5 millions de masques arrivés de Chine : des masques chirurgicaux, une protection insuffisante pour le Covid-19

Vendredi le monde de la santé se réjouissait. Enfin, les masques de protection arrivaient. 5 millions de masques en provenance de Shanghai, débarqués à l’aéroport de Bierset et transportés sous haute surveillance par la Protection civile. Ils allaient être distribués dans les hôpitaux. La distribution a effectivement commencé dès hier soir, sauf que ce sont des masques chirurgicaux et non des masques FFP2 et FFP3. Ils ne profiteront dès lors pas au personnel de première ligne, ceux et celles qui soignent les patients infectés par le Covid-19, puisqu’ils ne protègent pas efficacement du Covid-19.

Les masques chirurgicaux empêchent uniquement les personnes contaminées de propager le virus

Carine Rosteleur, permanente CGSP pour les hôpitaux publics : " Les masques chirurgicaux utilisés habituellement dans les blocs opératoires empêchent les bactéries et virus de ceux qui les portent de se propager. Un médecin atteint du Covid-19 ne pourra dès lors pas contaminer son patient ou les membres de son équipe. Mais ils ne protègent pas du coronavirus. Un patient infecté peut infecter à son tour une personne qui porte un simple masque chirurgical. Cela ne va pas. Le personnel des hôpitaux n’est pas suffisamment protégé ".

Dans les hôpitaux publics, la tension monte. Les infirmier.ères et les médecins craignent que beaucoup d’entre eux seront atteints par le Covid-19 et qu’ils ne pourront dès lors plus assurer les soins aux malades dans les semaines à venir.


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A l’heure actuelle, les hôpitaux vivent sur leurs stocks de masques FFP2 et FFP3, mais il faut économiser. Dans certains services, on donne pour instruction de porter le même masque pendant deux ou trois jours, alors que leur durée de vie est de maximum six à huit heures. Au-delà, les filtres ne sont plus efficaces. Aux cliniques universitaires Saint-Luc, on vit sur les réserves. Pierre-François Laterre, chef de l’unité des soins intensifs : " On vit sur la réserve, beaucoup de commandes ne sont pas arrivées, des gens ont fait des dons, dont une bonne partie de masques qui sont tout à fait adéquats, ce sont des gens qui travaillent dans l’industrie qui ont donné ces masques FFP2 et certains donateurs ont ramené des masques dans les hôpitaux. Mais il est certain que le volume de ces masques FFP2 ne permettra pas de tenir pendant des semaines et des semaines ".

Tout le personnel des hôpitaux est exposé au Covid-19

Le personnel des hôpitaux en général pourra porter les masques chirurgicaux. " Ce n’est pas une protection absolue, loin de là, nous dit le professeur Pierre-François Laterre, chef des soins intensifs aux cliniques universitaires Saint-Luc, c’est mieux que rien, mais ce n’est pas suffisant ".

En effet, dans les hôpitaux, le personnel circule et il peut être en contact direct ou indirect avec des personnes infectées. Le personnel chargé du nettoyage est particulièrement exposé. Carine Rosteleur : " Ils travaillent dans les chambres des patients malades et ils ne sont pas protégés. Parfois ils ont reçu un masque chirurgical, parfois, ils n’ont rien du tout. Or, en circulant, ils peuvent propager le virus, puisque l’on sait que le Covid-19 peu vivre plusieurs heures sur certaines surfaces et dans l’air. Si cela continue comme ça, il y aura énormément de membres du personnel hospitalier qui sera infecté et ils ne seront plus en mesure de soigner les malades. Nous tirons la sonnette d’alarme ".

Dans certains hôpitaux, les brancardiers n’étaient pas équipés de masques FFP2 alors qu’ils étaient en contact avec les patients des urgences. Les syndicats ont dû intervenir auprès des directions.

Réquisitionner du matériel médical ?

"On entend que plusieurs hôpitaux ont dû faire appel à des dons, nous dit Carine Rosteleur de la CGSP. Ce n’est pas normal. Le gouvernement, dans le cadre de ses pouvoirs spéciaux, devrait pouvoir réquisitionner le matériel nécessaire comme en temps de guerre pour que les hôpitaux soient correctement équipés pour recevoir la vague de patients contaminés qui arrivera la semaine prochaine et la semaine suivante".

Contactée par nos soins, la ministre de la santé Maggie De Block précise que 100.000 masques FFP2 sont arrivés jeudi soir. C’était un stock initialement prévu pour l’Italie. Mais l’Italie a trouvé une autre solution et elle a cédé ces masques à la Belgique. Elle promet d’autres arrivages massifs dans les prochains jours. De quoi rassurer le personnel soignant et leur garantir une protection adéquate contre le coronavirus dans un avenir proche qui s’annonce à haut risque.