A l'université en anglais: atout ou illusion pédagogique?

Un cours de chimie en anglais
Un cours de chimie en anglais - © RTBF

Suivre ses études en anglais sans quitter la Belgique, c’est une réalité pour de plus en plus d’étudiants. Le décret Paysage (du 7 novembre 2013) précise que les établissements d’enseignement supérieur peuvent proposer des cours en anglais ou dans une autre langue, jusqu’à 25% du programme en bac et jusqu’à 50% en master. Des dérogations sont possibles pour organiser la totalité du master dans une autre langue lorsque le programme a une visée d’excellence dans un domaine spécifique ou un caractère international. En pratique, on trouve aujourd’hui plus de 130 masters organisés partiellement ou totalement en anglais en Communauté française.

Une plus-value pour leur futur métier

Parfois, le master anglophone n’a pas d’équivalent en français. C’est le cas par exemple pour le master 1 en chimie de la faculté polytechnique de l’ULB. Nous y avons rencontré les étudiants. Ils sont une bonne vingtaine à fréquenter les cours, dont cinq belges francophones. Les autres viennent de la VUB ou de l’étranger.

Selon les étudiants interrogés, la maîtrise d’un anglais technique et spécifique à leur spécialisation constitue une plus-value certaine pour leur future insertion sur le marché du travail. Certains ont d’ailleurs choisi l’ULB pour cette raison. Ils apprécient également le caractère international de la classe et les rencontres avec des étudiants du monde entier. Des points positifs, malgré la plus grande difficulté à suivre les cours, du moins dans les premières semaines... Le temps, disent-ils, de s’habituer à la langue.

Moins d'échange pédagogique

Un tableau positif qui ne convainc pas Dan Van Raemdonck, vice-président du Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour lui, l’évolution en cours au sein des universités pose question. Selon lui, enseignants et étudiants ne sont pas à 100% de leurs capacités quand le cours se donne dans une autre langue : "Du coup, l’échange de réflexion ne se fait pas. Donc on devient très littéral. C’est un échange d’une information employable, pas d’une information réfléchie. Pour moi, c’est une perte de l’échange pédagogique". Dan Van Raemdonck invite les universités à réfléchir au sens et à la pertinence réelle de cette nouvelle tendance qui s'ancre dans un contexte de concurrence entre universités.

Incontournable dans certaines disciplines

Pour la vice-rectrice de l’ULB, Nathalie Vaeck, l’université étant de facto internationale, il est naturel que l’anglais puisse devenir la langue de communication commune dans certaines spécialisations, en particulier en informatique, en gestion ou en économie. "Dans certains domaines, explique-t-elle, il est clair que si nous n’avons pas de masters en anglais, nos étudiants qu’ils soient internationaux ou pas vont avoir des difficultés à connaitre le vocabulaire et la finesse qui va avec leur discipline". Un choix qui serait avant tout pragmatique en somme. Mais si l’anglais semble désormais bien implanté au cœur des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il faut préciser que certains masters privilégient d’autres langues, comme le néerlandais. Le français lui reste largement dominant. Et les francophones encore bien souvent unilingues.

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