À Los Angeles, les arbres sont désormais plus polluants que les voitures

Selon une récente étude, les palmiers de Los Angeles sont désormais la principale source d'émissions de gaz polluants.
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Selon une récente étude, les palmiers de Los Angeles sont désormais la principale source d'émissions de gaz polluants. - © Yoav Aziz on Unsplash

On connaît tous ces images de Santa Monica, à Los Angeles, où de jeunes éphèbes font du skateboard accompagnés d’adolescentes en bikini qui trépignent d’aller faire tremper leur pédicure au gré du va-et-vient des vagues qu’envoie l’océan sur cette plage de sable fin. Pourtant, au regard de la pollution atmosphérique de cette ville du sud de l’État de Californie, les palmiers qui trônent de ce côté de la ville participent largement aux taux de gaz polluants que respirent les habitants, selon la conclusion d’une récente étude.

Des scientifiques californiens ont montré que les palmiers, arbres et autres végétaux seraient un facteur non négligeable d’émission de pollution aux aérosols. Il s’agit des particules fines, souvent attribuées à ce qui sort du pot d’échappement des voitures, comme le benzène et le toluène. Ces micropolluants qui mesurent moins de 2,5 micromètres de diamètre ont la capacité de se loger dans les poumons d’un être humain et donc d’impacter sa santé, notamment en provoquant des problèmes respiratoires.


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La lutte de cette ville contre la pollution

Pourtant, Los Angeles, et plus largement la Californie toute entière fait figure d’exemple depuis quelques années en matière de pollution. À coups de lois strictes sur les émissions des véhicules, les niveaux d’aérosols rejetés ont été largement réduits. Ils auraient d’ailleurs diminué de moitié entre 1999 et 2012. Et aucun taux de pollution alarmant n’a plus été détecté dans la ville depuis 2016.

Toutefois, les scientifiques qui calculent les niveaux de microparticules dans cette métropole américaine ont constaté que les niveaux particules présentes dans l’air restaient interpellants lorsque le mercure s’élevait au-delà des 37°C. Dans ces cas-là et malgré un taux particulièrement bas le reste du temps, la qualité de l’air dépassait fréquemment le seuil national de qualité de l’air ambiant.

"Il y a 20 ans, la qualité de l’air à L.A. violait chaque jour les normes sanitaires. Aujourd’hui, cela ne survient plus que les jours chauds", a déclaré Ronald Cohen, un spécialiste de chimie atmosphérique qui a réalisé une étude qui prouve l’efficacité des lois antipollution de la ville sur la pollution atmosphérique. Il s’est pourtant interrogé sur les raisons qui faisaient que la pollution revenait de plus belle à chaque fois que les températures s’élevaient.


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Les arbres, de faux amis ?

D’abord, il s’est intéressé à d’autres sources de pollution, comme les produits ménagers ou les cosmétiques. Le lien entre la température élevée et l’augmentation du taux d’aérosols l’a rapidement fait écarter cette hypothèse, relate le magazine spécialisé Sciences et Avenir.

Rapidement, il a constaté que, contrairement aux polluants issus des cosmétiques, les arbres présentaient de leur côté un taux variable d’émission de produits chimique à mesure que la température augmente. Ces éléments, lorsqu’ils sont rejetés par les végétaux se combinent avec d’autres particules contenues dans l’air, notamment les oxydes d’azote issus de la pollution des voitures et de l’agriculture, pour former à leur tour des aérosols. Résultat, ce type de pollution issu de la combinaison de particules naturelles et polluantes peut générer des irritations aux yeux et aux poumons des habitants par fortes chaleurs.


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Mais alors que pointer du doigt ? Les chercheurs ont compté quelque 18 millions de palmiers mexicains et de chênes. À eux seuls, ces nombreux arbres seraient responsables de 25% des émissions d’aérosols de la ville, nettoyée de ceux rejetés par la pollution automobile.

Quelles solutions ?

Mais alors, une fois que les autorités d’une ville ont nettoyé les rues des polluants liés aux véhicules automobiles, y a-t-il une solution pour préserver les yeux et les poumons des citoyens de particules néfastes issues des arbres lorsque la chaleur grimpe ? En tout cas, Ronald Cohen ne suggère pas d’abattre les arbres. "Je ne suggère pas que nous nous débarrassions des végétaux", a-t-il déclaré.

Il estime que le choix des arbres planté doit se faire de manière plus judicieuse. "Il vaudrait mieux que les gens qui envisagent de planter à grande échelle choisissent des arbres à faibles émissions au lieu d’arbres à fort taux d’émission", plaide-t-il. Alors hors de question de tout couper, d’autant que les arbres sont de formidables sources d’oxygène. Il encourage par contre à diversifier les plantations. On sait par exemple que l’if commun, le tamaris à petites fleurs ou le pin sylvestre ne rejettent pratiquement pas d’isoprène.

Cette végétation mature modèle le paysage urbain et aide à rendre la ville plus vivable

Dans une étude de l’Université de Berlin publiée en 2017, ce genre de conclusion avait déjà été posée, notamment via l’observation des taux d’isoprènes, jusqu’à dix fois plus importants dans les zones boisées de la capitale allemande par forte chaleur. Ainsi, l’équipe de chercheurs avait conclu que, lors de l’été caniculaire de 2006, 60% de l’ozone relevé à Berlin était issu par le biais de l’isoprène végétal.

Le professeur Rob MacKenzie, qui étudie les sciences atmosphériques à l’Université de Birmingham, en Grande-Bretagne, avait commenté cette étude en précisant que "ce ne sont pas les arbres qui polluent, c’est le trafic automobile". Il indiquait que les particules rejetées par les végétaux n’étaient pas néfastes seules mais c’était leur combinaison avec le rejet des voitures qui les rendaient mauvaises pour l’homme.

"Il ne faut pas pour autant abattre les grands arbres sains pour les remplacer par d’autres espèces. Cette végétation mature modèle le paysage urbain et aide à rendre la ville plus vivable", avait conclu ce scientifique anglais. Les arbres ont donc encore de beaux jours, même au milieu de nos villes mais ces découvertes permettront peut-être de planter de manière plus responsable.

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