A Paris, l’immobilier est devenu inaccessible pour la classe moyenne

Si l’immobilier est de plus en plus cher chez nous, ce n’est rien comparé à la capitale française. En cinq ans, on note une hausse de 25% et le prix au mètre carré dépasse à présent les 10.000 euros. Mais il s’agit là d’une moyenne pour l’ensemble des vingt arrondissements, ce qui signifie que les prix sont encore bien plus élevés dans les plus beaux quartiers. Voilà qui rend aujourd’hui la ville lumière, de plus en plus inaccessible. Nous sommes allés sonder le marché parisien.

Nous commençons notre visite dans un quartier plutôt chic de Paris où le directeur adjoint d’un cabinet immobilier, Victor Decoha, nous fait visiter un appartement à louer. Sa superficie, respectable pour le marché parisien, comporte un séjour et une cuisine avec un petit espace pour prendre un petit-déjeuner, ce qui, aux dires de notre expert, est très rare pour un appartement de 65 m2. Nous visitons aussi sa petite salle de bains et sa chambre avec dressing.

Prix et délai de réflexion

"Un appartement de cette taille dans ce quartier est loué au prix de 2300 euros, charges comprises", précise Victor Decoha. S’il y a intérêt, la décision doit être prise rapidement car ce type de bien, destiné à un couple sans enfant ou à une personne seule, est loué en une dizaine de jours. "J’ai une visite programmée sur ce bien pour quelqu’un qui habite à Dubai et qui vient à peu près tous les quinze jours à Paris". La valeur d’achat de cet appartement tourne, elle, autour des 800.000 euros (soit 12.500 euros le mètre carré).

Des chiffres qui donnent le tournis

Comme d’autres grandes villes du monde, Paris est de plus en plus cher, avec une particularité dont il faut aussi tenir compte : les immeubles anciens de type "haussmannien" sont même plus chers que les bâtiments neufs.

Michel Platero est le président de la Fédération nationale de l’immobilier du grand Paris. Il travaille dans le secteur depuis plus de 30 ans et constate qu’acheter aujourd’hui à Paris est devenu hors d’atteinte. "Quelqu’un qui gagne 10.000 euros nets par mois a déjà un salaire de ministre. Tout le monde ne gagne pas ça. Si cette personne n’a pas d’héritage ou d’apport financier supplémentaire et qu’il a une famille avec trois enfants, il peut seulement s’acheter un 53 m2. C’est dramatique".

Plus loin, au pied de la Tour Eiffel, nous avons même trouvé un studio de 30 mètres carrés à vendre au prix de 945.000 euros, soit 31.500 euros le mètre carré.

Une hausse des prix qui n’est pas prête à s’arrêter

En dehors de ces biens exceptionnels, c’est la galère pour tout candidat propriétaire dans la ville lumière. Les courtiers en prêts immobiliers sont face à une clientèle qui s’endette de plus en plus (380.000 euros en moyenne), et pour plus longtemps (sur 25 ou 30 ans). Cette hausse des prix, toujours croissante, a forcément des conséquences : "Certains bien exceptionnels de Paris vont continuer à flamber et le reste des achats d’habitat sera surtout réservé à ceux qui ont déjà un bien à vendre, car ils auront un apport financier pour pouvoir racheter. Mais le reste de la population, même avec de gros revenus, devra s’écarter un peu de Paris", explique Philippe Taboret, directeur général adjoint de CAFPI (Courtiers en prêts immobiliers).

Visite chez un notaire à Saint-Cloud, aux portes de Paris

Le notaire de cette étude a l’habitude de recevoir des Parisiens pour l’achat de biens. Les prix montent aussi dans ce secteur, ils sont un peu moins chers qu’à Paris mais les superficies restent petites. Le jour de notre visite, nous rencontrons Delphine Houdemont, présente pour acquérir un appartement de 45 m2 seulement. Nous l’accompagnons au moment où elle prend possession des lieux. Elle est ravie mais explique qu’elle a tout de même dû adapter son projet : "Ce n’est pas une vraie déception mais ce n’était pas notre projet initial. On a dû s’éloigner un peu alors qu’au départ on voulait acheter à Paris pour se rapprocher des amis et de notre travail, pour éviter les bouchons".

Autant d’exemples qui semblent démontrer que Paris devient un rêve de plus en plus inaccessible pour la classe moyenne, qui comme Delphine, doit désormais se contenter de l’admirer au loin, sans plus pouvoir y habiter.

Reportage de notre 19h30 de ce 27 février:

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