33 ans après Tchernobyl: un accident nucléaire majeur est-il possible en Europe?

Le 26 avril 1986, le premier accident nucléaire majeur se produisait dans la centrale de Tchernobyl en Ukraine. A la suite d'une violente explosion, le combustible radioactif du réacteur N°4 sera projeté dans l'atmosphère. Un immense nuage radioactif se formera au-dessus du site et se répandra sur l'Europe entière.

Le lendemain, le système de détection de la radioactivité de la centrale de Forsmark en Suède va déclencher l'alerte générale. Les employés de la centrale comprennent assez rapidement que le problème ne provient pas de leur centrale mais que c’est l'air qui est radioactif.
La pollution vient de l'est, de la Russie soviétique. Les gouvernements occidentaux demandent des explications à Michael Gorbatchev qui dirige le pays à l’époque. Elles tarderont à venir. Le 28 avril au soir, Moscou ne peut plus cacher la vérité. Une speakerine du Journal télévisé confirme avec un air grave qu’il y eu un accident dans la  centrale de Tchernobyl.

‘Un incident’ qui affecte toujours l’Europe, 33 ans plus tard. Dans les zones les plus contaminées principalement en Ukraine, les cancers de la thyroïde se sont multipliés. Aujourd'hui encore, le bilan est toujours flou : les plus optimistes parlent de milliers de morts, les plus pessimistes de plusieurs dizaines de milliers de décès.

Un scénario comme celui-ci pourrait-il encore se produire en Belgique ou dans l’un des pays limitrophes?

 

'Impossible', nous rétorque Serge Dauby, directeur du Forum nucléaire, le lobby nucléaire belge. Les réacteurs ne sont, en effet, pas conçus de la même façon. Les réacteurs belges ont une double voire, une triple enceinte de protection. En cas d’accident, la radioactivité devrait pouvoir rester confinée. Mais du côté de Greenpeace, cet argument ne tient plus depuis la catastrophe de Fukushima dont les réacteurs nucléaires étaient d’une conception très similaire aux nôtres.  

 De son côté, le secteur nucléaire affirme avoir tiré les enseignements de Fukushima. Il a soumis ses centrales à des stress tests qui ont entraîné des travaux coûteux comme des murs anti-inondation et une surélévation de tous les moteurs de secours. Dans l’ensemble des centrales belges, des doubles protections ont chaque fois été installées.

 

La Belgique a la densité de réacteurs nucléaires le plus dense au monde

 

Reste que nos centrales nucléaires vieillissent et celles de nos voisins aussi. Or, nous sommes un pays qui cumule la plus grosse densité de population avec la plus grosse densité de réacteurs nucléaires. A l'entour et au sein même de la Belgique, vingt réacteurs sont en fonction : six à Gravelines, deux à Chooz, quatre à Cattenom, quatre à Doel, trois à Tihange et un aux Pays-Bas à Borssele. Parmi ces vingt réacteurs toujours en fonction, seize ont plus de 30 ans et deux posent réellement question selon Greenpeace. Ce sont

les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 dont les cuves sont micro-fissurées. Plus fragiles, elles pourraient se rompre suite à l'injection d'eau froide dans leurs circuits.

Un scénario peu probable, selon Damien Ernst, professeur à l’ULiège, spécialiste en électricité, car les réserves d’eau à injecter en cas d’accident, sont systématiquement préchauffées actuellement à 50°.

Mais l'erreur peut aussi être humaine. Pendant plus d'un an, le réalisateur Alain De Halleux a suivi des ouvriers d'entretien de centrales nucléaires françaises. Ces travailleurs intermittents nomades, mal payés, s'acquittent des tâches les plus ingrates y compris au coeur même du réacteur.

 'La centrale a fini par perdre la mémoire parce qu’un ouvrier CDI connaît sa machine. Un ouvrier intermittent n’a pas le même rapport à la machine. Il ne peut pas savoir si cette machine fonctionne correctement ou pas. Pas ailleurs, ces ouvriers sont soumis à une double injonction : celle de la sécurité et celle du rendement'.

La situation n'est pas pareille en Belgique, nous assure-t-on. Les emplois sont des CDI bien payés. Reste que beaucoup veulent quitter un secteur désormais promis à mettre la clef sous le paillasson.

33 ans après Tchernobyl nos centrales nucléaires européennes n'ont pas connu d'accident majeur. En Russie ex-soviétique et en Ukraine, les enseignements de Tchernobyl, n'ont pas empêché les autorités de continuer à faire fonctionner encore aujourd'hui 11 réacteurs du même type que celui de Tchernobyl.

 

 

 

 

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