22 mars: après les attentats, ils ont décidé de vivre leurs rêves

Il y a trois ans, les attentats de Bruxelles faisaient 32 morts et des centaines de blessés. Aujourd'hui, beaucoup de victimes cheminent vers la résilience. Ces hommes et ces femmes sont habités d'une nouvelle force. Ils ont choisi de vivre dans l'instant présent et de réaliser leurs projets et leurs rêves dès à présent. Plus rien n'est reporté à demain.

Dans le métro

Le 22 mars 2016, Mathias est en retard pour se rendre à son travail. Il est interpellé par un accordéoniste qu'il croise tous les jours et prend quelques minutes de plus pour lui offrir un café. Lorsqu'il arrive sur le quai, le métro est déjà là. Il s'engouffre dans le premier wagon alors qu'il choisit d'habitude le deuxième pour être face à sa sortie. "Payer un café m'a sauvé la vie", dit-il le sourire aux lèvres.

Ce matin-là, Caroline aussi est dans le métro. Elle se trouve dans le dernier wagon. Son téléphone a rendu l'âme, elle voit l'heure sur celui du passager assis en face d'elle. Il est 9h07. Et d'un coup, elle est projetée en avant. Au même moment, Mathias, lui, perd connaissance. Lorsqu'il se réveille, il quitte la station de métro, se prend en photo et découvre son visage recouvert de poussière et de sang : "Dans mon regard, je vois de la détresse. Et ce sang, ce n'est pas le mien. Le plus difficile, c'était de savoir que j'avais des morceaux de gens sur moi", se souvient-il.

Se reconstruire

Après cet événement traumatisant, Caroline et Mathias prennent du temps pour digérer leurs émotions. Pour Caroline, cela passe par l'écriture d'un livre, "Ce matin-là et les suivants" : "J'ai écrit des phrases courtes pour aller à l'essentiel. Je ne fais pas du Zola avec des tonnes de superlatifs, j'évacue le superflu, je reste sur l'émotion brute", analyse-t-elle.

Je retranscris mes émotions brutes

Mathias, lui, part dans le sud de la France. Il s'occupe de vaches et de chèvres dans une ferme. Et puis, il y a cette question d'un ami : "Si jamais tu n'avais aucune limite, qu'est-ce que tu rêverais de faire ?". La réponse fuse : s'occuper de félins. Après quelques recherches sur Internet, Mathias tombe sur le Parque Machia à Vila Tunari. Pendant six mois, il est bénévole auprès de l'association Ciwy. Il s'occupe principalement de Marley, un puma. Des braconniers ont tué sa mère à la naissance et l'animal n'a jamais acquis les réflexes de la nature. "On lui préparait des jeux. C'était comme une balle suspendue à une liane. Au milieu, il y a de la viande entourée de feuilles. Elle devait frapper, jouer pour pouvoir manger", décrit Mathias.

Une nouvelle philosophie

Trois ans après cet attentat, Caroline et Mathias partagent plus que cet épisode dans le métro, une même philosophie : il faut suivre ses envies, faire ce qui nous plait, ce qui nous fait vibrer. "Cet événement a été une chance pour moi. Ça m'a permis de faire tellement de choses et de réaliser tellement de choses par rapport à moi", analyse le jeune homme. Un constat partagé par Caroline qui évoque dans un chapitre de son livre "les petits bonheurs" : "Chaque seconde est savourée. Les journées en comptent des milliers. Chaque seconde est une seconde de plus, un bonus".