À 72 ans, Mohammed décoré pour avoir sauvé un enfant de la noyade

Mohammed Bahi, 72 ans
Mohammed Bahi, 72 ans - © RTBF - Anaïs Stas

"Je ne suis pas un héros. Je suis juste un humain", répète Mohammed Bahi. Du haut de ses 72 ans, le Namurois d'origine algérienne a été décoré pour acte de bravoure. Il a reçu la Médaille Civique de 1ère classe à l'hôtel de ville de Namur, mercredi soir, une des décorations les plus élevées pour récompenser un citoyen.  

"J'ai vu l'enfant, j'ai sauté"

Mohammed Bahi se rappelle avec émotion le jour où il a sauvé la vie du petit Romain âgé de deux ans et demi. C'était un jour de février 2014. Il se promenait sur le halage quand il a entendu crier. "Il y avait une dame âgée paniquée au bord de l'eau. C'était la grand-mère. J'ai vu quelque chose de petit dans l'eau. J'ai cru que c'était un chien qui se noyait. Puis j'ai compris que c'était un petit enfant. J'ai enlevé ma veste, avancé à son niveau, et j'ai sauté. Je l'ai déposé sur mon épaule. J'ai nagé doucement vers le bord. Les gens applaudissaient. Ils ont hissé l'enfant. L'ambulance, les pompiers sont arrivés".

Quatre mois en chaise roulante

Au moment de sortir de l'eau, les choses se compliquent pour Mohammed. Sous l'effet de l'adrénaline, il n'avait rien senti. Mais en sautant dans la Meuse, son pied a heurté un rocher dans le fond du fleuve. Il a le pied cassé. Les pompiers lui tendent une échelle, il s'agrippe et est à son tour hissé. Il passera quelques jours à l'hôpital et quatre mois en chaise roulante. La blessure n'a jamais totalement guéri. "Je vais bien. Je sais marcher. Mais j'ai toujours mal."

"J'ai agi en humain"

Mohammed ne peut retenir ses sanglots. "Je suis heureux, l'enfant est vivant. Vous savez ce qu'on dit, un enfant ça n'a pas de prix". Mohammed ne le sait que trop bien, lui, l'homme au comportement héroïque a perdu son fils. Il s'est noyé dans la Sambre pendant les fêtes de Wallonie.

Mohammed Bahi vient de recevoir une des distinctions les plus élevées pour récompenser un acte de bravoure et de courage. Lui, ne voit en son geste que le seul qui était possible: "J'ai agi en humain".

Une vingtaine de décorations par an

Chaque année, en moyenne une petite vingtaine de personnes sont décorées à travers toute la Belgique pour acte héroïque, essentiellement des policiers.

Les simples citoyens sont rarement décorés. Leur acte de bravoure doit être connu et reconnu des autorités. C'est la commune sur laquelle les faits se sont déroulés qui doit introduire une demande de décoration. Le processus administratif est long. La demande doit être approuvée par le gouverneur. Elle est ensuite transmise au service du protocole du SPF Intérieur. Elle analyse les demandes et propose une médaille en fonction de l'importance de l'acte de bravoure. Cette proposition est ensuite transmise au Roi pour approbation/signature.

Dans la province de Namur, avant Mohammed Bahi, la dernière commune a avoir entrée une demande de décoration était Dinant en 2005. Ce n'est pas pour autant qu'aucun Namurois n'a été décoré ces dernières années. Certains ont pu l'être sur le sol d'autres communes. Par exemple, cette année, deux demandes de décorations ont été entrées pour des Namurois, l'une pour un policier en fonction sur une autre commune, l'autre, pour un simple citoyen lors de ses vacances en Italie. En 2017, deux demandes ont également été soumises par le Brabant Wallon.

Il existe 5 médailles pour récompenser les actes de bravoure de citoyen. La décoration la plus importante, la Croix civique de 1ère classe, n'est attribuée qu'à des citoyens qui ont perdu la vie lors de l'acte de bravoure. Dans le cas de Mohammed, les autorités ont pris en compte qu'il n'avait pas hésité à risquer sa vie pour sauver l'enfant, et qu'il a été blessé.

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