays est régulièrement dénoncé par des ONG voire par certaines autorités publiques et politiques internationales pour les conditions de travail réservées aux ouvriers présents sur les innombrables chantiers de ce territoire en plein essor. Les sources divergent, mais plusieurs centaines voire plus d’un millier de travailleurs y auraient perdu la vie ces dernières années.

L’organisation de la Coupe du monde de football en 2022 n’est évidemment pas étrangère à l’accroissement du nombre de chantiers ouverts, mais aussi au regain d’attention dont le Qatar fait l’objet. Et ces polémiques embarrassent ce richissime émirat. "Le Qatar est très sensible à son image internationale, et veut à tout prix redorer son blason", confirme Christophe Payot, ambassadeur de Belgique à Doha.

La firme belge Besix est présente depuis un demi-siècle dans le Golfe persique. On ne compte plus les bâtiments, routes ou ports qui portent la griffe de ce géant de la construction. Chiffre d'affaires prévu cette année rien qu'au Qatar : 350 millions d'euros...

Aujourd’hui, l’entreprise est active sur cinq grands chantiers, dont la rénovation du stade national, à Doha, qui doit atteindre près de 60 000 places. Objectif : Coupe du monde, bien sûr.

"Les conditions de sécurité que nous appliquons ici sont au moins équivalentes à celles en vigueur sur les chantiers belges", prétend Pierre Sironval, le patron de Besix pour tout le Moyen-Orient. "La preuve : depuis le lancement des travaux, nous n’avons eu aucun accident grave à déplorer".

Evolution sensible, loin des normes européennes

Direction Shahaniyah, au centre du pays, à 50 kilomètres environ de Doha, haut lieu des courses de chameaux. On est très loin ici du luxe ostentatoire de la capitale. Pas de palais aux alentours, mais une succession de "compounds", de "labour camps", des lotissements pour ouvriers originaires d’Inde, du Bangladesh, du Népal ou d’autres pays pauvres d’Asie, venus chercher une moins grande misère. Leur salaire de base avoisine les 200 dollars mensuels, plus "le gîte et le couvert".

On perçoit à Shahaniyah l’évolution, limitée, qui s’opère au Qatar. Le pays veut restaurer son image écornée, et les entreprises étrangères souhaitent éviter les dégâts collatéraux susceptibles d'entacher leur réputation.

Au bord de la route de terre défoncée s’enchaînent entreprises de construction, zones de stockage de matériel et ces fameux lotissements. Les plus anciens sont constitués de modules préfabriqués en structures légères. Les ouvriers y sont parfois encore entassés.

Les plus récents, comme celui où Besix accueille près de 1700 ouvriers répondent à des normes plus strictes. "Avant on comptait 4m² par ouvrier, et on pouvait les rassembler dans des dortoirs", explique Pierre Sironval. "Désormais, nous sommes une des premières entreprises à répondre aux nouveaux cahiers des charges plus sévères. Chaque ouvrier dispose de minimum 6m2, et les chambres comptent 4 lits maximum. Nous travaillons avec une grande chaîne de restauration collective, dans le respect des habitudes alimentaires de notre personnel. Nous dispensons aussi quelques formations à ceux qui le souhaitent, notamment des cours d'informatique".

Les murs sont colorés, la verdure y a trouvé sa place, mais le confort reste sommaire. C'est plus un camp d'accueil qu'un petit village artificiel. Au détour de la visite, nous croisons un représentant de la communauté indienne : "Nous sommes bien ici. Les chambres sont plus grandes, il y a des activités sportives, une bonne cantine. Les gens sont contents", prétend cet homme parti loin des siens paradoxalement pour améliorer leur quotidien. "L’entreprise a fait des efforts. D’ailleurs, des travailleurs d’autres sociétés voudraient nous rejoindre".

Clairement, la parole de cet homme au visage trop vite vieilli n’est pas totalement libérée, un peu étouffée par la peur d’en dire trop. Mais la comparaison des zones de logements est toutefois objectivement révélatrice. Il reste beaucoup à faire pour ces cols bleus aux origines variées et aux objectifs semblables, mais les lignes bougent un peu.

Les nouvelles normes seront un jour coulées dans un vrai cadre légal, mais Besix fait partie des entreprises qui ont décidé de les appliquer sans attendre. On est évidemment ici très loin des standards européens. Mais dans un pays où le sort des plus faibles ne faisait pas partie des priorités, tout évolution, même marginale, est un gain social précieux.

@RudyHermans

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK