70 ans après: la guerre sino-japonaise entre silences et épopée

La guerre  sino-japonaise a laissé des cicatrices dans la population chinoise.
La guerre sino-japonaise a laissé des cicatrices dans la population chinoise. - © PETER PARKS - BELGAIMAGE

A Pékin, le pouvoir chinois a célébré en grande pompe le 70eme anniversaire de la fin de la guerre contre le Japon et de la guerre mondiale contre le fascisme. L’occasion pour le président Xi Jinping de faire une démonstration de puissance avec, à ses côtés, une vingtaine de chefs d’Etat, dont Vladimir Poutine. Mais comme ils l’avaient fait en mai à Moscou, les dirigeants occidentaux ont boudé l’événement. 70 ans plus tard, les plaies de ce double conflit ne sont pas tout à fait guéries.

Pour les Chinois, ce 70ème anniversaire marque une double victoire. D'abord contre le japon impérial. Il mène une politique agressive et coloniale en Extrême-Orient dès les années Trente. Le japon occupe la Mandchourie (nord-est de la Chine) en 1931. Il y installe un pouvoir fantoche, le Mandchoukouo. La deuxième guerre sino-japonaise commence fin 1937, lorsque les soldats de l’empereur Hiro Hito, se rendent rapidement maîtres de plusieurs villes. La progression s’accompagne d’exactions contre les civils, dont l’épisode le plus connu est le massacre de Nankin et ses trois cent mille victimes en décembre 1937.

Un "Front uni " pas vraiment uni

Côté chinois, les forces sont divisées. Depuis la fin des années vingt les nationalistes fascisants du Kuomintang dirigés par Tchang Kaï-chek s’opposent aux communistes. Ils ne s’uniront que contraints et forcés face à l’ennemi japonais. Cette union est assez théorique, puisque sur le terrain, les soldats chinois et les combattants communistes opèrent séparément.

La stratégie des trois "T"

Après l’attaque de la flotte américaine à Pearl Harbor par le Japon le 7 décembre 1941, la Chine rejoint les alliés. L’empereur Hirohito, qui avait déjà suspendu les conventions internationales sur la protection des prisonniers en 1937, ordonne la politique des " trois tout : tue tout, brûle tout, pille tout ", une stratégie de la terre brûlée conçue à l'origine en riposte à une offensive des régiments du parti communiste chinois.

Après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki par les Etats-Unis les 6 et 9 août 1945, l’Union soviétique, qui s’était tenue à l’écart du front asiatique lance une opération décisive en Mandchourie. Staline s’y était engagé quelques semaines plus tôt lors de la signature des accords de Postdam. L’empereur du Japon annonce la capitulation le 15 août. L’acte de capitulation est signé 2 septembre 1945, les militaires se rendent définitivement le 9.

En 8 ans, le Japon a perdu un million cent mille soldats dans ses opérations en Chine. Côté chinois, plus de trois millions de militaires et 17 millions et demi de civils sont morts. Soit des pertes aussi importantes que celles de l’Union soviétique face aux armées hitlériennes.

Pas de grand procès

Les exactions des soldats nippons sont connues: viols, politique de la terre brûlée, utilisation répétée d’armes chimiques dès 1937 contre les civils et les militaires, mauvais traitements infligés aux prisonniers. Mais il n’y aura pas de grand procès. Seuls 28 dirigeants japonais seront jugés par le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient. Pendant deux ans, il juge 28 personnes, des miliaires ou des responsables de haut rang : 7 accusés sont condamnés à mort, 16 à la réclusion à perpétuité, 1 à vingt ans de prison, 1 à sept ans. 2 sont décédés durant le procès, 1 a été déclaré mentalement irresponsable. Mais jamais le rôle de l’empereur Hirohito n’est vraiment mis en cause. Ce tribunal n’aura pas le même impact didactique que le procès de Nuremberg. Ou que le procès du nazi Adolf Eichmann en 1961 à Jérusalem.

La guerre est finie, la guerre civile reprend

Après sa capitulation, le Japon est placé sous tutelle interalliée. Les Etats-Unis prennent ensuite la main au Japon, dont ils font leur allié stratégique dans la région. En Chine, les nationalistes et les communistes s’affrontent à nouveau, jusqu’en 1949. Les communistes dirigés par Mao Zedong l’emportent et proclament la république populaire chinoise, tandis que les nationalistes de Tchang Kaï Chek et deux millions de réfugiés se replient à Taïwan. La République de Chine (nationaliste) est considérée comme l’héritière de la Chine jusqu’en 1971, où la République populaire de Chine (communiste) est admise à l’ONU et au Conseil de sécurité.

Lectures biaisées de l’histoire

La guerre froide n’est pas totalement terminée dans cette partie du monde. Les deux Corée sont toujours en état de guerre depuis 1953. Les responsables politiques japonais n’ont reconnu que du bout des lèvres les exactions perpétrées par les soldats de l’empereur Hiro-Hito en Chine ou en Corée. Le premier ministre Shinzo Abe est soutenu par les milieux nationalistes. Aux cérémonies marquant la fin de la guerre, le 14 août, il a certes reconnu que son pays avait infligé des souffrances incommensurables et exprimé ses condoléances éternelles. Mais il n’a pas présenté d’excuses personnelles, et affirmé que "Les générations à venir n’ont pas vocation à s’excuser éternellement ". Des propos qui ont irrité Séoul autant que Pékin et amené quelques heures plus tard l’actuel empereur Akihito a exprimer de " profonds remords ", comme pour corriger les propos du premier ministre.

Quant au pouvoir chinois, ce 70eme anniversaire permet aussi au président Xi Jinping de conforter sa légitimité à l’intérieur, tandis que les medias magnifient à qui mieux mieux la lutte des communistes contre l’ennemi impérial, ignorant ou minimisant le rôle des nationalistes.

 

 

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