A Bruxelles, "La Petite Ecole" trace sa route au-delà de toute frontière

Bruxelles : "La petite école" trace ça route aux au-delà de toutes frontières
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Bruxelles : "La petite école" trace ça route aux au-delà de toutes frontières - © Tous droits réservés

La Petite Ecole est un projet un peu fou, né de la volonté de certains professionnels de l’enseignement de fournir un accueil préscolaire aux enfants de migrants récemment arrivés chez nous. Une histoire atypique de ce qui est en train de devenir un véritable laboratoire pour l’enseignement du futur.

Toute cette histoire débute dans un parc d’Anderlecht en 2015, quand deux enseignantes amies, Marie Pierrard et Juliette Pirlet se baladent dans le parc de La Rosée à Anderlecht. Elles tombent sur un groupe de 200 migrants, Syriens pour la plupart, avec qui elles font connaissance. Très vite, les parents leur demandent : "Vous êtes profs, alors vous devez absolument enseigner le français à nos enfants".

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Marie et Juliette se sentent alors investies d’une mission. Elles font appel à la bonne volonté de leurs amis et lancent un appel succinct sur les réseaux sociaux: "Par souci de solidarité avec les familles de réfugiés syriens, l’asbl Red/laboratoire pédagogique lance un projet pilote : organiser, pour une courte période, une école éphémère dans le parc de la Rosée à Anderlecht afin de leur offrir une première approche du français. En accord avec la commune d’Anderlecht, des volontaires viendront animer des ateliers pluridisciplinaires chaque jour de la semaine du 3 au 14 août de 15 à 18 heures".

Les ateliers se déroulent dès le moins d’août, directement dans le parc, pour que ce soit plus facile pour les enfants. Sur 60 gamins, 58 seront scolarisés plus tard. Le projet est né, il faut continuer.

4 ans plus tard, et de nombreuses aventures, La Petite Ecole existe toujours et d’une façon plus structurée. Elle a trouvé un lieu, ouvert sur la ville, atypique comme le projet, elle est située dans une ancienne boutique en bord du quartier des Marolles, le long du boulevard du midi.

La Petite Ecole est un espace discret et accueillant qui propose une première expérience de l’école et de ses codes à destination d’enfants nouvellement arrivés sur notre territoire. Ce dispositif, "à la fois souple et structuré, permet aux enfants d’être disponibles aux apprentissages et d’entamer un véritable projet scolaire. C’est un lieu de transition vers l’école pour les enfants de l’exil, jamais ou peu scolarisés" explique Juliette Pirlet.

Les deux forces conjuguées, à savoir l’association de Marie et Juliette, Red_Labopedagogique, et le collectif Garcia Lorca s’activent comme ils le peuvent de façon 100% bénévole.

Les élèves ont entre 6 et 13 ans. Du lundi au jeudi, les cours de français sont dispensés le matin. Et l’après-midi, place aux activités créatives (art plastique, théâtre, psychomotricité, visite de musées, etc.). Le jeudi, cours d’arabe, de façon à ce que les petits ne soient pas déconnectés.

La Petite Ecole est entièrement gratuite et les enfants inscrits sont en ordre d’obligation scolaire.

Une petite école, mais un immense laboratoire pédagogique

La Petite Ecole c’est avant tout le projet de deux enseignantes expérimentées, Juliette Pirlet, licenciée et agrégée en sciences politiques et Marie Pierrard, licenciée et agrégée en histoire de l’art.

En 2010, elles avaient participé à la création de l’asbl Red/laboratoire pédagogique avec d’autres enseignants-chercheurs, autour deux questions : comment transmettre le savoir autrement et comment revendiquer le droit à la recherche en dehors de l’institution universitaire ?

En 2015, ces deux enseignantes voulaient répondre à un appel à projets dans le cadre des projets de la cohésion sociale pour créer une école de devoirs alternative et une bibliothèque à Anderlecht. Dans ce but elles sont allées à la rencontre des habitants et ont découvert le Parc de la Rosée. Elles décident de prendre en charge les enfants présents dans ce parc, recrutent des volontaires et reçoivent une autorisation de Bruxelles environnement pour utiliser les tables et bancs et occupent le terrain. Elles sont soutenues entre autres dans ce projet par Infor Jeunes Laeken pour l’orientation scolaire des enfants et de nombreux bénévoles se joignent au projet. Ce sera l’Ecole Ephémère.

Suite à l’expérience vécue au parc anderlechtois, elles décident alors en 2016 de pérenniser le projet et de créer la Petite Ecole.

"Notre initiative a pour but d’accompagner des familles dans leur approche de l’institution scolaire mais aussi de s’inscrire dans une perspective préventive du décrochage scolaire précoce. La Petite Ecole est un dispositif qui vise à amener ces enfants en douceur vers l’école pour éviter qu’ils n’en sortent trop vite. Soit parce qu’ils n’iront pas à l’école de manière régulière, soit parce que, étant donné leurs difficultés, ils seront hâtivement réorientés vers l’enseignement spécialisé. Il ne vise pas à remplacer l’école mais à la rendre possible en initiant ces enfants à la culture scolaire" explique Juliette.

La Petite Ecole sera développée autour de 3 axes principaux explique Juliette :

  • "Si l’enfant va mal, il n’apprendra rien. Il s’agit avant tout de favoriser l’apaisement indispensable à tout apprentissage, de créer un climat d’accueil, d’ouverture. La journée des enfants est structurée grâce à des rituels omniprésents, à une distribution stricte des rôles, au soin mis à élaborer un cadre cohérent à l’attention spécifique des enfants.
  • Les apprentissages passent d’abord par le corps, même celui de la lecture qui emprunte les mouvements de la bonne vieille méthode gestuelle. On joue à l’école, on mime l’école, tout est prétexte à apprentissage mais l’apprentissage se fait sans performance particulière attendue.
  • La sortie de la petite école est pensée dès l’arrivée de l’enfant, on se prépare à communiquer avec le système scolaire, on montre ce que l’enfant sait faire à travers des portraits qui racontent aussi ses compétences acquises, comme celle d’être berger à 8 ans déjà. On sensibilise les enseignants à porter un autre regard. On crée de nouveaux bords vers l’extérieur".

La Petite école, qui a d’abord fonctionné, de sa création en février 2016 à juin 2016, grâce à des enseignants bénévoles, est portée aujourd’hui par deux enseignantes mi-temps fournies par la Fédération Wallonie Bruxelles. Le reste de l’équipe soit trois temps pleins sont financés par les dons. La Petite Ecole des devoirs, ouverte en janvier 2017 est organisée par une volontaire supplémentaire. La Petite Ecole accueille 17 enfants à la fois (entre 20 et 25 enfants peuvent donc passer par la Petite école sur un an).

Ce jeudi 5 décembre, une bonne nouvelle est arrivée, la nouvelle ministre Caroline Désir, a annoncé un doublement du soutien soit 2 temps pleins. Mais l’avenir du projet reste incertain. "Notre but est à terme d'ouvrir une nouvelle case qui serait la prise en charge d’enfants dans une structure préscolaire qui prépare à l’entrée à l’école. Pour ces enfants qui arrivent on ne peut pas imposer de les mettre directement 8 heures par jour sur un banc, il leur faut un temps d’adaptation et notre projet est là pour ça" explique Juliette.

Jeudi soir, la Petite Ecole avait convié ses bénévoles et toutes les personnes qui soutiennent le projet à une soirée. "C’était l’occasion pour nous de vous présenter notre travail et de faire part de nos projets et aussi de nos besoins. En effet, si ce lieu existe depuis 4 ans c’est avant tout grâce au soutien des nombreux donateurs qui depuis le début ont cru en notre proposition" rappelle Juliette. La soirée, c’est terminé autour d’un verre "les bénéfices serviront à offrir un voyage scolaire aux enfants de la Petite Ecole à Pairi Daisa" conclu Juliette.

Si le projet vous intéresse, vous pouvez suivre les aventures cette école sur le son blog.

Le Délégué général aux droits de l'enfant était présent jeudi soir et il a écrit un texte très touchant sur son profil Facebook.

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