75 ans de la libération d'Auschwitz : le train, les travaux forcés et les Chambres à gaz

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Le travail libère : un slogan trompeur pour un camp de la mort © Tous droits réservés

Auschwitz est pour tous ceux qui y sont passés un synonyme d’enfer. Il ne s’agit pas d’un camp de concentration, mais bien d’un camp d’extermination. A peine descendus des trains, des milliers d’hommes, femmes et enfants étaient immédiatement exécutés dans les chambres à gaz. Ceux qui échappaient à cette mort immédiate, y mourraient souvent de faim, de froid ou épuisés au travail. Un des médecins SS du camp, qui n’avait pourtant aucune sympathie pour les prisonniers qui s’y trouvaient, appelait cet endroit "le cul du monde"…

Tout commence par une rafle dans l’une ou l’autre ville d’Europe. Des familles entières sont arrachées à leur foyer et t rassemblées à un seul endroit. En Belgique, c’était la caserne Dossin à Malines. Elles sont ensuite emmenées vers l’une ou l’autre gare. Les Allemands y forment d’immenses convois, composés de wagons à bestiaux. Les juifs y sont entassés pêle-mêle, les uns contre les autres. Il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, pas de toilette… Dès le début du voyage, il y a des morts. Les plus faibles, les plus vieux ne résistent pas au voyage.

Arrivés sur place, nul ne sait où le train s’est arrêté. Tout le monde est désorienté. Il y a les cris des SS et les aboiements des chiens… Pas vraiment de quoi vous aider à retrouver vos esprits… La rumeur dit que l’on est en Pologne, près d’une petite ville inconnue : Auschwitz. Un nom qui deviendra synonyme d’enfer sur terre.

La sélection puis les chambres à gaz

A peine arrivés sur les quais, les déportés sont triés par les SS. Le moment est crucial, vital… Mais peu de ces prisonniers le savent. Les SS poussent vers la gauche, ceux qui ont l’air les plus forts. Les hommes surtout, et quelques femmes aussi. Ils les destinent au travail forcé. Ils doivent avoir l’air en bonne santé.

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A peine débarqués, les déportés subissent la sélection impitoyable des SS © Tous droits réservés

Dans la file de droite, ils rassemblent les plus faibles, les femmes, les vieux, les malades, les enfants. Pour eux le séjour à Auschwitz sera de courte durée. Les SS les emmènent dans le camp voisin. On leur parle d’une douche et on les invite à se déshabiller. En réalité, il n’y a pas de douche. Mais bien une cave, une chambre étanche, où les SS font pénétrer par des cheminées spécialement aménagées, des cristaux de Zyklon B. Quelques kilos de ce puissant insecticide suffisent à faire mourir deux mille personnes.

Lorsque les vapeurs sont dissipées, d’autres prisonniers évacuent les corps un par un… Ils les emmènent dans une pièce voisine équipée de fours. D’autres prisonniers encore, y font pénétrer les corps pour les détruire par le feu. Des centaines de personnes disparaissaient de cette manière, chaque jour à Auschwitz.

En 1985, Maurice Goldstein expliquait à la RTBF que "les prisonniers d’Auschwitz vivaient à l’ombre des crématoires. On n’échappait pas à leur vue".

Jacques Zain, qui lui aussi survivra à ce séjour en enfer, évoquera souvent "l’odeur de chair brûlée qui régnait en permanence dans le camp. Il y avait toujours une espèce de brouillard lié à tous ces corps que l’on brûlait".

Travail forcé et mort à petit feu

Pour ceux qui ne sont pas tués tout de suite, c’est le début d’un long calvaire. Ils sont tondus et obligés de s’habiller avec cette sorte de pyjama rayé si caractéristique. Puis on leur tatoue un numéro de matricule sur le bras. C’est leur nouveau nom. Ils sont ensuite enfermés dans cet immense camp de plusieurs hectares. Ils dorment dans des baraquements de bois entassés les uns contre les autres sur des lits superposés à trois étages. La promiscuité est totale.

En hiver, cependant, cette proximité forcée est un avantage. Le mercure descend très bas dans cette région de Pologne en hiver. Et chaque nuit, malgré la chaleur échangée dans ces corps à corps forcés, des prisonniers meurent de froid.

Léon Raszkin racontait en 1985, que "le camp annexe où il vivait se dépeuplait chaque hiver. Nous étions 1500 prisonniers aux premiers froids. Quelques mois plus tard, il restait à peine trois cents prisonniers, heureux de voir arriver le printemps qui leur redonnait peut-être une chance de continuer à survivre…"

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Auschwitz-Birkenau : cette porte est bien, sans mauvais jeu de mots, celle de l’enfer © Tous droits réservés

La journée, elle, se passait au travail. Soit dans les usines voisines du camp où ils se trouvaient qui appartenaient à de grands groupes industriels allemands comme IG-Farben ou Bayer. Ils profitaient de cette main-d’œuvre gratuite… La mortalité était élevée. Peu nourris les détenus mouraient d’épuisement où sous les coups des gardiens.

"Et puis il y avait encore des sélections, précise David Lachman en 1985. On devait se déshabiller complètement et courir devant un médecin et un prisonnier qui prenait des notes. Les plus faibles étaient vite repérés, ils devaient donner leur numéro de matricule. Le lendemain, un camion arrivait devant le baraquement. Ils étaient forcés d’y monter. Pour eux c’était la chambre à gaz…"

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Le crématoire d’Auschwitz-Birkenau © Tous droits réservés

"Nous vivions en permanence dans la crainte de ces sélections, précise Maurice Goldstein, en 1985. Il est impossible d’expliquer ce que suscitaient au plus profond de nous ces séances de tri humain. Un jour, mon frère a été sélectionné. Il était malade. Je ne pouvais rien faire. Je l‘ai aidé à monter dans le camion qui l’emmenait à la chambre à gaz".

Malgré tout cela certains prisonniers survivront parfois plusieurs moi dans les camps. Ils étaient encore 8000 lorsque les soldats russes sont arrivés le 27 janvier 1945. Nombre d’entre eux mourront plus tard. Peu survivront à leurs blessures ou à leur état de faiblesse. 1,3 million de personnes seront envoyées à Auschwitz. 200.000 seulement en reviendront. Côté belge, 30.000 juifs feront ce voyage vers le néant et seul 1395 en reviendront. Auschwitz était bien le bout du monde…

Auschwitz : Hommage 75 ans après la délivrance (JT du 22/01/2020)

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