75 ans après la première vague d’immigration italienne, une nouvelle vague migratoire s’intensifie

Le 23 juin 1946, la Belgique et Italie signent les accords du charbon : la Belgique a besoin de mineurs et l’Italie, elle, a besoin de charbon. C’était le début d’une grande vague migratoire qui a permis à des milliers d’Italiens de rejoindre la Belgique pour, souvent, y rester. 75 ans plus tard, une nouvelle immigration se fraie son chemin en Belgique. Mais qui sont les nouveaux Italiens de Belgique ?

Poussés par une situation économique très problématique, des taux de chômage élevés, un climat qui favorise peu le mérite, les Italiens et les Italiennes sont nombreux à quitter leur pays natal pour chercher un meilleur avenir. Parfois, ils choisissent la Belgique comme destination.

Pour moi, la Belgique, c’était comme l’Amérique

C’était le cas notamment pour le saxophoniste Angelo Gregorio, qui joue dans un groupe jazz. Cela fait dix ans qu’il a quitté l’Italie : "Bruxelles m’a vraiment gâté et m’a donné énormément de possibilités. Pour moi, la Belgique c’était comme l’Amérique pour celles et ceux qui y émigraient il y a longtemps".

Italien comme Angelo, Jacopo Panizza gère la Piola Libri, une librairie bruxelloise qui ne vend que des livres en italien. "Je vois beaucoup de familles qui déménagent d’Italie avec toute la famille et arrivent ici pour vivre une nouvelle vie", témoigne-t-il.


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Laura, serveuse depuis deux ans, en est une illustration parfaite. Cette Napolitaine a quitté une ville ensoleillée, terre natale de la pizza et de la mozzarella mais aussi "sans travail" : "On peut y trouver du travail, mais payé 100 euros la semaine pour des journées de 10 ou 12 heures. Par exemple, mon frère travaillé à l’aéroport, fermé depuis huit mois. Il n’a pas eu accès au chômage. Il est simplement à la maison, alors qu’il y a travaillé pendant 13 ans, raconte-t-elle. C'est évidemment lié à la crise, mais comment peut-on s’en sortir quand on a des bouches à nourrir ?".


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de Belgique


 

Et ils sont nombreux à voir les choses ainsi. Le sociologue et professeur à l’ULg Marco Martiniello, le confirme : "Il y a ce sentiment que l’Italie est un pays du passé ,où tout est bloqué et il n’y a pas d’avenir. Il y a un sentiment d’immobilisme de la société italienne".

Une génération en fuite

Sans compter que souvent, le travail en Italie se fait au noir, devenant alors très précaire pour la population. Dans de nombreux cas, on préfère même engager des étrangers, moins onéreux. "L'industrie du parmesan est pratiquement laissée aux travailleurs qui viennent d’Inde, très mal payés et n'ayant aucun droit. Pourtant, ce fonctionnement de l'économie finit par avoir des conséquences sur les projets migratoires des Italiens".

Manuel Chillemi, sicilien, le confirme. Responsable du restaurant "Il piccolo padrino", il vit en Belgique depuis cinq ans, où il s’est également marié. "80% de mes amis vivent en Angleterre, en Australie, aux Etats-Unis, en Belgique ou en Suisse, etc. Je n’ai pas beaucoup d’amis qui sont restés en Sicile. Tout le monde a émigré pour aller chercher du bien-être, mais le cœur reste là-bas."

Cette immigration, par rapport à la vague d’après la Seconde Guerre Mondiale, est spontanée et pourtant se renforce depuis dix ans.

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