40 millions d'esclaves à travers le monde: "L'Europe n'est pas épargnée"

L'esclavage dans le monde
L'esclavage dans le monde - © FADEL SENNA - AFP

Ces dernières semaines, les images de CNN montrant des migrants vendus comme de simples marchandises en Libye ont fait le tour du monde. On y voit deux hommes décrits comme "forts" et "aptes au travail" être achetés à peine 400 dollars chacun. 

Indignation, condamnations, mesures d'urgences : les réactions ne se sont pas fait attendre. Et le monde a découvert, ébahi, que l'esclavage existe toujours bel et bien en 2017.

Un esclavage à plusieurs visages

Pourtant, ce constat est loin d'être neuf. Depuis des années, diverses organisations dénoncent de nombreux cas d'"esclavage moderne". L'existence de ces "marchés aux esclaves" en Libye avait même déjà été signalée par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) sept mois plus tôt.

Et ce n'est pas un cas isolé. Selon une étude de l'OIM menée en 2016, il existe encore pas moins de 40,3 millions d'"esclaves modernes" à travers le monde. Mais cet esclavage - plus discret - a plusieurs visages.

L'achat d'esclaves est relativement rare

En effet, la notion d'"esclavage moderne" regroupe le travail forcé (25 millions de personnes) et le mariage contraint (15 millions de personnes). Le travail forcé est effectué chez des particuliers (en tant que domestique par exemple), sur des chantiers, dans des champs ou encore dans le milieu de la prostitution.

"Quand on entend 'esclavage', on a tendance à penser aux esclaves noirs enchaînés et amenés par bateau vers le sud des États-Unis", explique Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty International Belgique. "Mais aujourd'hui, l'esclavage se présente sous de nouvelles formes."

En réalité, "l'achat d'esclaves (comme dans la vidéo de CNN) est relativement rare", indique Philippe Hensmans. "Souvent, la personne se retrouve plutôt coincée dans une situation d'esclavage sans avoir été vendue. Certaines domestiques indonésiennes travaillant à Hong Kong sont par exemple tout juste payées pour survivre. Des employeurs considèrent même que le simple fait de nourrir le travailleur est suffisant. Dans d'autres cas, l'employeur confisque le passeport du travailleur et celui-ci se retrouve bloqué. On voit aussi des trafiquants demander une rançon à la famille de l'esclave pour qu'elle puisse le récupérer."

La Corée du Nord, l'Ouzbékistan, l'Inde, le Pakistan ou encore le Bangladesh sont parmi les pays qui comptent le plus d'"esclaves modernes", selon l'étude menée conjointement par l'Organisation mondiale du travail (OIT), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la Walk free Foundation. Le Qatar et le Cambodge s'illustrent également dans cette liste si l'on regarde le pourcentage d'esclaves par rapport à la population (1,3% au Qatar, 1,6% au Cambodge, selon la première version de l'étude).

Et L'Europe ?

Située bien derrière l'Afrique et l'Asie, l'Europe n'est pas épargnée. Un esclavage peu visible, mais "bien présent", confirme le directeur d'Amnesty Belgique. En 2014, le scandale des ouvrières agricoles roumaines exploitées, isolées et violées par leurs patrons en Sicile avait par exemple secoué l'Italie. Depuis, la crise migratoire pourrait encore avoir amplifié le phénomène, les migrants étant particulièrement visés par les trafiquants.

Selon l'étude de l'OIM, l'Europe comptait en 2016 plus de 1,2 million d'"esclaves modernes" (3,5 millions avec l'Asie Centrale), souvent dans le milieu de la prostitution. "Toutes les prostituées ne sont pas des victimes, mais ce sont souvent des personnes qui viennent d'un pays étranger et entretiennent avec leur proxénète un rapport qui s'apparente à une forme d'esclavage", explique Philippe Hensmans.

À ce sujet, l'étude de l'OIM se révèle alarmante : "10 000 enfants réfugiés ont disparu en Europe. S'ils n'ont pas tous été attrapés par des trafiquants, Europol a bien averti que les gangs visaient particulièrement ces enfants pour les intégrer dans des réseaux de prostitution ou les entraîner dans des travaux forcés".  Notons que selon cette étude, une victime de l'esclavage moderne sur quatre est un enfant. 

Sujet JT: Route des migrants, le piège de la Libye

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