A Bruxelles, des machines à laver et des douches mobiles pour les SDF

C’est un après-midi sombre de décembre. Il tombe un méchant crachin. Il est 13h30. Comme chaque vendredi, la camionnette de l’association "Bulle" arrive à la gare du Midi. Ses clients, les SDF du quartier, sont au rendez-vous. C’est que dans la camionnette, il y a des machines à laver et des sèche-linge, rien que pour eux. C’est une wasserette mobile qui leur est réservée.

"Le concept vient d’Australie, nous explique Norma Douxchamps, cofondatrice et Présidente du conseil d’administration de "Bulle", nous avons eu l’idée de le transposer ici à Bruxelles. On était huit étudiants à travailler sur le projet. On était les premiers en Europe".

Et le projet répond à un réel besoin. Comment en effet faire sa lessive quand on est dans la rue ? Pour aller dans les wasserettes classiques, il faut payer et la plupart des usagers de "Bulle" n’ont pas d’argent. Grâce à l’association, il leur suffit de donner leur linge, qui sera lavé et séché pour eux, gratuitement.

Je me déshabille, je lave mes vêtements, puis je les remets 

Tamo, d’origine camerounaise, sans papiers, se déshabille. Il n’a pas assez de vêtements pour en changer. Alors, chaque semaine, il vient les donner pour le nettoyage. Une heure plus tard, il les récupère. "C’est un très bon système, nous confie-t-il, je suis quelqu’un de propre, donc je lave mes vêtements et ensuite je les remets".

C’est Meriem, une jeune femme, qui s’occupe de ses machines. Elle est nouvelle dans l’association, mais elle a déjà trouvé ses marques. Elle accueille gentiment les  clients", les rassure, les prévient quand leur linge est prêt. "Il faut surveiller le chrono. A la moitié du programme, on avance, parce qu’on n’a pas le temps de le laisser courir. L’objectif c’est de pouvoir faire en tout huit lessives et huit séchoirs".

"Avec du lait, du sucre ?", demande Martin, lui aussi au service de l’association, en tendant un café à un autre client.

Grâce à lessive, les usagers de Bulle peuvent aussi se confier, voire se faire aider. "C’est important pour eux d’avoir quelqu’un à qui parler, raconte Norma Douxchamps, ils nous racontent leurs problèmes et petit à petit, quand le lien social se crée, nous, on les oriente vers les services compétents".

Le linge et la douche

En face des machines à laver, il y a la douche. C’est une autre association, "Rolling Douche" qui les met à la disposition des SDF. Ce projet-là aussi est unique. Cette fois, l’idée vient de France et c’est tout simple : une douche dans un camion. Gustavo vient d’Uruguay. Sa demande d’asile a été refusée. Il vit dans la rue depuis trois ans et demi : "C’est bon de récupérer un peu de dignité. Ma lessive et ma douche, pour moi, c’est très important".

Mais qui sont-ils tous ces gens étiquetés SDF, sans domicile fixe ? Les profils sont aussi variés que les histoires individuelles. A la douche ce jour-là, il n’y a qu’une seule femme parmi les hommes. Elle ne parle pas, jamais.

"Il y a des jeunes comme des vieux, explique Alice Thirion de Rolling Douche, beaucoup de personnes sont sans papier, elles n’ont pas droit au logement, pas de travail, il y a aussi des gens qui ont des problèmes de toxicomanie, ou parfois simplement des problèmes familiaux et administratifs".

Pour manger, on fait les poubelles

La rue, c’est dur, et c’est violent parfois. Gustavo raconte : "C’est très difficile. L’hiver, c’est le froid et la pluie. Il y a beaucoup de voleurs. Pendant que vous dormez, ils prennent vos affaires, vos documents… Je n’ai pas encore été agressé physiquement, mais les agressions verbales, c’est tout le temps".

Tamo le Camerounais confirme : "La rue, c’est imprévisible. Jusqu’à présent, je suis encore là, mais c’est risqué. La nuit, je ne dors que d’un œil".

Dans la rue, il y a aussi des personnes désorientées. Comme cet homme d’un certain âge, un citoyen britannique. Tout en se rasant, devant le miroir accroché au camion de la douche mobile, il nous explique que depuis le Brexit, il est dans le viseur du gouvernement de son pays et qu’il a demandé l’asile en Belgique.

Et pour se nourrir, comment on fait ? "C’est le moindre de mes soucis, nous explique Talmo, il suffit de faire les poubelles devant les restaurants et les traiteurs. Si on n’est pas trop difficile, on trouve toujours quelque chose de mangeable".

Cinq couches de vêtements, plus la veste

Gustavo sort de la douche, "Tout propre et tout neuf", Tamo va récupérer ses habits, qui sortent tout chauds du sèche-linge : "Voilà, c’est tout propre. Je mets ma cravate, comme toujours. Je ne sors jamais sans ma cravate", ajoute-t-il en riant. Ensuite, sur sa chemise, il enfile une sorte de gilet sans manches, puis quatre pulls, un veston et une veste. Sur son bas de jogging, il passe un pantalon. Un bonnet vient compléter le tout. "Je mets toutes ces couches parce que je dors comme ça. Ça me sert de couverture. Je ne dors pas très loin d’ici". 

A 19 heures, les camionnettes s’en iront. Tant pis pour les retardataires, qu’il faudra calmer, à qui il faudra expliquer qu’il faut revenir la prochaine fois.

Malgré le Covid-19, les bénévoles et les travailleurs des deux associations n’ont pas arrêté. La pandémie de change rien à la vie des SDF. Enfin si, une petite chose, tous sont masqués, et les masques passent à la machine, comme le reste.

 

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